Enfants-soldats en RDC : carnets de route de Michel Scott

Par Michel Scott, le 05 février 2007 à 17h42 , mis à jour le 05 février 2007 à 21h41

Le reporter de TF1 raconte pour TF1.fr les coulisses de son reportage en République démocratique du Congo. Objectif : faire le point auprès de l'Unicef, sur les progrès de la démobilisation des enfants-soldats.

Reportage de Michel Scott en RDCNous nous rendons sur l’un des sites où se déroulent les opérations de « mixage ». Là les ONG tentent de séparer les mineurs repérés dans la troupe. Une quarantaine ont d’ores et déjà été ciblés. Mais impossible de les approcher, encore moins de les isoler. © TF1/LCI

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Le sujet exclusif pour TF1.fr de Michel Scott



Un thème principal a motivé notre venue en RDC au départ : celui des enfants- soldats, le Ministère des Affaires Etrangères organisant une grande conférence à Paris le 5 février sur le sujet. Et l'UNICEF étant à la pointe en matière de protection de l'enfance, il était tout naturel de venir voir sur le terrain la manière dont elle a depuis plusieurs années influé sur la démobilisation des mineurs embrigadés dans les groupes armés, comment ses agents sont parvenus également par des programmes de réinsertion à les rendre à la vie civile, en les socialisant à nouveau, avec en fin de parcours pour les plus chanceux un retour dans leur famille.

Le choix des lieux de tournages dans ce genre de cas incombe d'abord à l'organisme dont nous filmons le travail et en l'occurrence ici il s'est agit de Goma. La ville évoque bien des choses à ceux qui ont suivi l'époque du Génocide au Rwanda. C'est à cet endroit que les flots de réfugiés hutus et de miliciens génocidaires en fuite se sont massés une fois la frontière rwando-congolaise franchie en juin 94 (Iker Zabala notre sondier-monteur y était et ne l'a pas oublié). Souvenirs de masses humaines livrées au choléra et à la dysenterie qui mourraient par grappes entières aux environ de la zone aéroportuaire où l'aide internationale n'arrivait jamais assez vite...

Aujourd'hui Goma, est une grosse agglomération de plusieurs centaines de milliers d'habitants coincée entre la rive nord du lac Kivu et le Nyiragongo, le volcan qui l'a en partie ravagée le 17 janvier 2002. C'est la plus grosse ville des provinces orientales de la RDC et la base principale des ONG et de la MONUC, la Mission des Nations Unis pour le Congo, dans cette partie du pays. Pas étonnant que ce soit notre point de chute pour aller avec l'UNICEF voir les progrès et les difficultés de la démobilisation des enfants-soldats après les presque 10 ans de guerre qui ont marqué la région.

Matériel : des sueurs froides

Première exigence pour une équipe de reportage, se rendre à bon port sans encombre. Combien de fois n'avons-nous pas subi les affres de la malchance lors d'un départ en urgence motivé par une actualité très chaude? Pas de temps pour lambiner, obligation de se déplacer vite dans un environnement hostile. Ici rien de tout cela. La zone est en partie pacifiée, nous avons plusieurs jours devant nous bien que le périple soit un peu compliqué :

Paris- Amsterdam-Nairobi avec une première compagnie, puis Nairobi-Kigali, la capitale du Rwanda avec lequel la France n'a plus de relations diplomatiques depuis peu, et enfin Kigali-Goma par la route.

Normalement pas de problème pour ce parcours balisé à l'avance par nos partenaires de l'UNICEF. Mais c'est sans compter sur l'inévitable perte de bagages (eh non ça n'arrive pas qu'aux touristes !) qui manque de nous bloquer au Kenya pendant plusieurs jours. Ce lundi 22 janvier au petit matin à l'aéroport de Nairobi, une caisse contenant les batteries et les cassettes beta manquent à l'appel. Alors dans ce cas, comme à chaque fois, il faut sauver les meubles, trouver une société de location audiovisuelle dans une ville, Nairobi, qu'on connaît mal, récupérér ce que l'on peut et revenir avant le départ du dernier vol de la journée pour le Rwanda trois heures plus tard. Débrouillardise, sang-froid, rapidité, sont les maître-mots dans ces circonstances. Tout cela pour découvrir en fin de compte que sans qu'on ait enregistré les bagages en question pour une autre destination que Nairobi, ils nous ont en fait déjà devancé à Kigali. Sueurs froides pour rien, mais on retombe sur nos pattes, comme souvent...

Sur la piste d'un chef tutsi

Deuxième exigence : garder un peu d'indépendance vis-à-vis de nos guides de l'UNICEF. Il faut pour cela s'assurer un minimum d'autonomie en trouvant par nous-même un véhicule et un chauffeur qui nous permettront de nous affranchir des lourds convois de l'ONU. Bien nous en a pris. Très vite nous avons compris que l'UNICEF qui respecte une charte très stricte en ce qui concerne ses déplacements et ses contacts avec les chefs rebelles de la région ne pouvait pas nous ouvrir certaines portes. L'organisation spécialiste des droits de l'enfant dans le monde nous a montré ses centres de réinsertion sociale, nous a permis d'approcher des jeunes qui avaient été enfants-soldats, nous a fait rencontrer des familles, etc.. Mais en aucune façon son rôle eut été de nous mettre en contact avec ceux-là mêmes qui embrigadent ou détiennent sous leurs ordres des mineurs : les commandants des milices armées.

Et le premier d'entre eux moins que les autres: Laurent Nkunda, chef tutsi qui, à la tête de plusieurs milliers d'hommes s'est rebellé contre les forces armées congolaises et contrôle les régions de Masisi et Rutshuru (à l'ouest et au nord de Goma). Or ce dernier vient d'accepter une paix qui le contraint de soumettre ses troupes au commandement des généraux de Kinshasa. Et c'est alors que ce processus de " mixage " des troupes rebelles et régulières de l'est du Congo débute à peine, préfigurant une vraie pacification de la zone, que nous débarquons justement avec pour principal souçi de déterminer s'il reste des enfants-soldats parmi tous ces militaires... Neutralité bienveillante de nos accompagnateurs onusiens qui restent pour l'occasion en retrait. En effet, le général rebelle Nkunda est tout de même sous le coup d'un mandat d'arrêt international et n'est pas à proprement parler très " fréquentable " pour des représentants d'un organisme des Nations-Unies.

L'équipe à moto 

La rencontre avec le chef si redouté qui un peu plus d'un mois auparavant se battait encore contre les forces de l'armée régulière se fait dans son fief, Kitshanga. Un patelin dénué d'eau courante et d'électricité relié au reste du monde par des pistes en terres carrossables à 20kmh de moyenne. Et encore pour trouver le maître des lieux faut-il être patient. Certains de ses aides de camp prétendent qu'il va nous recevoir chez lui, un nid d'aigle situé au sommet d'une colline dominant la ville. Mais il va falloir gravir la pente à pied... ou alors à moto ! Qu'importe avec Iker et Bertrand (notre JRI) nous décidons de nous procurer deux 125cm3 du type de celles que l'on trouve partout dans ces campagnes.

Après quelques heures d'attente, l'homme se montre enfin. Plutôt affable, heureux de présenter un visage civilisé aux représentants de la presse étrangère, Nkunda nous explique qu'il ne souhaite que la paix, lui qui est par ailleurs Pasteur de l'église adventiste du 7ème jour. Les violences qui ont débuté fin novembre et ont duré près d'un mois n'étaient dues selon lui qu'à la provocation des troupes d'en face qui ont tué un cadre de son mouvement. Alors qu'il ne l'avait lui-même pas planifié, ses forces se sont retrouvées aux portes de Goma en quelques jours avant qu'une trêve ne mette fin aux combats. Puis le gouvernement rwandais a joué les intermédiaires pour parvenir à l'accord sur le fameux "mixage" des troupes. Pour le général rebelle qui se dit prêt à reprendre sa liberté si par exemple les poursuites à son encontre ne sont pas abandonnées, cette alliance a un seul but : traquer les milices interhamwe du FDLR, les fameux hutus génocidaires du Rwanda. Autrement dit un affrontement de plus à venir dans une région qui en a déjà connu beaucoup.

Redonner le goût d'une vie normale

Quant aux enfants soldats, Laurent Nkunda affirme collaborer à plein avec les ONG sur le sujet : 1960 auraient été repérés au sein de ses troupes l'année passée et démobilisés. Mais de son aveu même il n'est pas toujours facile de déterminer l'âge des combattants (Cliquez ici pour lire son interview). A vérifier. Nous nous rendons sur l'un des sites où se déroulent les opérations de " mixage ". Là un représentant de Save the Children et un autre d'une ONG locale affiliée à l'UNICEF tentent de séparer les mineurs repérés dans la troupe. Une quarantaine ont d'ores et déjà été ciblés. Mais impossible de les approcher, encore moins de les isoler. Pascal, l'un des deux observateurs présents nous explique que les officiers refusent catégoriquement de laisser partir leurs jeunes. Le ton est monté au point qu'il a fallu renoncer. Ils en sont quittes pour rester à distance et effectuer un comptage de loin, sans pouvoir identifier les enfants. L'opération on le voit est délicate. Pour l'UNICEF et ses affiliés, le bilan de la démobilisation depuis la fin de la guerre en 2003 est certes positif. Sur les 30 000 enfants-soldats que comptait alors la RDC, la plupart ne portent plus les armes. Mais le plus dur reste à faire : redonner à ces âmes perdues le goût d'une vie normale, leur faire perdre " les habitudes de la forêt " comme on dit ici (violer, tuer, piller...) et leur apprendre un vrai métier, avant qu'ils ne puissent retrouver leur famille s'ils en ont encore une. L'enjeu : qu'ils ne retombent pas dans la violence, celle des groupes armés comme la leur propre.

- DIAPORAMA : Cliquez ici pour découvrir les coulisses du tournage en photos

Par Michel Scott le 05 février 2007 à 17:42
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1 Commentaires

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  • Rachel, le 05/02/2007 à 23h12

    Excellent papier! Après avoir vu le tout aussi bon reportage au 20hOO, ce carnet de route est très instructif. Pour une fois que l'actualité internationale, surtout sur un sujet "Afrique" est traité en expliquant clairement les causes d'un phénomène et les diverses solutions qui y sont apportées, c'est agréable. Et c'est courageux! Merci pour ce sujet d'information qui ne tombe pas dans les clichés, ni dans le misérabilisme!

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