Le Probo Koala. © TF1/LCINeuf personnes comparaissaient ces derniers jours devant la cour d'assises de Côte d'Ivoire dans le cadre du procès sur l'affaire du déversement des déchets toxiques du cargo Probo Koala, affrétées par Trafigura en août 2006. La cour a condamné sans surprise le principal accusé, Salomon Ugborugbo, le patron de la petite société Tommy qui avait déversé à l'air libre à travers Abidjan les 528 m3 de slops, des résidus du nettoyage des cales. Cet homme était le seul à être poursuivi pour empoisonnement, la pollution ayant provoqué, selon la justice, 17 décès et des milliers d'intoxications. Une interdiction de séjour sur le territoire pendant 10 ans a été prononcée contre lui.
La cour a également condamné à 5 ans de prison et 10 ans de privation de droits civiques un autre personnage central de ce scandale, Essoin Kouao, un agent de la société consignataire du Probo Koala au port d'Abidjan, poursuivi pour complicité d'empoisonnement. La justice lui reprochait d'avoir fourni les coordonnées de Tommy à la filile ivoirienne de Trafigura, Puma Energy, pour décharger à Abidjan les slops du Probo Koala, un mélange d'essence, soufre, soude caustique, à forte concentration en mercaptan. Tommy n'avait pourtant aucune capacité pour retraiter ces déchets et s'est contenté de les déverser dans une décharge publique et une quinzaine de sites d'Abidjan, provoquant de nombreux malaises et une véritable panique dans la capitale économique ivoirienne.
Ils croyaient recycler des eaux usées
La cour n'a pas toutefois suivi l'avocat général qui avait réclamé la peine maximale - la perpétuité - à l'encontre de Salomon Ugborugbo et Essoin Kouao. Le jury a surtout désavoué l'enquête judiciaire en acquittant les sept autres accusés alors que l'avocat général avait requis 20 ans de prison pour cinq d'entre eux. La plupart étaient pourtant poursuivis aussi pour complicité d'empoisonnement. Avec l'acquittement du commandant du port, de l'ancien directeur général des Affaires maritimes au ministère des Transports et de trois douaniers, la cour a répondu à la demande des avocats de la défense qui ont martelé que leurs clients ne savaient pas ou ne pouvaient pas savoir que les déchets étaient toxiques. Pour le directeur technique de la société consignataire et un de ses subordonnés, également renvoyés devant les assises, l'avocat général avait déjà demandé l'acquittement.
Les sept acquittés ont probablement profité de l'ombre de Trafigura qui a plané tout au long du procès. La multinationale, qui a toujours rejeté l'idée que les déchets aient pu provoquer un tel drame et a fortiori des décès, était absente à l'audience, même comme témoin. La défense a accablé Trafigura en l'accusant d'avoir délibérément trompé ses interlocuteurs qui croyaient, selon elle, avoir affaire à des slops ordinaires, à savoir des "eaux usées". Les avocats en voulaient pour preuve que la multinationale a déboursé 100 milliards de FCFA (152 millions d'euros) en février 2007 pour indemniser l'Etat de Côte d'Ivoire dans le cadre d'un accord à l'amiable. La défense a d'ailleurs dénoncé le rôle des autorités ivoiriennes qui ont renoncé à toute poursuite contre Trafigura, tandis que trois cadres de la multinationale incarcérés à Abidjan étaient libérés le lendemain de l'accord.
D'après agence
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