"Personne ne souhaite revenir à la Guerre froide"

le 27 août 2008 à 15h59 , mis à jour le 27 août 2008 à 17h32

A l'ouverture de la conférence annuelle des ambassadeurs de France, le chef de l'Etat a souligné que l'Otan n'est pas "un adversaire mais un partenaire de la Russie".

Nicolas Sarkozy à la conférence des ambassadeurs (27 août 2008)Nicolas Sarkozy à la conférence des ambassadeurs (27 août 2008) © TF1/LCI

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Nicolas Sarkozy à la conférence des ambassadeurs :
l'analyse de Vincent Roux
 

On l'attendait beaucoup sur la crise géorgienne. Mais le thème ne sera apparu que de manière relativement tardive dans son discours ; lorsqu'il a pris la parole, mercredi, devant 180 diplomates de haut rang réunis à Paris pour l'ouverture de la conférence annuelle des ambassadeurs de France, Nicolas Sarkozy s'est tout d'abord positionné comme chef des armées en rendant hommage aux dix soldats français tués en Afghanistan. Avant de réaffirmer qu'un retrait français de ce pays serait inenvisageable et laisserait la porte ouverte à un retour des talibans, puis de décliner, au fil d'un discours dense, ses options en matière de politique internationale et de défendre son action et sa "stratégie de rupture".

Une stratégie à laquelle, estime Nicolas Sarkozy, l'actualité donne raison. Elle justifie par exemple le changement des rapports entre la France et les Etats-Unis. Et s'il s'est livré à un long développement sur l'importance de la défense des droits de l'Homme, le chef de l'Etat a aussi défendu le dialogue avec des interlocuteurs peu réputés pour leur respect de ces droits : sans dialogue avec la Libye, a-t-il argumenté, par de libération des infirmières bulgares. Sans dialogue avec Hugo Chavez, par de libération d'Ingrid Betancourt... Et c'est pour "poursuivre" ce "dialogue nécessaire" que le chef de l'Etat a annoncé qu'il se rendrait en Syrie les 3 et 4 septembre, première visite de ce niveau après un gel de quatre ans entre Paris et Damas.

Pas de solution sans dialogue en Géorgie

Refusant que se poursuive "l'isolement" de la Syrie, Nicolas Sarkozy a expliqué qu'il avait préféré s'engager "dans une autre voie, plus risquée c'est vrai, mais plus prometteuse : celle d'un dialogue dans la clarté débouchant sur des progrès tangibles". C'est son prédécesseur Jacques Chirac qui avait décidé le gel des relations de haut niveau avec la Syrie, après l'assassinat de son ami l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. La Syrie a été accusée d'être derrière cet attentat, ce qu'elle a toujours démenti.

Défense du dialogue aussi dans la recherche d'une solution à la crise géorgienne. Fermeté réaffirmée tout d'abord : Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois appelé la Russie à respecter l'intégrité territoriale de la Géorgie et à retirer ses troupes "sans délai". Selon lui, "ce qui est en cause dans ce conflit est absolument essentiel. Son issue déterminera pour longtemps la relation de l'Union européenne avec la Russie. Pour les Européens, il ne peut y avoir et il n'y aura de solution que fondée sur le droit, sur un dialogue incluant toutes les parties prenantes, enfin sur le respect de la souveraineté, de l'indépendance et de l'intégrité territoriale de la Géorgie dans ses frontières internationalement reconnues". Mais s'il a accusé la Russie de vouloir procéder à un "changement unilatéral des frontières", Nicolas Sarkozy a aussi estimé que "personne ne souhaite en revenir au temps de la Guerre froide", soulignant que l'Otan n'était pas "un adversaire mais un partenaire de la Russie". Il n'y aura donc, selon lui, pas de sortie de crise sans dialogue ; précisément, le chef de l'Etat doit avoir dès ce soir un contact avec son homologue russe Dmitri Medvedev.

Les sanctions accrues contre Téhéran ?

Nicolas Sarkozy a également évoqué le dossier iranien, estimant qu'il fallait "accroître les sanctions dans tous les domaines" contre Téhéran si le pays persiste dans sa volonté de se doter du nucléaire militaire. "Personne n'a de meilleure stratégie à proposer et si nous devions échouer, chacun connaît l'alternative catastrophique devant laquelle nous serions placés et que je résumais l'an dernier en quelques mots : la bombe iranienne ou le bombardement de l'Iran", a estimé le chef de l'Etat français.

Autre thème longuement abordé : celui de la crise financière internationale. "Alors que les précédentes crises financières avaient eu pour principaux épicentres les pays émergents, c'est désormais le coeur du capitalisme mondial qui est atteint", a estimé Nicolas Sarkozy. "La perspective, si nous ne faisons rien" est une "déconnexion durable de la croissance des pays de l'OCDE avec celle des pays émergents, pour l'instant moins touchés", a-t-il poursuivi. "C'est pourquoi il nous faut, d'abord, continuer à tout faire au niveau de l'Union pour favoriser la croissance de l'économie européenne". Rétablir la confiance passe par la consolidation du secteur financier européen et une action résolue pour renforcer la transparence, la responsabilité et la supervision des acteurs : "C'est ainsi que l'Union apportera la contribution la plus efficace à l'effort qui doit être poursuivi de manière plus large avec ses partenaires pour corriger les défaillances et les lacunes du système financier international".

Enfin, Nicolas Sarkozy, dont le pays préside pour six mois l'Union européenne, s'est dit prêt à se rendre de nouveau à Dublin afin d'"amener tout le monde vers le traité de Lisbonne", rejeté par les Irlandais lors d'un référendum le 12 juin dernier. "Je dis à nos amis irlandais que l'Europe a besoin d'eux. Ils doivent aussi entendre l'appel de tous les Européens qui veulent des institutions pour l'Europe", a-t-il ajouté.

le 27 août 2008 à 15:59
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