© AFP - SONIA ROLLEY| "Nous sommes des amis de l'Afrique, pas des criminels" |
L'incertitude sur l'origine des 103 enfants que l'association l'Arche de Zoé a tenté d'embarquer en France depuis Abéché au Tchad est partiellement levée. Ils sont en majorité "tchadiens avec des parents tchadiens" et non des orphelins du Darfour, au Soudan, a déclaré mardi un conseiller du chef de la diplomatie Bernard Kouchner. De son côté, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Pascale Andréani, a déclaré à la presse que "selon de premières informations, il y aurait beaucoup d'enfants tchadiens et beaucoup ne seraient pas orphelins". L'association française l'Arche de Zoé affirmait pourtant avoir voulu "sauver" des "orphelins" du Darfour, région du Soudan voisin, en proie à une guerre civile. Elle assure que des chefs de tribu lui avaient garanti que ces enfants venaient bien du Darfour et avaient perdu leurs parents.
Le Quai d'Orsay a par ailleurs reconnu mardi que la justice tchadienne avait bien inculpé 16 Européens, dont les neuf Français arrêtés, mais un nouveau juge d'instruction doit être prochainement désigné à N'Djamena et pourrait requalifier les chefs d'inculpation. Dans la matinée, la porte-parole du Quai d'Orsay, Pascale Andréani, avait déclaré lors d'un point de presse qu'il y avait eu des "incriminations" mais pas encore "d'inculpations" formelles, après l'annonce lundi soir par la justice tchadienne d'inculpations pour "enlèvement de mineurs", "escroquerie" ou "complicité". Dans une mise au point, Pascale Andréani a déclaré plus tard que le juge d'instruction d'Abéché "a bien décidé l'inculpation des 16 prévenus" européens.
"Bande d'illuminés"
Même si les versions des autorités françaises et tchadiennes sont en totale divergence sur l'actuel statut judiciaire des détenus, Paris s'est vivement désolidarisé de l'association. Nicolas Sarkozy, qui a "condamné" lundi une opération "illégale et inacceptable", a déclaré mardi que la France s'efforcerait de trouver "des accords" avec le Tchad "pour que personne ne perde la face", assurant une nouvelle fois que l'association Arche de Zoé a agi à "tort". Rama Yade a pour sa part évoqué une "bande d'illuminés". Elle a toutefois déclaré mardi que la France défendra "point par point" les droits de ses neuf ressortissants, mais que le responsable de l'Arche de Zoé doit "assumer la responsabilité de ses actes".
Le ministère des Affaires étrangères a par ailleurs indiqué mardi que les autorités françaises avaient mis en garde contre les activités de l'association l'Arche de Zoé l'avant-veille du démantèlement par les forces de l'ordre tchadiennes de l'opération d'évacuation d'enfants du Tchad. "Le 23 octobre nous avons prévenu la police tchadienne parce qu'il y avait eu des appels" de familles françaises susceptibles d'accueillir des enfants, montrant que "cette association semblait vouloir poursuivre ses projets" de transfert vers la France, a déclaré Pascale Andréani, reconnaissant toutefois que les informations françaises ne portaient pas sur l'opération stoppée deux jours plus tard, dont Paris affirme ne pas avoir eu connaissance à l'époque, mais sur les "projets très généraux" de l'association. Pascale Andréani a également laissé entendre que le transfert des enfants vers l'aérodrome d'Abéché avait été découvert parce que leur convoi avait enfreint le couvre-feu en vigueur dans la région.
Un trafic d'enfants selon le président tchadien
Depuis jeudi, N'Djamena accuse les responsables de l'opération d'"enlèvement" et "trafic" d'enfants. Le président tchadien s'était même demandé si les membres de l'Arche entendaient "vendre" les enfants "aux ONG pédophiles", ou bien "les tuer et enlever leurs organes". Le chef de l'Etat tchadien a toutefois garanti à Nicolas Sarkozy que le futur déploiement d'une force européenne dans l'est du Tchad, voulu par Paris, n'était pas remis en cause.
En France, les réactions se multiplient. L'avocat de l'Arche, Me Gilbert Collard, a dénoncé la "dimension politique" de l'affaire. François Hollande a critiqué l'action du gouvernement et suspecté le président tchadien d'utiliser cette affaire pour exercer des pressions "politiques ou financières". (Voir la vidéo). Toujours au PS, les députés demandent au gouvernement "de s'expliquer sur ce fiasco" qu'est la "douloureuse affaire" de l'Arche de Zoé. Et pour Marie-George Buffet (PC), les responsables de l'opération "doivent répondre de leurs actes" au Tchad.
De son côté, alors que le collectif Synchro X espère une libération rapide de son photographe, Jean-Daniel Guillou, l'agence de presse Capa réclame la libération sans condition de son reporter, arrêté en même temps que les membres de l'association dont il filmait l'opération (voir des extraits de son reportage). Capa avait été prévenue que l'association préparait une action au Darfour qui paraissait pour le moins "irréalisable" et sur place, le journaliste a émis des doutes sur l'opération. Le gouvernement français a demandé au Tchad de prendre en compte la "qualité de journaliste" de deux des Français détenus. Message reçu, affirme-t-on dans l'entourage du président tchadien.
Peuvent-ils être jugés en France ? |
Des accords bilatéraux signés en 1976 permettraient de faire juger en France les membres de l'Arche de Zoé, mais deux condtions sont nécessaires : la mise en examen par la justice française et l'accord des autorités judiciaires de N'Djamena. A l'heure actuelle, ce texte ne pourrait pas s'appliquer puisqu'ils ne sont pas poursuivis en France. La justice n'a donc aucune raison de les réclamer. Mais la situation pourrait évoluer : le parquet de Paris a ouvert la semaine dernière une information judiciaire contre X. Et une enquête a été confiée à un juge d'instruction "sur la qualification d'exercice illicite d'activité intermédiaire en vue d'un placement ou d'adoption d'un enfant", a rappelé la garde des Sceaux, Rachida Dati. Mais avant de pouvoir en arriver là, explique-t-on de source proche du dossier, il faut "laisser le temps à la diplomatie de jouer" en coulisses et éviter de froisser les autorités tchadiennes. |
D'après agence
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