Archives : salarié de Total sur une installation pétrolière au Nigeria, septembre 2009 © TF1/LCIMenaces terroristes contre leurs installations ou leurs employés, enlèvements crapuleux contre demandes de rançon, agressions ou cambriolages liés à la délinquance de droit commun ou bien tout simplement risques médicaux : s'implanter à l'international dans un secteur sensible, quel que soit le danger, représente toujours un défi pour une société française. Le Royaume-Uni ou la Californie ne posent évidemment pas d'autres obstacles qu'économiques. Mais ce n'est pas le cas, par exemple, en Colombie, en Algérie ou en Irak.
Et si Aqmi exigeait le départ d'Areva du Niger ?
<b> Analyse -</b> Que se passerait-il si la branche maghrébine d'Al-Qaïda demandait au groupe français de quitter le Niger, sous peine de nouvelles actions ? Les réponses de Liseron Boudoul, qui revient de Niamey.
Publié le 07/10/2010
Sahel : Al-Qaïda diffuse une image des otages français en vie
L'image fixe diffusée jeudi par Al-Jazira montre les sept employés d'Areva et de Vinci, dont les cinq Français. Un "signe encourageant" pour Paris. En parallèle, un forum internet lié à Aqmi a diffusé des enregistrements sonores.
Publié le 30/09/2010
Sahel : les Français évacuent la "zone rouge"
Les expatriés français travaillant dans cette zone à cheval entre Niger, Mali et Mauritanie, où ont eu lieu les enlèvements de sept employés d'Areva et Satom, filiale de Vinci, doivent quitter le secteur pour Niamey. Les otages auraient pour leur part été emmenés au Mali.
Publié le 18/09/2010
Otages français : polémique sur la sécurité des employés d'Areva
Le groupe Areva avait choisi de confier la sécurité de son personnel à "des agents privés pas armés" plutôt qu'aux militaires, a affirmé dimanche le porte-parole du gouvernement nigérien. Ce qui contredit les déclarations du groupe français.
Publié le 19/09/2010
Otages français : la sécurité en cause
Les agents de sécurité chargés de protéger les ressortissants français qui ont été enlevés au Niger, n'étaient pas armés et les rebelles ont eu peu de difficultés à déjouer le dispositif de protection.
Publié le 19/09/2010
Otages au Sahel : début de polémique autour d'Areva
La révélation qu'Areva était au courant début septembre de menaces d'enlèvement d'expatriés au nord-Niger par Aqmi place un peu plus sur la sellette le groupe nucléaire français.
Publié le 22/09/2010
Face au problème -2,5 millions de Français vivent à l'étranger, sans compter les missions ponctuelles-, et généralement à la demande expresse des compagnies d'assurance pour diminuer les primes, les entreprises font désormais très souvent appel à des sociétés privées spécialisées. Les missions de ces sociétés : expertiser, en amont, la situation globale du pays ou de la région grâce à un système de veille, proposer des solutions de prévention globale des risques contre les sites et les hommes via un plan de sécurité et assurer un suivi en cas de crise.
"Ce business autour de la sécurité des entreprises à l'étranger a toujours plus ou moins existé en France", note Jean-Philippe Daniel, chercheur associé à l'Iris sur les questions relatives à ces sociétés de sécurité privées. "Mais il a véritablement pris son envol après la fin de la Guerre Froide en Afrique avant d'exploser à la fin des années 90 avec le début du désengagement initié par Lionel Jospin Auparavant, il était moins dangereux de s'y implanter : les militaires français assuraient la sécurité des sites sensibles et des expatriés, les régimes étaient plus stables et surtout la menace terroriste n'existait pas", ajoute-t-il. L'attentat de Karachi, en 2002, qui visait la France à travers la Direction des constructions navales (DCN), a fini de convaincre à la fois les politiques et les dirigeants du CAC 40 de mettre en place des mesures spécifiques.
Sécurité mais aussi santé
Résultat : une bonne vingtaine de sociétés, à la taille et à la réputation variables, figurent aujourd'hui sur le marché, avec des positionnements plus ou moins différents, parfois complémentaires. Avant même la sécurité proprement dite, certaines d'entre elles interviennent ainsi au niveau des risques sanitaires ou naturels pour proposer un contrat-cadre global. "Si l'affaire Areva-Vinci l'a mise en avant, la sécurité ce n'est pas seulement éviter la prise d'otages. Le premier risque pour un expatrié, c'est même bel et bien la santé", souligne Stephan Malvoisin, le PDG de Crisis Consulting, un cabinet créé au début des années 2000 pour concurrencer International SOS, l'acteur historique français des risques sanitaires. "Prenons l'exemple du Pakistan. Notre association avec EuropAssistance nous permet à la fois de prendre en charge un employé malade et d'intervenir, en cas de problème politique, auprès de gens blessés ou en détresse psychologique et qui ont besoin d'un soutien médical", fait-il remarquer.
L'objectif numéro 1 reste néanmoins de protéger l'intégrité physique des expatriés. Le premier travail passe par l'information et la sensibilisation. Avant de partir, les candidats à l'aventure reçoivent (tout comme leur famille s'ils sont accompagnés) toute une batterie de conseils élémentaires sur l'attitude à adopter avec la population, sur ce qu'il faut faire ou ne pas faire dans la vie de tous les jours. Parfois, un stage commando de simulation à une prise d'otages est au programme.
| Des gardes locaux... moins chers |
Reste ensuite à analyser les installations, les lieux de résidence et les trajets des déplacements. "Nous menons un audit global. Ensuite, nous proposons, selon la situation, de déménager les habitations, ou de renforcer leur protection, si besoin avec des gardes armés, de changer l'itinéraire des convois ou encore de doter les gens de solutions d'alertes GPS. En Algérie, l'un de nos clients l'impose pour ses employés dès qu'il quittent Alger ", explique le patron de Crisis Consulting, dont la structure n'assure pas ensuite l'application du plan de sécurité au jour le jour.
C'est sur ce cœur de métier que les sociétés de sécurité proprement dites, qui ont recruté d'anciens dirigeants de la police ou de l'armée pour les conseiller, prennent toute leur dimension. A chaque site sensible, son contrat. "Sur place, notre 'Security Manager', assisté d'un ou deux adjoints, coordonne l'ensemble du plan, fait l'interface avec les autorités locales et l'ambassade de France et audite les sociétés de gardiennage locales auxquelles nous faisons appel. Nous avons en effet besoin de faire participer la population pour qu'un projet fonctionne bien", souligne Louis Caprioli, ancien patron de la section anti-terroriste de la DST, aujourd'hui consultant pour Geos, l'un des leaders du marché. La plupart du temps, les gardes sont donc des locaux. "Plus prosaïquement, il ne faut pas non plus oublier que leur salaire et leur prime de risque ne sont pas les mêmes que ceux d'un personnel français", relève Jean-Philippe Daniel. Conéquence : ils peuvent être aussi plus vulnérables à la corruption.
Reste enfin, si besoin, à gérer une crise et apporter la bonne réponse et la bonne assistance selon la situation. L'action ne sera pas la même si le problème est uniquement politique ou si les expatriés peuvent être touchés, voire sont directement visés. "Avant la guerre de 2006 contre Israël, aucune mesure particulière ne nous concernait. L'évacuation avait été improvisée. La direction a ensuite enfin compris le problème. Depuis, nous recevons des alertes de la part de notre sous-traitant sécurité quand les tensions réapparaissent. A deux reprises, on m'a ainsi demandé de quitter le pays pour me mettre à l'abri quelques jours quand ça devenait chaud", raconte un employé travaillant dans le domaine commercial au Liban.
Lorsqu'il faut intervenir en urgence pour "exfiltrer" un client ou gérer un kidnapping, l'envoi de personnel français est la règle. Comme le "Security Manager", ce sont des anciens des unités élites ou de la police, de l'armée ou des forces spéciales au profil de "baroudeur" et payés à la mission, qui se chargent de la besogne, en coordination si besoin avec les autorités françaises. "Ils ont une forte expérience du terrain et connaissent généralement très bien le pays. Ils savent agir sous la pression, voire sous le feu", souligne Geos.
| Armés ? Pas armés ? |
Sont-ils armés ? La question, récurrente, alimente le débat et la comparaison avec les sociétés militaires privées (SMP) à l'anglo-saxonnes, à la réputation souvent sulfureuse et qui agissent à la limite du mercenariat comme l'ancienne Blackwater. Officiellement, la réponse est claire : c'est non. "Tout simplement car les lois locales ne nous en donnent pas le droit. Seuls les locaux peuvent porter une arme, et seulement si la législation le permet. Et tout dépend encore une fois de la situation et de la menace. Parfois, sur un site, nous aurons cinquante types avec une Kalachnikov. Mais sur un autre, seulement deux avec un simple pistolet feront l'affaire", affirme Louis Caprioli. "Mais nos hommes savent aussi se défendre si besoin", ajoute Stephan Malvoisin.
Ces arguments laissent certains observateurs en partie sceptiques. "Faire de la surveillance ou de l'intervention sans arme, c'est un paradoxe. Il est difficile de croire qu'aucun Français ne soit armé lorsque ça chauffe beaucoup. Une faible proportion est forcément équipée d'armes légères, même si ce n'est ni tout le temps ni n'importe comment. Et il ne faut pas oublier, qu'au-delà de l'homme, la nature elle-même est parfois hostile", tempère Jean-Philippe Daniel.
Evidemment, tout ceci à un prix. Sans surprise, en dehors des chiffres obligatoirement rendus publics (41 millions d'euros de chiffres d'affaires pour Geos en 2009, 600.000 euros pour Gallice l'année de sa création en 2008), la discrétion prévaut. Selon le cabinet et le client, cela peut aller de 450 à 800 euros par jour pour un "Security Manager" à 50.000 à 100.000 euros par an pour un contrat global avec des groupes du CAC 40.
Ce qui reste cependant pour ces derniers moins cher, plus sûr et plus simple que gérer le dossier en interne. Avec le développement obligatoire à l'international et l'explosion des menaces, ces sociétés de sécurité privées ont donc de beaux jours devant elles.
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