Le président zimbawéen Robert Mugabe, le 20 février 2003 lors du sommet franco-africain à Paris © www.abacapress.comAu lendemain d'une investiture jugée illégitime par les Occidentaux, le président zimbabwéen Robert Mugabe a participé lundi à Charm el-Cheikh au sommet de l'Union africaine (UA), qui a ignoré les appels à condamner son régime.
Alors que l'UA est pressée par l'ONU, les Etats-Unis et l'Europe de rejeter la réélection de M. Mugabe, le chef de l'Etat zimbabwéen a fait son entrée au milieu des autres présidents africains dans la salle du palais des congrès de la station balnéaire égyptienne où le sommet a ouvert ses travaux.
Suspendus en début de soirée, les débats doivent reprendre mardi matin avec une session à huis clos consacrée au Zimbabwe. "Les Africains sont capables de décider par eux-mêmes. Nous avons même accueilli Mugabe comme un héros", a déclaré à des journalistes le président gabonais et doyen des chefs d'Etat africains, Omar Bongo Ondimba. "Il a été élu, il a prêté serment, il est là avec nous, alors il est président", a ajouté M. Bongo, jugeant les prises de positions de la communauté internationales "un peu trop grossières". "Nous comprenons les attaques mais ce n'est pas comme ça qu'ils auraient dû agir (...) On aurait pu nous consulter d'abord, envoyer par exemple un message à la présidence de l'Union pour demander ce que nous pensons", a-t-il argumenté, affirmant que l'Afrique "leur répondra par une fin de non-recevoir".
"Promouvoir un accord acceptable"
La dénonciation de la réélection de M. Mugabe s'est poursuivie lundi pendant le sommet. Le commissaire européen au Développement Louis Michel a dénoncé la "victoire usurpée" de M. Mugabe, appelant l'UA à "trouver une solution politique à cette crise". Le Premier ministre britannique Gordon Brown a lui aussi appelé l'UA à se prononcer pour le "changement" et la formation d'un "nouveau gouvernement".
La Maison blanche a elle fait savoir que de nouvelles sanctions américaines contre le régime Mugabe devraient être l'affaire d'une semaine ou deux. Sans mentionner directement les Etats-Unis, le Commissaire à la paix et la sécurité de l'UA, Ramtane Lamamra, a lui remarqué devant la presse à Charm el-Cheikh que "les sanctions ne sont pas le meilleur outil dont dispose la diplomatie moderne".
Quelques heures plus tôt, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon avait lui aussi jugé que l'élection "n'avait pas (...) produit un résultat légitime". M. Ban a toutefois "encouragé les efforts des deux parties" zimbabwéennes "à négocier une solution politique", en apportant son soutien "aux efforts" de l'UA et de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) "pour promouvoir un accord acceptable pour le peuple du Zimbabwe".
"Aider les parties zimbabwéennes à surmonter les défis de l'heure"
Dès son ouverture, le sommet de l'UA a d'ailleurs semblé pencher pour une solution négociée entre M. Mugabe et l'opposant Morgan Tsvangirai. "L'Afrique doit assumer pleinement les responsabilités qui sont les siennes et faire tout ce qui est en son pouvoir pour aider les parties zimbabwéennes à surmonter les défis de l'heure", a lancé à la tribune le président de la Commission de l'UA, Jean Ping, dans un appel indirect à un compromis entre les deux hommes.
L'Afrique du Sud, dont le président Thabo Mbeki assure une médiation au Zimbabwe, a, elle aussi, plaidé pour un compromis en demandant des négociations entre le régime et l'opposition pour un "gouvernement de transition". L'opposition zimbabwéenne a aussitôt appelé l'UA à nommer un envoyé permanent pour seconder les efforts de M. Mbeki. L'UA n'est pas parvenue jusque présent à adopter une position commune sur le dossier.
Lundi, les observateurs de l'UA au second tour de la présidentielle ont estimé que le scrutin n'avait pas été conforme aux "normes" démocratiques de l'organisation. M. Mugabe a été déclaré vainqueur dimanche de la présidentielle où il était seul en lice après le retrait de M. Tsvangirai, qui avait renoncé à sa participation pour dénoncer les violences du pouvoir contre l'opposition et les conditions du scrutin.
(D'après agence)
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