Darfour : mandat d'arrêt contre le président Bachir

le 04 mars 2009 à 10h57 , mis à jour le 04 mars 2009 à 19h29

La Cour pénale internationale a délivré un mandat d'arrêt contre le président soudanais accusé de génocide, crimes de guerre et contre l'humanité dans cette région de l'ouest du Soudan.

Omar el-Béchir Bachir soudan darfourLe président soudanais Omar el-Béchir © TF1-LCI

C'est officiel : un mandat d'arrêt a été délivré par la Cour pénale internationalele à l'encontre du président soudanais Omar Bachir. La décision des juges a été annoncée mercredi en début d'après-midi. Bachir est accusé de génocide, crimes de guerre et contre l'humanité au Darfour par le procureur. Il s'agit du premier mandat d'arrêt contre un chef d'Etat lancé par la CPI, entrée en fonction en 2002 à La Haye.
 
Mardi, le président soudanais a défié une nouvelle fois la cour, affirmant que "toute décision de la CPI n'aura aucune valeur pour nous". "Nous avons de lourdes preuves contre Bachir", a assuré de son côté le procureur Luis Moreno-Ocampo. "Nous avons plus de 30 différents témoins qui diront comment il a tout dirigé et contrôlé", a-t-il dit.

Et depuis l'officialisation de ce mandat d'arrêt, c'est la bataille de déclarations. D'un côté, le CPI qui déclare que le gouvernement soudanais est obligé d'exécuter ce mandat, parlant d'un grand jour" pour le Soudan et le Darfour, et la scène internationale qui appelle à coopérer (Paris, Washington...). Et de l'autre, Khartoum qui "refuse totalement" la décision du CPI. Et qui affirme même qu'Omar el-Béchir participera au sommet arabe de Doha prévu fin mars malgré le mandat d'arrêt. Au même moment, des milliers de Soudanais convergeaient vers le centre de Khartoum pour afficher leur appui à Omar el-Béchir. Le chef de l'ONU, Ban Ki-moon, appelle de son côté le gouvernement soudanais à assurer la sécurité des populations civiles sur son territoire, tandis que le Conseil de la Ligue arabe se dit "très troublé" par la décision de la CPI.
 
300.000 morts
 
Le procureur de la CPI avait demandé le 14 juillet 2008 aux juges de la CPI d'émettre un mandat d'arrêt contre Omar Bachir, 65 ans, à la tête du plus grand pays d'Afrique depuis 1989. Il estime qu'il est pénalement responsable du crime de génocide des ethnies four, masalit et zaghawa, et l'accuse également d'être responsable de meurtres, extermination, transfert forcé de population, torture et viols, constitutifs de crimes contre l'humanité ainsi que de pillages et d'attaques, des crimes de guerre.
 
Selon l'ONU, la guerre civile au Darfour, une région de l'ouest du Soudan, a fait depuis 2003 plus de 300.000 morts et entraîné le déplacement de 2,2 millions de personnes. Khartoum affirme que le conflit n'a fait que 10.000 morts. Le procureur de la CPI enquête depuis 2005 sur le Darfour en vertu d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU.
 
La CPI avait en mai 2007 émis des mandats d'arrêt pour crimes de guerre et contre l'humanité contre le ministre soudanais des Affaires humanitaires Ahmed Haroun et le chef de milice pro-gouvernementale janjawid Ali Kosheib. Mais Omar Bachir a toujours refusé de les extrader. La CPI ne dispose d'aucune force de police propre et dépend de la volonté des Etats pour l'exécution des mandats d'arrêt.

MSF a reçu l'ordre d'évacuer son personnel international

Médecins sans frontières a annoncé mercredi avoir reçu l'ordre du gouvernement soudanais d'évacuer son personnel international du Darfour. "Les raisons invoquées par le gouvernement pour justifier cette décision concernent le fait de ne pouvoir assurer la sécurité des équipes internationales de MSF, en vue de l'annonce attendue de la Cour Pénale internationale concernant le Président soudanais", précise l'ONG. Après cette évacuation, "dans certains sites où MSF est le seul acteur médical, les populations n'auront plus du tout accès aux soins", déplore l'ONG qui a cessé ses activités à Muhajariya et les a interrompues à Niertiti, alors que des cas de méningite viennent d'être confirmés. L'ONG Médecins du Monde avait annoncé lundi l'évacuation de ses équipes du Jebel Marra, dans le nord du Darfour, en l'expliquant par une "dégradation des conditions de sécurité".

(D'après agence)

le 04 mars 2009 à 10:57
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