© AFP/A. Kaya

Le récit de l'envoyée spéciale de LCI
Les membres de l'association l'Arche de Zoé ne regrettent rien. Alors que le verdict est attendu ce mercredi, les six Français poursuivis pour "tentative d'enlèvement d'enfants" campent sur leurs positions. L'association dit avoir voulu "sauver" des "orphelins" de la guerre au Darfour soudanais voisin, et que ce sont les intermédiaires locaux qui ont "menti" en cachant que les enfants étaient tchadiens et avaient des parents. Les débats ont mis en lumière les contradictions et le rôle ambigu du principal de ces intermédiaires, l'imam soudanais Souleïmane Ibrahim Adam, accusé de "complicité de tentative d'enlèvement de 63 enfants". Celui-ci a reconnu avoir signé des documents attestant que les enfants étaient des "orphelins du Darfour", tout en affirmant qu'il savait qu'ils ne l'étaient pas et accusant l'association d'avoir "trompé (sa) vigilance". "La remise des enfants par Souleïmane ne couvre pas l'illégalité des actes d'Eric Breteau et de sa clique", a néanmoins plaidé lundi l'avocat de l'Etat tchadien, Philippe Houssiné.
A la barre de la Cour criminelle de N'Djamena, les représentants des 70 familles des 103 enfants âgés de 18 mois à 10 ans, qui n'ont toujours pas été rendus à leurs parents par les autorités tchadiennes, ont accusé "les Blancs" de leur avoir "volé" leurs petits. Leurs avocats ont réclamé aux accusés le versement d'un million d'euros par enfant pour réparer ces "préjudices incommensurables". "Les Français étaient de bonne foi, mais ils ont, pour le moins, fait preuve d'amateurisme en faisant confiance au premier intermédiaire venu", admet une source proche de la défense. Pour autant, Eric Breteau, bien qu'il ait reconnu que l'association avait pu être "trompée" sur l'état civil des enfants, n'a à aucun moment exprimé des regrets en direction des familles.
Un calendrier négocié
Selon des sources proches du dossier, la procédure judiciaire a en tout cas été encadrée par le pouvoir politique. Une solution et un calendrier de sortie de crise ont été négociés avant même le début du procès vendredi dernier entre Paris et N'Djamena. La Cour criminelle a été chargée de donner un habillage juridique au scénario échafaudé "au plus haut niveau" sur la base d'une convention judiciaire franco-tchadienne : une condamnation, au moins à l'encontre d'Eric Breteau, et un transfèrement vers la France dans les jours suivant le verdict. Les avocats de la défense ont eux annoncé qu'ils plaideraient l'acquittement mercredi, avant que la Cour criminelle de N'Djamena se retire pour délibérer.
Les six Français, trois Tchadiens et un Soudanais sont poursuivis pour "l'enlèvement" de 103 enfants le 25 octobre dernier au Tchad. Il leur est reproché d'avoir tenté d'emmener frauduleusement en France pour adoption, sous couvert d'une opération humanitaire d'aide à la province soudanaise du Darfour, des enfants pour la plupart tchadiens soustraits à leurs parents dans des conditions suspectes. Arrêtés alors qu'ils s'apprêtaient à s'envoler clandestinement avec les enfants d'Abéché, dans l'est du pays, les accusés encourent en théorie jusqu'à vingt ans de travaux forcés pour "enlèvement de mineurs et escroquerie".
Les scénarios possibles |
Transfèrement et aménagement de peine en France, grâce ou amnistie du Tchad. Plusieurs scénarios, prévus par la convention judiciaire franco-tchadienne, peuvent être envisagés pour les six Français de l'Arche de Zoé après le verdict de la Cour criminelle de N'Djamena. Selon une source proche du dossier, "dans tous les cas de figure, c'est le Tchad qui a la main sur le devenir judiciaire des six Français de L'Arche de Zoé, aucune évolution ne pouvant intervenir, à l'issue du verdict, sans le feu vert des autorités tchadiennes". Le scénario qui semble être privilégié par Paris et N'Djamena est le transfèrement en France des six Français, dans les jours qui suivraient une condamnation, pour qu'ils y purgent leur peine. |
(D'après agence)
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