Un membre de l'Arche de Zoé arrêté au Tchad © TF1/LCIJusqu'au Guilvinec, l'affaire de l'Arche de Zoé a suivi Nicolas Sarkozy après son voyage éclair au Tchad d'où il a ramené en Europe trois journalistes et quatre hôtesses de l'air arrêtés en même temps que les humanitaires. Et c'est dans le port breton, où le chef de l'Etat s'était rendu pour rencontrer les pêcheurs victimes de la hausse des carburants, qu'il a déclaré mardi : "J'irai chercher tous ceux qui restent, quoi qu'ils aient fait". Car "le rôle du chef de l'Etat est de prendre en charge tous les Français".
Pourtant, la société tchadienne se raidit après ce retour de sept détenus en Europe et les rumeurs de pressions politiques pour accélérer ces libérations irritent les magistrats tchadiens. Alors que les positions se durcissent entre Paris et N'Djamena, la question du lieu où seront jugés les membres de l'Arche de Zoé se pose donc toujours à l'identique. En France ou au Tchad ? Pour l'avocat de l'Etat tchadien, pourtant, cette question n'a pas lieu d'être, l'extradition vers la France des six humanitaires étant tout simplement "impossible" au vu de la convention judiciaire de 1976 liant les deux pays. Une analyse de texte faite dans une "mise au point" après les propos du président français : "Un des articles de la convention, l'article 49-C, indique que 'l'extradition est refusée quand une infraction est commise en tout ou en partie sur le territoire de l'Etat requis', en l'espèce le Tchad", a-t-il expliqué. "Par conséquent, nous renvoyons les autorités françaises à une bonne lecture de l'article 49".
Sarkozy et l'Arche de Zoé : "on compte sur lui"
Mais la controverse tient au moins autant du bras de fer politique que de la question de droit. Le président tchadien Idriss Deby Itno a insisté, après les propos de Nicolas Sarkozy, sur le fait que la justice se ferait "au Tchad". Jugeant "inopportune" la déclaration du chef de l'Etat français, le ministre tchadien de la Justice, Albert Pahimi Padacké, avait déjà répliqué sur France Info : "Ce n'est pas le président Sarkozy qui décidera". Quelques heures plus tôt, Le Parisien avait publié un entretien de son homologue de l'Intérieur, dont le message était clair : "Quand nos délinquants se font arrêter chez vous, ils ne sont pas amenés ici". Affirmant sa volonté que les membres de l'Arche de Zoé inculpés d'enlèvement d'enfants soit jugés au Tchad, il estimait qu'un procès en France "constituerait une insulte pour le peuple tchadien".
Ignorant ce raidissement politique, les avocats français de L'Arche de Zoé et des bénévoles détenus au Tchad ont salué mardi les propos de Nicolas Sarkozy. "C'est la moindre des choses qu'on peut attendre, qu'il aille chercher ceux qu'il a oubliés, et on compte sur lui", a déclaré Me Gilbert Collard, en partance pour le Tchad avec Me Céline Lorenzon et Me Olivier Desandre-Navarre. "Il ne faudrait pas qu'on ait l'impression que la libération des journalistes scelle définitivement l'enfermement des autres", a-t-il ajouté. Interrogé pour savoir si la déclaration de Nicolas Sarkozy ne risquait pas de braquer les autorités tchadiennes, Me Collard a affirmé que "si l'opinion publique tchadienne a l'impression que la libération des journalistes est politique, nous nous en remettons à la justice".
Mais les détenus ne sont pas tous français ; l'Espagne, dont plusieurs ressortissants sont également accusés par la justice tchadienne, s'active aussi. Le ministre espagnol des Affaires étrangères a fait savoir pour sa part que l'avocat des ressortissants de Madrid détenus à N'Djamena a demandé leur libération provisoire. Quelle chance a une telle demande d'aboutir ? "Cette requête suit son cours", a simplement commenté le ministère.
D'après agence
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