Grogne chez les magistrats tchadiens

le 05 novembre 2007 à 15h45 , mis à jour le 05 novembre 2007 à 18h00

Au lendemain de la libération de plusieurs détenus dans le cadre de l'affaire "Arche de Zoé", des magistrats tchadiens dénoncent des pressions politiques.

Le président Nicolas Sarkozy avec son homologue tchadien Idriss DebyLe président Nicolas Sarkozy avec son homologue tchadien Idriss Deby © TF1

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La réaction d'un journaliste tchadien
 

Globalement louée par la presse française, même si nombre de journaux se sont interrogés sur la nécessité d'une présence de Nicolas Sarkozy, l'opération ayant conduit au rapatriement en Europe de quatre hôtesses et trois journalistes retenus à N'Djamena a été très mal ressentie au Tchad. Les détenus ayant été libérés au moment où le chef de l'Etat français arrivait dans la capitale tchadienne, de nombreux magistrats tchadiens ont dénoncé des "pressions politiques". La colère gronde au Tchad, l'embarras est désormais perceptible au sein des autorités et un haut responsable tchadien avoue : "Sur le plan politique, nous ne sommes pas hostiles a priori à un procès en France. Mais cela ne peut pas se passer uniquement entre les deux présidents".

Ce retour très médiatique en Europe est intervenue au bout d'une semaine de déclarations contradictoires au Tchad. "Leur libération est entre les mains du juge", assurait il y a quelques jours le ministre tchadien de la Justice Albert Pahimi Padacké. "La justice est indépendante", insistait-il. "Entre les déclarations politiques et la décision judiciaire, il faut se garder de prendre des décisions hâtives", affirmait pour sa part le premier substitut du procureur Masnagaral Kagal à N'Djamena. Mais depuis que le président tchadien Idriss Deby Itno avait "souhaité" publiquement, jeudi, la libération des trois journalistes et des quatre hôtesses de l'air, poursuivis avec 10 autres Européens et quatre Tchadiens, pour "enlèvement de mineurs", "escroquerie" ou "complicité", la grogne n'a cessé d'enfler au palais de justice de la capitale. "On nous demande de tordre le cou à la justice", avait affirmé dès le lendemain un haut responsable tchadien. "S'il y a une démarche diplomatique (en vue d'une libération), c'est fait directement entre les chefs d'Etat".

"On nous a demandé d'accélérer la procédure"

Le président Deby et son homologue français Nicolas Sarkozy s'étaient entretenus à de multiples reprises au téléphone en une semaine et la rumeur d'une visite surprise du président français dimanche à N'Djamena avait commencé à circuler dans la capitale tchadienne dès après la réunion, samedi matin, d'une "cellule de crise" autour d'Idriss Deby. Et dimanche matin, des sources judiciaires et diplomatiques commençaient à annoncer l'élargissement imminent des reporters et des hôtesses pratiquement au moment de l'arrivée du président français à N'Djamena.

"On nous a demandé dès samedi d'accélérer la procédure pour les libérer dimanche", a raconté depuis un magistrat tchadien sous couvert de l'anonymat. "Nous avons expliqué que cela n'était techniquement pas faisable, et que pour rendre cette libération éventuelle conforme à la procédure, tant sur le fond que dans la forme, nous avions besoin d'au moins jusqu'à mercredi", a-t-il ajouté, lâchant : "les pressions politiques ont été trop fortes". De source judiciaire, on précise que les ordres sont arrivés "du sommet de l'Etat" tchadien. "C'est une atteinte à l'indépendance de la justice", s'indigne un autre juge, rappelant que le palais de justice est normalement fermé le dimanche.

D'après agence

le 05 novembre 2007 à 15:45
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