Les Français de l'association "Arche de Zoé" retenus au tchad (28 octobre 2007) © TF1/LCILes auditions ont repris lundi pour les inculpés encore incarcérés au Tchad dans l'affaire de l'Arche de Zoé, au lendemain du rapatriement spectaculaire en Europe, par Nicolas Sarkozy, des journalistes français et des hôtesses espagnoles libérés. Pour les dix Européens et quatre Tchadiens restés à N'Djamena, la procédure judiciaire devrait à présent s'inscrire dans la durée, surtout pour les six bénévoles français de l'association Arche de Zoé à l'origine de la tentative très controversée de transport en France de 103 enfants depuis l'est du Tchad. Et les avocats français des bénévoles, Mes Gilbert Collard, Olivier Desandre-Navarre et Céline Lorenzon, s'apprêtent à se rendre mardi au Tchad pour rencontrer leurs clients et tenter d'avoir accès au dossier.
Selon des sources judiciaires, une libération pourrait intervenir dans les prochains jours pour le steward espagnol de l'avion qui devait transporter les enfants le 25 octobre, et pour le pilote belge qui en a acheminé une partie depuis la frontière tchado-soudanaise à Abéché, dans l'est du Tchad. Le steward n'a pas été libéré avec ses collègues hôtesses de l'air pour le simple motif qu'il ne devait être "entendu au fond que lundi", avait estimé dimanche Me Jean-Bernard Padaré, l'avocat d'une partie des inculpés. Madrid a espéré pour lui un "dénouement" rapide. Quant au Belge Jacques Wilmart, âgé des 75 ans, le président tchadien Idriss Deby Itno a jugé dimanche son cas "préoccupant" et a demandé à la justice de l'examiner, "pour que nous n'ayons pas demain entre les mains un cas de conscience", a-t-il dit.
Nouvelle série d'auditions
Le juge d'instruction a entamé lundi, par le pilote et le copilote espagnols, une nouvelle série d'auditions. Le steward et les bénévoles de l'Arche de Zoé, à l'exception de son président Eric Breteau déjà entendu samedi, ont également été acheminés au palais de justice de N'Djamena. Les six membres de l'association, ainsi que les trois journalistes rapatriés en France, sont inculpés "d'enlèvement de mineurs" et "escroquerie". Les sept Espagnols, le Belge et les quatre Tchadiens sont poursuivis pour "complicité". Les 21 inculpés encourent au Tchad cinq à vingt ans de travaux forcés.
Libéré et rentré en France, le journaliste de l'agence Capa Marc Garmirian a affirmé lundi que si les responsables de l'association était "convaincus de faire le bien", ils ont "menti à tout leur staff", ainsi qu'aux "gens qui leur ont confié les enfants" et aux "enfants eux-mêmes" sur leur "objectif final". Interrogée par sa rédaction de France 3, Marie-Agnès Peleran a évoqué pour sa part son "malaise" "par rapport à différentes questions qui se posaient et que j'ai posées aussi aux responsables de l'organisation". L'Arche de Zoé dit avoir voulu sauver des "orphelins" du Darfour, région soudanaise en guerre civile limitrophe du Tchad, ce que contredit une enquête des organisations humanitaires internationales. Après avoir redit tout le mal qu'il pensait de l'opération, qualifiée "d'équipée assez lamentable", le président Sarkozy a toutefois "souhaité" dimanche à N'Djamena que les ressortissants français puissent être jugés en France.
"Il n'y pas encore de demande officielle d'extradition", a cependant expliqué lundi le ministre tchadien de la Justice Albert Pahimi Padacké, par conséquent "la justice tchadienne continue à travailler en vue d'un éventuel procès au Tchad". Les accords de coopération signés entre les deux pays en 1976 ouvrent la voie à une extradition ; encore faut-il que les Français soient poursuivis en France, ce qui n'est pas encore le cas, même si une information judiciaire visant les activités de l'Arche de Zoé a été ouverte le 24 octobre. "S'il y a une demande officielle en ce sens, la justice tchadienne décidera en fonction des accords de 1976 qu'il faudra interpréter", a estimé le ministre tchadien. "Sur le plan politique, nous ne sommes pas hostiles a priori à un procès en France", a reconnu pour sa part un haut responsable tchadien. "Mais cela ne peut pas se passer uniquement entre les deux présidents".
D'après agence
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