Le pape Benoît XVI lors de son angélus à Castel Gandolfo, le 17 septembre 2006 © TF1/LCIPremiers signes d'apaisement. Les réactions du monde musulman aux explications publiques données dimanche midi par le pape sont plutôt positives. En Egypte, l'influente confrérie islamiste des Frères musulmans a salué les déclarations de Benoît XVI. "Nous considérons la déclaration du pape comme une rétractation, par rapport à ses propos précédents", a déclaré un de ses dirigeants, Mohammad Habib. "C'est un bon pas en direction d'une excuse", a-t-il ajouté.
Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Dalil Boubakeur a estimé que les regrets présentés par Benoît XVI marquent "une bonne volonté et un désir de paix".
En Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, le président Susilo Bambang Yudhoyono, a appelé à maintenir l'harmonie entre les religions. A Moscou, Vladimir Poutine, dont le pays compte 20 millions de musulmans (environ 15% de la population), a appelé "les chefs de toutes les confessions du monde à faire preuve de responsabilité et de retenue". A Gaza, le Premier ministre palestinien, Ismaïl Haniyeh, qui appartient au mouvement islamiste Hamas, a dénoncé dimanche la série d'attaques contre des églises dans les territoires palestiniens.
Toutefois, Téhéran demande des excuses toujours, et pas seulement des regrets. Et des manifestations continuent. Ainsi, des Irakiens ont continué de brûler des effigies du pape mardi, au lendemain de la déclaration de Benoît XVI.
Une citation, pas un avis
A l'issue de l'angélus, prononcé dimanche midi depuis sa résidence d'été de Castel Gandolfo, Benoît XVI s'est dit de nouveau "vivement désolé" de la réaction des musulmans par rapport à un "bref passage de (son) discours" : "Il s'agissait d'une citation d'un texte médiéval qui n'exprime en aucune manière ma pensée personnelle", a-t-il expliqué, affirmant que son discours avait été mal interprété et qu'il était avant tout une "invitation à un dialogue franc et sincère".
"Montre-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu ne trouveras que des choses méchantes et inhumaines, comme son ordre de diffuser par les moyens de l'épée la foi qu'il professait", avait affirmé Benoît XVI mardi en Bavière, citant sans se l'approprier une phrase d'un dialogue du XIVe siècle dans lequel un empereur byzantin s'adresse à un "persan cultivé". Même si Benoît XVI a pris soin de préciser au cours de son discours théologique qu'il empruntait ses mots à d'autres, sa réflexion a suscité de vives réactions.
Sécurité renforcée
Cette première apparition publique du pape depuis les déclarations de mardi était entourée d'une sécurité renforcée. Il faut dire que le Vatican prend très au sérieux les menaces proférées cette semaine. Des photos du pape ont ainsi été brûlées au Yémen et au Pakistan. La colère monte aussi en Turquie, où Benoît XVI doit se rendre dans deux mois. Le Vatican a d'ailleurs fait savoir dimanche qu'il n'était pas question d'annuler ce voyage. Samedi, le roi Mohammed VI du Maroc, qui prône un islam tolérant, a décidé de rappeler son ambassadeur au Vatican.
Le ministère de l'Intérieur italien a demandé samedi soir à tous les préfets de police de relever le niveau de sécurité national, après les menaces proférées par certains groupes islamistes. Un groupe armé irakien, Jaïch al-Moujahidine, a menacé samedi de frapper Rome et le Vatican pour se venger des propos de Benoît XVI.
Vengeance
Malgré la déclaration du pape, deux groupes armés irakiens ont de nouveau menacé dimanche le Vatican de représailles sur Internet. En Somalie, une religieuse catholique italienne et un garde somalien ont été tués dimanche par des hommes armés non identifiés dans un hôpital de la capitale somalienne Mogadiscio. La veille, un chef religieux de la capitale somalienne lié au puissant mouvement des tribunaux islamiques avait appelé les musulmans à "se venger" du pape.
L'Iran a également convoqué dimanche l'ambassadeur du Vatican à Téhéran pour "protester fermement" contre les propos de Benoît XVI.
Verbatim : la partie de la déclaration de Benoît XVI sur le sujet (traduction : Vatican) |
"En ce moment, je désire seulement ajouter que je suis vivement attristé par les réactions suscitées par un bref passage de mon discours à l'Université de Ratisbonne, considéré comme offensant pour la sensibilité des croyants musulmans, alors qu'il s'agissait d'une citation d'un texte médiéval, qui n'exprime en aucune manière ma pensée personnelle. Hier (samedi, ndlr), Monsieur le Cardinal Secrétaire d'Etat a rendu publique, à ce sujet, une déclaration dans laquelle il a expliqué le sens authentique de mes paroles. J'espère que cela contribuera à apaiser les esprits et à clarifier le sens véritable de mon discours, qui, dans son ensemble, était et est une invitation au dialogue franc et sincère, avec un grand respect réciproque". |
(Photo TF1-LCI : Benoït XVI, lors de son allocution ce dimanche)
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