Neuf dignitaires rattrapés par l'ombre du Joola

le 12 septembre 2008 à 23h16 , mis à jour le 12 septembre 2008 à 23h23

Le juge Jean-Wilfrid Noël, chargé du dossier français ouvert après le naufrage du Joola, qui avait fait près de 2000 morts, met en cause plusieurs anciens ministres.

Le naufrage du Joola au large de la Gambie, le 26 septembre 2002Le naufrage du Joola au large de la Gambie, le 26 septembre 2002 © TF1/LCI

Le Joola avait chaviré au large de la Gambie le 26 septembre 2002, alors qu'il reliait Ziguinchor, la principale ville de Casamance, à Dakar. La catastrophe avait fait 1865 morts et disparus (dont 22 ressortissants français), selon le bilan officiel, plus de 2000 selon les associations de familles de victimes, soit plus que le naufrage du Titanic (1500 morts). Seules 64 personnes avaient survécu. L'enquête ouverte au Sénégal avait conclu à la responsabilité exclusive du capitaine du bateau, et avait été classée sans suite.

Mais outre l'enquête au Sénégal, une information judiciaire pour homicides involontaires et non-assistance à personnes en péril a été ouverte à Evry le 1er avril 2003, après le dépôt de plaintes de familles de victimes françaises. Et vendredi, un juge français a annoncé qu'il comptait délivrer neuf mandats d'arrêt internationaux contre de hauts dignitaires sénégalais, dont l'ancienne Premier ministre Mame Madior Boye, pour leur responsabilité présumée dans ce naufrage. Selon Me Etienne Rosenthal, l'un des avocats des parties civiles, le navire avait été déclaré en état "d'inavigabilité totale" peu avant le drame. L'avocat affirme qu'une expertise complémentaire produite à la suite du déplacement au Sénégal du magistrat instructeur en janvier dernier confirme que la responsabilité de neuf personnes peut être engagée. Selon lui, les experts ont constaté dans ce dossier 19 manquements à trois conventions internationales maritimes, ratifiées par la France et le Sénégal.

La dimension politique du dossier

Les mandats délivrés par le juge Jean-Wilfrid Noël, qui valent mise en examen, visent notamment, outre l'ancienne Premier ministre, l'ex-ministre des forces armées Youba Sambou, et l'ex-ministre des transports Youssouf Sahko, ainsi que des responsables de l'armée et de la marine. Parmi eux se trouve le général Babacar Gaye, alors chef d'état-major général des armées et actuellement commandant de la Monuc (mission de l'Onu en République démocratique du Congo).

La nouvelle a été accueillie avec joie par le président de l'Association nationale des  familles des victimes et rescapés du naufrage du Joola (ANFV-Joola), qui "s'est  félicité" de cette décision la justice française, soulignant l'absence, jusqu'alors, de conséquences judiciaires de cette catastrophe : "Deux mille personnes mortes, aucune mise en examen : ça nous paraît bizarre en tant que Sénégalais", a-t-il déclaré.

Le gouvernement sénégalais réplique

Mais le ministre sénégalais de la Justice, Madické Niang, a aussitôt promis que son pays engagerait "toutes les voies possibles pour  obtenir l'annulation des mandats d'arrêt" internationaux délivrés en France. "Si, pour des actes quelconques, on recherche en cascade la responsabilité des auteurs pour arriver à des hommes d'Etat sénégalais, dont manifestement aucun acte n'a de lien avec ce délit-là, il est évident que cette chose est très grave et nous appliquerons la réciprocité", avait déjà prévenu le porte-parole du président sénégalais Abdoulaye Wade, Me El Hadji Amadou Sall, le 25 janvier dernier, alors que le juge français se trouvait sur place. Le juge Noël avait alors pu entendre une dizaine de personnes, mais les autorités sénégalaises avaient refusé que les personnes les plus haut placées soient auditionnées.

Signe de l'aspect épineux du dossier, Me Rosenthal a ainsi déploré vendredi que le parquet, qui a fait part oralement de ses réquisitions, qui ne sont pas encore rédigées, souhaite recourir à des mesures moins coercitives "pour apaiser la dimension politique du dossier". Le parquet souhaite en effet que le juge délivre des commissions rogatoires internationales demandant aux autorités sénégalaises la mise en examen des personnes dont la responsabilité paraît engagée, selon l'avocat qui voit là une position "indéfendable". Des commissions rogatoires avaient en effet déjà été délivrées, sans pouvoir aboutir faute de coopération de la part du Sénégal. Le juge n'est toutefois pas tenu de suivre ces réquisitions.

D'après agence

le 12 septembre 2008 à 23:16
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