Le président soudanais Omar el-Béchir © TF1-LCIC'est ce que beaucoup d'Occidentaux, à l'instar de George Clooney, J.K. Rowling ou Daniel Pennac, réclament depuis des mois et même des années, dénonçant un génocide commis au vu et au su de tous. Accusant Omar el-Béchir de vouloir "mettre un point final à l'histoire des peuples" indigènes vivant au Darfour, le procureur de la Cour pénale internationale a requis lundi l'arrestation du président soudanais pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Il demande aux juges du CPI de l'inculper et de délivrer un mandat d'arrêt. Selon le procureur, des "forces et des agents" contrôlés par Bachir ont tué au moins 35.000 civils et causé la "mort lente" de 80.000 à 265.000 autres, contraints de fuir leurs foyers devant les combats.
"Bachir a commis, à travers d'autres personnes, un génocide contre les ethnies Fur, Masalit et Zaghawa au Darfour, en utilisant l'appareil d'Etat, les forces armées et les milices djandjaouides", énonce le document. Le procureur inculpe également Bachir de crimes contre l'humanité et crimes de guerre, dont meurtres, extermination, déportation de 2,9 millions de civils, tortures et viols. La saisie des biens de Béchir et le gel de ses avoirs ont également été requis. Il s'agit de la première demande d'arrestation d'un chef d'Etat en exercice devant la CPI, le seul tribunal permanent pour juger les auteurs de crimes de guerre, contre l'humanité et de génocide.
3e président rattrapé par la justice internationale
Le président soudanais est le 3e président rattrapé par la justice internationale, après Charles Taylor, président libérien inculpé en mars 2003 de onze chefs d'accusation de crimes de guerre et crimes contre l'humanité par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), et Slobodan Milosevic, président yougoslave inculpé en mai 1999 pour pour des crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par l'armée yougoslave contre des civils au Kosovo. Le génocide, qui définit des crimes commis "avec l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux" est le crime le plus grave reconnu par le droit international, mais également un des plus difficiles à prouver.
Le Soudan a immédiatement affirmé ne pas reconnaître cette inculpation, se disant déterminé à poursuivre le processus de paix au Darfour. "Maintenant, nous sommes contre la CPI et nous rejetons toute décision de la CPI", a affirmé le porte-parole du gouvernement. "Si la CPI transmet l'affaire à l'ONU, alors nous aurons une nouvelle réaction."
Réactions internationales très diverses
La Ligue arabe a aussitôt annoncé une réunion d'urgence samedi, tandis que la présidence de l'Union africaine a mis en garde contre la possibilité "de coups d'Etat et d'une anarchie généralisée" au Soudan si la CPI inculpait Omar el-Béchir. La force conjointe ONU-Union africaine au Darfour (Minuad) a indiqué qu'elle allait évacuer son personnel non essentiel tout en conservant ses soldats sur place. La Minuad a eu sept morts et douze blessés dans ses rangs lors d'une attaque la semaine dernière.
Désapprouvée par le Conseil de coopération du Golfe (CCG) et par la Communauté des Etats sahélo-sahariens (Cen-Sad), la demande du procureur aux juges de la CPI, dont la décision devrait prendre plusieurs mois, a reçu un soutien mesuré de l'Union européenne. Les Etats-Unis ont appelé toutes les parties au calme, et l'ONU s'est déclarée inquiète pour le processus de paix au Soudan et pour la sécurité de ses personnels. Préventivement, l'ONU a relevé le niveau d'alerte pour son personnel au Darfour, et des ambassades occidentales ont recommandé à leurs ressortissants de limiter leurs déplacements au Soudan. Le chef de l'ONU Ban Ki-moon, inquiet des possibles répercussions d'une demande d'inculpation d'Omar el-Béchir, a demandé au Soudan qu'il assure la sécurité des personnels des Nations unies sur son territoire.
Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, a appelé Omar el-Béchir à "respecter" toute "décision de la Cour pénale internationale". Les Etats-Unis, qui ne sont pas partie à la CPI, ont réagi avec une grande réserve. "Nous allons suivre la situation à La Haye et examiner ce que le procureur a demandé", a dit un porte-parole de la Maison Blanche, disant la "profonde inquiétude" du président Bush. "Nous appelons instamment toutes les parties à garder le calme." A Bruxelles, le commissaire européen au Développement, Louis Michel, a estimé "important de mettre un terme à l'impunité qui entoure les crimes" au Darfour et a souligné "la nécessité pour le gouvernement du Soudan de coopérer sans réserve avec la CPI", nécessité également affirmée par plusieurs autres responsables européens.
Plusieurs groupes rebelles du Darfour ont salué la demande de mandat d'arrêt contre Béchir. La demande du procureur a aussi été saluée par des organisations non-gouvernementales occidentales de défense des droits de l'homme. Amnesty International y a vu "un pas important" vers la fin de l'impunité au Soudan.
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