Pourquoi Kinshasa a-t-il accepté des soldats rwandais sur son sol ?

Par Liseron BOUDOUL, le 04 février 2009 à 05h45 , mis à jour le 03 février 2009 à 18h14

Analyse - La République démocratique du Congo a accepté une présence militaire de son voisin pour traquer les rebelles hutus rwandais présents dans l'Est. Une décision stratégique risquée et mal comprise de la population.

TF1/LCI Joseph Kabila.Joseph Kabila, le président de la RD Congo © TF1/LCI

Depuis le 20 janvier, plus de 4000 soldats rwandais sont entrés en République démocratique du Congo, au Kivu, pour rejoindre l'armée congolaise, avec l'accord de gouvernement de Kinshasa. Objectif officiel : traquer les rebelles hutus rwandais parmi lesquels se trouvent de nombreux génocidaires, qui se sont installés ici depuis une dizaine d'années. Ils seraient 8000, dispersés en brousse, dans les villages, ou à proximité des mines de coltan, d'or, d'argent qu'ils exploitent ou pillent.
 
Pour le moment, il n'y a pas encore d'affrontements sérieux, tout juste quelques attaques, comme si les rebelles hutus jouaient à cache-cache avec cette nouvelle coalition. Mais dans les jours qui viennent, les soldats rwandais et congolais vont se rendre sur des zones stratégiques. Les rebelles hutus menacent de s'en prendre à la population.
 
Kabila contesté
 
Les habitants ne comprennent pas pourquoi leurs responsables politiques, en froid avec le Rwanda depuis le génocide de 94, ont permis à l'armée rwandaise d'intervenir sur le sol congolais. A Kinshasa, le président de l'Assemblée Nationale et les députés de l'opposition contestent cette alliance éclair voulue par le président Joseph Kabila. Qu'y a t il derrière cette opération ? Quel est le contrat  entre Kigali et Kinshasa ?
 
Les deux capitales ne s'aiment pas plus qu'avant, elles ont trouvé des intérêts communs. Tout d'abord, elles souhaitent se débarrasser du chef rebelle tutsi Laurent Nkunda, certes soutenu par le Rwanda, mais devenu trop indépendant et menaçant. Ensuite, elles verraient d'un bon œil le démantèlement des camps de rebelles hutus de l'Est du pays.
 
Opération séduction
 
Enfin, l'opération est l'occasion de relancer une coopération économique dans cette région très riche en minerais et de redistribuer les marchés. Et, au passage, de remettre Kigali en selle sur une scène diplomatique toujours méfiante à son égard.
 
Pourtant sur place, à Goma, des observateurs craignent que les troupes rwandaises s'installent sur la durée, après l'intervention militaire. L'opération devrait se terminer fin février, au plus tard. En attendant, Kinshasa demande toujours l'extradition du chef rebelle congolais Nkunda pour le juger. En vain : l'homme est toujours en résidence surveillée au Rwanda, à quelques kilomètres de Goma. Le président rwandais, son ancien allié, va-t-il le lâcher définitivement ?

Par Liseron BOUDOUL le 04 février 2009 à 05:45
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