"Sans accord politique, la force de l'Onu n'ira nulle part"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 01 août 2007 à 17h59 , mis à jour le 01 août 2007 à 19h01

Interview - Quelle est la portée de la résolution de l'Onu sur le Darfour ? Peut-elle stopper les exactions ? En l'état, Roland Marchal, chercheur au CNRS, est sceptique.

TF1/LCI : Camp de réfugiés au DarfourCamp de réfugiés au Darfour © TF1/LCI

Roland Marchal est chercheur au CNRS/CERI (Centre d'études et de recherches internationales), spécialiste de la Corne de l'Afrique et du Soudan.
 
 
Quelle est la portée de cette résolution ? Peut-elle vraiment régler la situation ?
C'est évidemment une bonne chose. Le contingent onusien comptera 26 000 hommes, soit. Mais sans accord politique entre le gouvernement soudanais et les insurgés du Darfour, on n'ira nulle part. Or la résolution de l'Onu ne règle justement pas ce problème politique.
 
Le texte est le fruit d'un compromis depuis sa première version, très défavorable pour Karthoum. Sur quels points les Occidentaux ont-ils obtenu gain de cause ?
Il faut en effet distinguer ce qu'on attendait de la résolution et ce qu'on a obtenu. Tout d'abord, même si la force est dite "hybride" entre Onu et Union africaine, le commandement sera bel et bien onusien, et non confié à l'UA. C'est une vraie victoire diplomatique sur Khartoum. Ensuite, le recours au chapitre VII de la Charte des nations unies autorise les Casques bleus à utiliser la force aussi bien pour se protéger eux-mêmes que pour défendre les civils. Enfin, le calendrier du déploiement est très spécifique avec notamment le transfert de commandement à l'Onu le 31 décembre. 
 
 
                                     "Le talent politique du commandant de l'Onu sera primordial"

 
En revanche, qu'induisent les concessions faites à Khartoum ?
La résolution ne prévoit aucune sanction si les Soudanais font de l'obstruction. Or s'ils le veulent, ils peuvent être très habiles pour créer des retards. Par exemple, l'équipement de l'Onu va arriver à Port-Soudan. Or, en bloquant le dédouanage, les autorités soudanaises peuvent très bien ralentir le transfert sur les bonnes zones.
 
Le texte confirme également la souveraineté du Soudan, ce qui pourrait créer des problèmes d'interprétation lors de situations limites. Imaginons une attaque de bandits sur un camp de réfugiés avec une arrivée sur les lieux au même moment de la force onusienne et de l'armée soudanaise. Si cette dernière procède à des arrestations avant de relâcher les fautifs trois jours après, on en reviendra au point de départ. Enfin, les Casques bleus ne pourront pas intervenir s'ils constatent que l'embargo sur les armes n'est pas respecté. Ils devront se contenter de répertorier ses violations. Dans un climat politique forcément tendu, le talent diplomatique du commandant onusien sur le terrain sera donc primordial.
 
Le coût de l'opération est estimé à plus de 2 milliards d'euros par an. Comment sera-t-elle financée ?
C'est presque la moitié du budget annuel des opérations annuelles de maintien de la paix. Et même si le déploiement est prévu pour un an, un délai supplémentaire n'est pas à exclure. Il faudra également régler des problèmes qui a priori sont simples mais qui peuvent vite devenir complexes. Qui va fournir les hélicoptères de combat ? Qui fournira ensuite les pièces détachées ? Qui prendra en charge un remplacement en cas de crash ?
 
 
                                                          Un détachement français symbolique ?
 
 
Reste également à définir la composition du contingent.
On devrait retrouver les fournisseurs habituels de Casques Bleus comme l'Inde, le Pakistan, le Bangladesh ou le Népal. De leur côté, les pays africains devront envoyer des hommes pour montrer qu'ils jouent un rôle sur leur continent. Il devrait donc y avoir des contingents du Nigéria, du Rwanda, du  Sénégal, du Ghana, voire du Zimbabwe. Tous ses pays possèdent de très bonnes troupes pour ce type d'opération. Le commandement onusien devrait logiquement revenir à un pays africain, comme le Nigeria. Mais c'est plus la personnalité du commandant et son talent politique que sa nationalité qui importera.
 
Quid de bataillons occidentaux et notamment français ?
C'est un sujet à étudier. On peut déjà exclure un contingent américain. De son côté, la France intervient déjà beaucoup à l'étranger. Malgré les déclarations de Bernard Kouchner proposant des soldats français, les militaires sont plutôt réticents à se lancer dans une nouvelle opération, même si on peut miser sur un détachement symbolique d'une centaine d'hommes.  En fait, la France et les Européens sont très présents dans l'est du Tchad. Si les deux opérations sont séparées sur le plan de l'Onu, elles sont en fait très liées sur le terrain. Il est donc difficile d'imaginer des forces européennes de premier plan au Tchad mais limitées de l'autre côté de la frontière.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 01 août 2007 à 17:59
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1 Commentaires

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  • TITEUF53, le 02/08/2007 à 14h51

    Pourquoi ? La force de l'ONU a déja été quelque part ?

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