La police disperse les manifestants au Kenya, le 3 janvier 2008 © TF1/LCIL'opposition kényane a demandé vendredi l'organisation d'ici trois mois d'une nouvelle présidentielle, tandis que les forces de l'ordre quadrillaient Nairobi pour empêcher, comme la veille, toute manifestation des partisans du chef de l'opposition, Raila Odinga. "La route à suivre impliquera un accord de transition durant lequel des préparatifs sérieux pourront être faits pour une nouvelle élection du président selon des règles du jeu qui seront transparentes et démocratiques", a déclaré à la presse Anyang Nyongo, secrétaire général du Mouvement démocratique orange (ODM) d'Odinga. "Cela, au regard de nos conditions, peut être fait en moins de trois mois", a-t-il ajouté.
Mais pour le gouvernement kényan, la tenue d'une nouvelle présidentielle dans les trois mois est exclue, du moins tant que la justice ne l'aura pas décidé. "Le gouvernement ne cèdera jamais au chantage, a déclaré le porte-parole du gouvernement, Alfred Mutua. Le président "accepterait une nouvelle élection, à condition que la Constitution soit respectée. Si la justice le décide, il pourrait l'accepter". L'opposition affirme toutefois que les instances judiciaires se trouvent aux mains de proches du chef de l'Etat et qu'elles rejetteront très certainement les recours en faveur d'un nouveau décompte des voix ou d'un nouveau scrutin. Selon l'archevêque sud-africain Desmond Tutu, prix Nobel de la paix, le président kényan Mwai Kibaki est en tout cas disposé à négocier la formation d'un gouvernement de coalition avec l'opposition. "Il y a beaucoup d'espoir", a-t-il indiqué après avoir rencontré Mwai Kibaki dans la matinée.
La police déployée en masse
Vendredi, la tension était nettement moins perceptible dans la capitale du Kenya que la veille. Des commerces et des banques avaient rouvert et la circulation automobile reprenait au fil des heures. La police paramilitaire quadrillait le grand parc du centre-ville, Uhuru Park, où le parti de Raila Odinga, qui rejette la réélection du président Mwai Kibaki aux élections générales du 27 décembre, avait appelé ses partisans à se rassembler. Aux abords du bidonville de Kibera, dont Odinga est le député, la police était également déployée en masse.
Alors que les violences politico-ethniques ont fait plus de 350 morts au Kenya depuis le 27 décembre, et se sont traduites par environ 100.000 déplacés, selon la Croix-Rouge kényane, les Etats-Unis ont décidé jeudi soir de dépêcher une émissaire, la secrétaire d'Etat adjointe chargée des Affaires africaines, Jendayi Frazer, pour tenter de promouvoir le dialogue entre les deux dirigeants. Pour sa part, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a jugé vendredi sur l'antenne de RTL qu'il pensait que les élections au Kenya avaient été truquées - et il a analysé les violences qui ont suivi le scrutin comme un combat pour la démocratie.
Dès dimanche, Odinga avait accusé Kibaki de fraude sur au moins 300.000 voix à la présidentielle. Les doutes sur la crédibilité de ce scrutin ont été renforcés par les récentes déclarations du président de la Commission électorale kényane. "Je ne sais pas si Kibaki a gagné l'élection", a dit Samuel Kivuitu, qui avait pourtant proclamé sa réélection avec plus de 230.000 voix d'avance. Le procureur général du Kenya, Amos Wako, a de son côté estimé jeudi "nécessaire" de mener une enquête "indépendante" sur les élections.
D'après agences
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