Tchad : les rebelles accusent la France

le 05 février 2008 à 07h24 , mis à jour le 05 février 2008 à 20h24

Pour les rebelles, qui ont accepté mardi le principe d'un cessez-le-feu, l'intervention directe de l'aviation française a causé de nombreuses victimes civiles.

Tchad réfugiés N'DjamenaDes dizaines de milliers d'habitants de N'Djamena ont pris la fuite vers le Cameroun © DR

Le point sur la situation mardi

Les rebelles, qui ont attaqué N'Djamena au cours du week-end ont accepté mardi le principe d'un "cessez-le-feu immédiat". L'alliance des trois principales rébellions tchadiennes hostiles au président Deby demandent qu'il soit suivi d'un "dialogue national sans exclusive en vue d'un règlement pacifique du conflit tchadien" et de "l'instauration d'un régime politique véritablement démocratique". De source rebelle, on explique que les pressions diplomatiques ont été "très fortes" lundi pour que les groupes armés acceptent de se déclarer favorables à une trêve avant les autorités de N'Djamena.
 
Dans leur communiqué, les forces rebelles "s'étonnent de l'implication directe de la France dans le conflit et condamnent l'intervention directe de l'aviation française qui a causé d'énormes victimes civiles, notamment sur le Lycée de la Liberté et le marché central" de N'Djamena. Par ailleurs, le principal chef de la rébellion, le général Nouri, a affirmé mardi sur Europe 1 que l'aviation française avait "bombardé" les positions des rebelles pour protéger le régime d'Idriss Deby. Mais d'autres sources de la rébellion n'ont pas confirmé à l'AFP que les chasseurs Mirage F1 français avaient ouvert le feu depuis le début des combats. De nouveau, Paris a démenti toute attaque.

Sarkozy : "si la France doit faire son devoir (au Tchad), elle le fera"

Interrogé pour savoir si la rébellion était en mesure de lancer une nouvelle offensive contre les forces du président Deby et prendre la capitale N'Djamena, il a répondu : "Absolument. C'est certain, sans l'armée française oui". "Nous sommes en mesure de lancer une nouvelle offensive", a-t-il aussi assuré. Dans la capitale tchadienne, régnait toujours un calme précaire mardi matin. Pour la deuxième journée consécutive, aucun combat n'était signalé.

"Il n'y a pas eu d'aide directe au combat" a répondu mardi Bernard Kouchner, depuis l'Assemblée nationale. La France est favorable à un "cessez-le-feu" au Tchad, a déclaré le ministre des Affaires étrangères. Une option prônée par la rébellion mais rejetée par le gouvernement tchadien. "Pour cela nous continuerons de remplir nos obligations qui ne comportent pas d'aide directe aux combats", a poursuivi le chef de la diplomatie française.

Lundi, la France avait indiqué espérer "ne pas avoir à intervenir plus avant" militairement. Mardi, le président Nicolas Sarkozy a été plus ferme, en affirmant que "si la France doit faire son devoir (au Tchad), elle le fera". Des déclarations consécutives à l'adoption par le Conseil de sécurité de l'ONU, lundi, d'une déclaration non contraignante, dans laquelle il appelait "les Etats membres à apporter leur soutien au gouvernement du Tchad". "L'armée française n'est pas là pour s'opposer par les armes à qui que ce soit, mais maintenant qu'il il y a une décision juridique du Conseil de sécurité (...) la France aurait, au conditionnel, les moyens de s'opposer à cette action contraire aux règles du droit international", a ajouté le président français.
 
Entre 15.000 et 20.000 réfugiés
 
Les rebelles ont également condamné "l'arrestation arbitraire et injustifiée des opposants politiques et exigent leur libération immédiate". Sur ce sujet, le ministre de la Défense Hervé Morin a déclaré mardi que Paris devait étudier, avant d'éventuellement intervenir, des informations faisant état de ces arrestations. "Laissez-nous le temps de terminer déjà l'évacuation de nos ressortissants, la protection des ressortissants étrangers. Laissez nous 24 ou 48 heures avant que nous n'abordions ces questions", a déclaré le ministre au micro de RFI.
 
Au cours des derniers jours, entre 15.000 et 20.000 Tchadiens se sont réfugiés au Cameroun pour échapper aux combats entre rebelles et armée gouvernementale à N'Djamena, selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Plus de 3.000 Tchadiens se sont en outre réfugiés au Nigeria voisin, ont indiqué mardi des responsables nigérians de l'immigration. Selon le CICR, au moins 1.000 personnes ont été blessées dans les combats. Des bureaux des Nations unies ont été pillés et d'autres incendiés durant les combats qui ont ensanglanté N'Djamena, a rapporté mardi à Genève une porte-parole onusienne.

Au total, 1182 ressortissants étrangers ont été évacués du Tchad vers Libreville depuis le début de l'opération de l'armée française samedi. L'Union européenne a annoncé mardi avoir débloqué 2 millions d'euros pour venir en aide aux réfugiés et aux personnes déplacées. La Croix-Rouge française a lancé mardi un "appel d'urgence aux dons" afin de financer le déploiement imminent d'équipes médicales au Tchad et de matériel de première nécessité au Cameroun qui accueille des milliers de réfugiés tchadiens, estimé à un million d'euros.

(D'après agences)

le 05 février 2008 à 07:24
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