Attentat au Caire le 22 février 2009 dans lequel une Française a été tuéé © Reuters/T. MostafaQui les terroristes visaient-ils ?
Des touristes occidentaux, cela ne fait aucun doute. L'endroit où la grenade a explosé -le souk Khan al-Khalili- est en effet l'un des hauts lieux de l'achat de souvenirs lors d'un voyage au Caire et les touristes y affluent tous les jours par milliers. Perpétrer un attentat en fin de journée était donc l'assurance de toucher des Occidentaux.
Visaient-ils spécifiquement des Français ?
A priori, non. Ils ciblaient des Occidentaux en général. Le groupe d'adolescents de Levallois-Perret et leurs accompagnateurs ont eu le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. En tout cas, c'est qu'affirment à la fois la France et l'Egypte.
L'attentat est-il l'œuvre d'un groupe isolé ou d'une cellule bien organisée ?
Le mode opératoire pointe vers la première hypothèse. L'attaque -une grenade- est en effet peu sophistiquée et n'a rien à voir avec la dernière action attribuée à la mouvance islamiste à Bombay fin 2008. En ce sens, elle ressemble plus à l'attentat commis en 2005 dans même secteur du souk Khan al-Khalili par un kamikaze, tuant deux Français et un Américain. "A l'époque, c'était une petite cellule familiale islamiste, l'attentat de dimanche paraît très comparable dans le choix du lieu et son caractère très primitif", souligne Dhia Rachwan, un expert de l'islamisme radical au centre d'études stratégiques al-Ahram. Pour Amr Choubaki, un autre chercheur du centre al-Ahram, "cet acte est révélateur d'un malaise social et politique mais paraît l'œuvre d'un individu ou d'un groupe très isolé".
L'attentat de dimanche n'a il est vrai rien à voir avec la dernière attaque commise contre des touristes en Egypte. En avril 2006, la station balnéaire de Dahab dans la péninsule du Sinaï, avait été visée par trois attentats quasi-simultanés (20 tués, dont six étrangers). Le mode opératoire (des kamikazes se faisant sauter à des endroits différents au même moment) était le même en 2004 à Taba (34 morts) et 2005 à Charm el-Cheikh (70 morts).
Conclusion : la piste Al-Qaïda est peu probable, comme celle des gros réseaux islamistes égyptiens liés aux Frères musulmans.
Quel était l'objectif de politique intérieure des terroristes ?
En ciblant des Occidentaux, ils visent surtout le secteur clef de l'économique égyptienne : le tourisme. Il représente 11 milliards de dollars pour l'année fiscale 2008, soit 11,1% du PNB, et emploie 12,6% de la population active. Or le pays est déjà touché de plein fouet par la crise mondiale. Un ralentissement de l'activité touristique serait catastrophique. "Sur fond de frustration économique et sociale, les islamistes peuvent ensemencer ce terreau fertile à la violence individuelle", explique Amr Choubaki.
Est-le début d'une nouvelle vague ?
Difficile à dire. A priori, s'il s'agit bien d'un acte isolé, les risques sont limités. Mais pour le général Fouad Allam, ex-directeur du service de la sécurité de l'Etat, il n'est pas exclu que l'attentat puisse "préluder à une nouvelle vague de terrorisme en Egypte favorisée par la crise financière et le contexte régional".
La France déconseille-t-elle l'Egypte à ses ressortissants ?
Non. Le site du ministère "conseils aux voyageurs" a simplement été modifié et appelle désormais les touristes à "faire preuve d'une très grande prudence et à éviter les lieux d'attroupement". Les tour-opérateurs français compte aménager leurs programmes de visites dans le pays mais n'ont pas l'intention d'annuler leurs voyages.
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