"Avec Sarkozy, l'Algérie a peur d'être banalisée"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 03 décembre 2007 à 05h45 , mis à jour le 04 décembre 2007 à 10h22

Interview - Khadija Mohsen-Finan, chercheur à l'Ifri, décrypte les nouvelles relations franco-algériennes au moment du voyage du chef de l'Etat.

Nicolas Sarkozy en visite en Algérie, aux côtés d'Abdelaziz Bouteflika (10/07/2007)Nicolas Sarkozy en visite en Algérie, aux côtés d'Abdelaziz Bouteflika (10/07/2007)

khadija mohsen-finanKhadija Mohsen-Finan est chargée de recherches sur le Mahgreb à l'Institut français des relations internationales. Elle est également enseignante à Sciences-Po Paris.



LCI.fr : Dan ses déclarations sur Sarkozy et le "lobby juif", le ministre des Anciens combattants (cliquez ici pour lire notre article) abordait aussi la question de la repetance sur la période de la colonisation. Comment est perçue la posotion de Sarkozy sur le sujet  (ndlr : le chef de l'Etat refuse de reconnaître au nom de la France ce que les autorités algériennes nomment les "crimes" de la guerre) ?
K. M.-F. :
C'est évidemment très mal perçu, à la fois par le peuple algérien et par le pouvoir. Ils veulent en effet utiliser l'Histoire dans leurs échanges avec la France. Or en écartant l'Histoire d'un revers de manche comme le fait Sarkozy, il élimine cette carte aux Algériens. Le relation entre les deux pays, modifiée, entrent ainsi dans une ère nouvelle et prend un sens qu'ils ne maîtrisent plus. Que leur reste-t-il en effet pour mettre la pression sur la France sans l'Histoire ? Pas grand-chose.
 
 
LCI.fr : Les premiers mois de la présidence Sarkozy ont donc marqué une rupture par rapport à l'ère Chirac ?
K. M.-F. : Tout à fait. On assiste à une reconfiguration des relations dont l'Algérie a peur car elle va être obligée d'adopter un nouveau langage : celui de pays à pays en faisant abstraction de l'Histoire. Le projet d'Union méditérranéenne lancé par Sarkozy au Maroc est le symbole de ces relations nouvelles et renouvellées : l'Algérie devient un pays lambda avec qui Paris discute comme un autre. Elle est donc banalisée.
 
On est donc bien loin du temps du "traité d'amitié" validé avec Chirac, dans lequel la France traitait l'Algérie comme un grand pays qui avait une place spécifique. A cette époque, la diplomatie française  tenait compte de l'Histoire. Par exemple, lors du salon de l'aéronautique du Bourget, des rabais étaient accordés à Alger pour le "prix de la douleur". 
 
                                                  "Rien ne lie Sarkozy et Bouteflika"  

 
LCI.fr : Sur le plan personnel, Sarkozy et Bouteflika sont-ils compatibles ?
K. M.-F. : Ce sont tous les deux de fortes personnalités qui privilégient l'action. Mais comme ils sont issus de deux générations différentes, ils fonctionnent de manière différente dans leurs relations avec les autres chefs d'Etat et dans leur manière d'aborder la diplomatie. Rien ne les lie vraiment.
 
 
LCI.fr : Malgré les divergences, Sarkozy vient chercher des contrats pendant cette visite d'Etat. Est-ce dire que les relations économiques font abstraction de la diplomatie ?
K. M.-F. : Oui, car même si les deux sont liées, les négociations sont conduites concrétement par des entreprises qui ne sont pas concernées par la diplomatie. Ce fut exactement la même chose lors de ses visites en Russie ou en Chine : malgré les divergences, Sarkozy est revenu avec plusieurs milliards d'euros de contrat pour les sociétés françaises.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 03 décembre 2007 à 05:45
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28 Commentaires

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  • Nouchka, le 03/12/2007 à 16h44

    Au final ça ressemble à un chantage c'est tout. Mesquin et indigne. Le voyage officiel aurait du être annulé.

  • Geegle, le 03/12/2007 à 16h04

    Le problème de l'Algérie, c'est qu'il s'agit d'une création française. Alors comme tout fils, il 'faut' tuer le père pour exister.

  • Amiral, le 03/12/2007 à 15h55

    C'est vrai qu'il y a eu la colonisation avec tous ses aspects, négatif, bien sûr, mais aussi positif et il faut aussi dire qu'on la paye cher la colonisation depuis une vingtaine d'année!!. Et puis il y a eu la guerre d'Algérie, et comme dans toutes les guerres l'horreur, le désastre et les pleurs des deux côtés !! Et il y a eu bien d'autres conflits dans l'histoire qui n'étaient pas à l'avantage du monde Arabe. Et puis il faut tenir compte que la guerre d'Alégie est finie depuis 45 ans, c'est le passé et il faut se tourner vers l'avenir et c'est tout à fait la ligne de conduite de Mr Sarkozy !! Enfin, nous avons un Président qui en a......!

  • Bellal, le 03/12/2007 à 15h51

    Bonjour, Bouteflika est un homme très intelligent, il sait très bien gérer les conflits d 'intérêt et il sait très bien comment tirer sur la corde à la dernière minute . Je pense que rien n'est gagné d'avance des les relations Algéro-française et l'exemple Espagnole en est la preuve. l'Algérie au début a accueillis J.L. zapatiro a bras ouvert après les relations ce sont détérioré à cause du conflit du Sahara occidental et certain gros contrat ( qques milliard de dollars) sont en rupture et en arbitrage international juste pour dire que Boutflika mène une diplomatie très complexe et qu'il peut faire mal tourner beaucoup de contrat si?il trouve la faille. Il est rancunier exactement comme sarkozy si il se voit lésé. il me semble que c'est à Sarkozy de bien décodé les messages de Bouteflika. Autrement ; les relations algéro-françaises vont connaitre des jours plus difficle car si par le passé l'algérien n'a pas accepté les traité d'Amitié de Chirac tel quel malgré ces avantages il difficile que aujourd'hui elle se contenterai de moins de cela et futur nous dira plus Dr Mourad BELLAL Louvain la Neuve Belhgique

  • Kiki, le 03/12/2007 à 15h45

    Quel interets a part le gaz et le petrole!d'autant plus qu'il n'est pas le bien venu,le president aurait du annuler ce voyage!

  • Ahcene, le 03/12/2007 à 15h01

    Le pouvoir Algerien est en dephasage totale non pas avec le nouveau president francais mais avec son propre peuple, tout le probleme se pose en terme de democratie..

  • B, le 03/12/2007 à 14h53

    Si vous pouviez avoir la gentillesse de ne pas censurer le commentaire qui suit: l'Algérie n'est pas un pays ami de la France... ceux qui le croient s'illusionnent totalement...

  • LAROSE, le 03/12/2007 à 14h19

    Si vraiment il en est ainsi comme le décrit Madame Khadija Mohsen-Finan,Monsieur Sarkozy est un grand Président. Il faut en effet dépassionner les choses en tenant des positions objectives inattaquables. Bravo Monsieur le Président Sarkozy.On n'a pas à culpabiliser devant qui que ce soit et notamment vis à vis de l'Algérie.

  • Marc, le 03/12/2007 à 14h01

    Mme Khadija, vous devez être bien payé pour nous servir des analyses de ce type. Si on comprend bien, l'Algérie est presque agenouillée entrain d'implorer Sarkozy pour qu'il ne l'oubli pas. Sachez Madame que l'Algérie considère la France un partenaire comme les autres, ni plus, ni moins, la concurrence est désormais rude, aucun privilège ne sera donné à la France pour les contrats, il faut se baggarer pour les décrocher

  • Olivier, le 03/12/2007 à 13h45

    Au moins en Algérie il est contesté, on devrait prendre modèle chez nous!!! à méditer...

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