Kenya : plus de 300 personnes sont mortes dans les violences

le 02 janvier 2008 à 07h26 , mis à jour le 02 janvier 2008 à 21h45

Alors que le président de l'Union africaine, John Kufuor, est attendu mercredi soir au Kenya pour tenter une médiation, les violences se poursuivent.

Violences au Kenya (2 janvier 2008)Violences au Kenya (2 janvier 2008) © TF1/LCI

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Les explications du rédacteur en chef d'Autre Afrique
 

A Eldoret, dans l'ouest du Kenya, là même où une trentaine de Kikuyus réfugiés dans une église ont péri dans l'incendie volontaire du bâtiment, de jeunes hommes armés de machettes surveillent des barrages routiers. Des dizaines de maisons et de boutiques brûlent et les touristes réfugiés dans leurs hôtels témoignent par téléphone auprès des médias étrangers des violences et des meurtres en pleine rue. Des images aériennes montrent, outre les incendies, des barrages routiers installés tous les dix kilomètres sur les routes. A Kisumu, où les violences décroissent, huit nouveaux corps ont été amenés à la morgue mercredi matin, ce qui porte à 328 le nombre de morts dans les violences à la fois politiques et interethniques depuis la réélection contestée du président Mwai Kibaki le 27 décembre.

Le gouvernement du président kényan Mwai Kibaki accuse l'opposant Raila Odinga de porter la responsabilité totale des violences tribales qui ont éclaté après l'élection présidentielle et menacent aujourd'hui de déchirer le pays. "Il s'agit fondamentalement d'un nettoyage ethnique de la tribu des Kikuyus mené par Raila Odinga", a déclaré le porte-parole du gouvernement, Alfred Matua, à la BBC. Les partisans d'Odinga, qui appartient à la tribu des Luos, accusent à l'inverse la tribu des Kikuyus, celle du président Kibaki, de se livrer elle aussi à un nettoyage ethnique. "Comment pouvons-nous être (tenus) responsables lorsque les gens sont en colère parce que Kibaki a volé les élections ? Il s'agit d'un génocide car la police tue des gens. Le meurtre de masse est un génocide", a déclaré le secrétaire général du Mouvement démocratique orange de Raila Odinga, Anyang' Nyong'o.

Eldoret et Kisumu, les deux foyers des violences

Eldoret et Kisumu, situées à environ 80 km à l'est de la frontière avec l'Ouganda, sont les deux villes kényanes les plus touchées par les violences qui ont redoublé d'intensité mardi. Dans la seule nuit de lundi à mardi, 18 personnes avaient été tuées à Eldoret, selon la police qui y a reçu l'ordre de tirer à vue. Et mardi matin, 55 nouveaux cadavres étaient rassemblés à la morgue à Kisumu, fief de l'opposant Raila Odinga. Si l'incendie d'une église d'Eldoret, qui a fait à lui seul 35 victimes, est le drame le plus spectaculaire, il est donc loin d'être isolé : ainsi à Monbasa, 10 personnes ont péri dans l'incendie criminel de leur maison. Dénonçant "une tuerie insensée", la Croix-Rouge kényane a estimé qu'au moins 70.000 personnes avaient été déplacées dans l'ouest du pays par les violences. Selon la police de la province de Kisumu, les violences ont toutefois "baissé" d'intensité mercredi.

Le président de l'Union africaine, John Kufuor, était attendu mercredi dans la soirée à Nairobi pour y diriger une médiation jeudi. Les puissances occidentales espèrent qu'un gouvernement d'union nationale sera formé. L'Union africaine et l'Union européenne ont ainsi appelé mardi à "la retenue" et au "dialogue" les représentants des deux camps, l'UE souhaitant qu'une "solution crédible et transparente" soit trouvée aux aux problèmes suscités par l'élection présidentielle. Ayant téléphoné à Kibaki et Odinga, le Premier ministre britannique Gordon Brown les a appelés à "se parler" et à "explorer la possibilité qu'ils puissent se rassembler dans un gouvernement". Comme en réponse, le président Kibaki a invité mercredi tous les membres du nouveau Parlement à se réunir dans l'après-midi à Nairobi. La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, et le ministre britannique des affaires étrangères, David Miliband, ont lancé de leur côté mercredi dans un communiqué commun un appel aux dirigeants kényans pour qu'ils "fassent preuve d'esprit de compromis".

Environ un millier de touristes français sur place

Alors qu'un avion en provenance du Kenya a atterri mercredi à l'aéroport d'Orly avec à son bord 326 passagers (voir la vidéo), environ un millier de touristes français passent actuellement leurs vacances au Kenya, dans des parcs nationaux ou complexes hôteliers sur la côte, "éloignés des émeutes" qui secouent le pays, a indiqué mercredi l'Association des tour-opérateurs français, Ceto. "Ils ont été tous contactés et pris en charge par les représentants locaux des tour-opérateurs, et la quasi-totalité a préféré rester sur place, dans des endroits sécurisés", a déclaré le président du Ceto, René-Marc Chikli. "Si les émeutes devaient se propager à l'ensemble du pays, ce serait au gouvernement français de prendre une décision sur un éventuel dispositif de rapatriement des Français sur place, qu'ils soient expatriés ou touristes", a-t-il poursuivi. Le Quai d'Orsay a pour l'instant déconseillé aux voyageurs français de se rendre au Kenya dans les prochains jours, "sauf raisons professionnelles impératives", et les tour-opérateurs du Ceto ont décidé de suspendre tous les départs jusqu'à samedi prochain inclus.

D'après agences

le 02 janvier 2008 à 07:26
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