La fin de l'ère Thabo Mbeki

le 21 septembre 2008 à 20h06 , mis à jour le 21 septembre 2008 à 21h14

Le chef de l'Etat sud-africain a annoncé dimanche soir avoir remis sa lettre de démission à la présidente du Parlement, lors d'une allocution radiotélévisée.

Thabo Mbeki afrique du sudLe président sud-africain démissionnaire Thabo Mbeki, le 21 septembre 2008 © TF1/LCI

Poussé vers la sortie par son parti, le Congrès national africain (ANC), le président Thabo Mbeki a annoncé dimanche soir qu'il avait remis sa démission. Une démission qui sera effective à la date que décidera le Parlement sud-africain, a-t-il précisé lors d'une allocution diffusée par la chaîne nationale de télévision SABC. Le nom du candidat du parti au pouvoir devrait être annoncé lundi. "Nous voulons désigner demain le prochain président par intérim de la République et il ou elle annoncera ensuite la composition de son gouvernement", a ainsi déclaré dimanche le trésorier de l'ANC, Mathews Phosa, avant de préciser qu'il s'agirait d'un "candidat" et qu'il reviendrait aux députés de choisir  formellement le président par intérim. En Afrique du Sud, le chef de l'Etat est en effet élu par le Parlement issu des élections générales, sur la base des propositions des groupes parlementaires. Depuis les premières élections démocratiques en 1994, il s'est toujours agi du président de l'ANC.

Or, en décembre dernier, Thabo Mbeki avait été évincé de la présidence de l'ANC, lors d'un congrès aux allures de coup d'Etat interne qui avait porté à sa tête son rival Jacob Zuma. Dix jours après, le nouveau chef de l'ANC était inculpé pour corruption dans le cadre d'une enquête impliquant le groupe d'armement français Thales. Ses partisans avaient immédiatement hurlé au complot. Le non lieu pour vice de forme, prononcé le 12 septembre, par un juge qui a évoqué des pressions politiques dans le dossier, leur a fourni les munitions pour réclamer la tête de Mbeki. Et samedi, le parti a retiré sa confiance au chef de l'Etat.

Début d'une ère d'incertitude

Le président Mbeki a largement fait les frais d'une impopularité croissante, alimentée par son attitude d'intellectuel distant et par le maintien d'une pauvreté importante dans la première puissance économique du continent. Les journaux sud-africains n'exprimaient d'ailleurs dimanche aucun regret pour "le Prince impitoyable" qui a, selon le Sunday Independent, alimenté le courroux de ses rivaux en menant une "politique sans pitié". On s'attend désormais à ce qu'un certain nombre de ses ministres démissionnent par solidarité avec celui qui a succédé à Nelson Mandela à la tête du pays, il y a près de dix ans, et la presse sud-africaine n'exclut pas qu'ils fassent scission du Congrès national africain. "Nous souhaitons que l'actuel gouvernement reste en fonction", a d'ailleurs souligné le trésorier de l'ANC. "Mais il est impossible de les y forcer".

Parmi les démissionnaires vraisemblables figure Phumzile Mlambo-Ngcukala, la vice-présidente, qui est censée assurer l'intérim de la présidence durant une période transitoire qui pourrait durer six mois mais qui ne cache pas son hostilité au camp Zuma. Celui-ci, qui brigue la présidence, l'an prochain, n'occupe aucune fonction officielle et n'est donc pas habilité à occuper le poste durant la transition. Ses partisans songent à faire désigner le président du parlement, Baleka Mbete. Un exode politique massif de ministres pourrait paralyser le gouvernement transitoire et contraindre le parlement du Cap, dominé par l'ANC, à s'autodissoudre et provoquer des élections législatives anticipées.

L'ascension de Jacob Zuma pose d'autres problèmes. L'homme est perçu par les investisseurs, inquiets, comme un dirigeant n'ayant pas fait ses preuves, à un moment où la plus grave crise politique jamais connue par l'ANC depuis la fin de l'apartheid, en 1994, vient se greffer sur un ralentissement notable de l'économie. Il a beau assurer que les grandes lignes de la politique du gouvernement resteront inchangées, son positionnement à gauche donne des sueurs froides aux marchés. En coupant l'ANC de son aile conservatrice et économiquement libérale et en la rendant otage des syndicats et du petit, mais influent, Parti communiste, la scission de l'ANC évoquée par la presse risque d'accentuer la prévention des mêmes marchés. Et l'influence internationale de l'Afrique du Sud risque de s'en ressentir, alors que Thabo Mbeki a su, à la tête de l'Afrique du Sud, jouer avec un certain succès les médiateurs entre le Nord et le Sud ainsi qu'en Afrique même.

D'après agences

le 21 septembre 2008 à 20:06
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