Le président soudanais Omar el-Béchir © TF1-LCILa situation s'envenime. Aussitôt après l'annonce mercredi par la Cour pénale internationale de l'émission d'un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir pour crimes de guerre et contre l'humanité au Darfour, région de l'ouest du Soudan en proie depuis 2003 à la guerre civile, c'est la bataille de déclarations. D'un côté, le CPI qui déclare que le gouvernement soudanais est obligé d'exécuter ce mandat, parlant d'un grand jour" pour le Soudan et le Darfour, et la scène internationale qui appelle à coopérer (Paris, Washington...). Et de l'autre, Khartoum qui "refuse totalement" la décision du CPI. Et qui affirme même qu'Omar el-Béchir participera au sommet arabe de Doha prévu fin mars malgré le mandat d'arrêt. Le chef de l'ONU, Ban Ki-moon, appelle de son côté le gouvernement soudanais à assurer la sécurité des populations civiles sur son territoire. Mais à l'inverse, le président de l'Assemblée générale de l'ONU, Miguel D'Escoto Brockmann, a déclaré jeudi à Genève "être désolé" de la décision de la CPI. Le Conseil de la Ligue arabe se dit pour sa part "très troublé" par la décision de la CPI.
Outre les déclarations de refus catégorique de respecter cette procédure (le 1er mandat d'arrêt contre un chef d'Etat lancé par la CPI), les autorités soudanaises ont décidé mercredi d'expulser une dizaine d'organisations non gouvernementales (ONG), ont annoncé des responsables d'ONG et de l'ONU. "Ils nous ont dit de quitter le pays dans les 24 heures", a ainsi raconté le responsable d'une organisation d'aide active au Darfour. "On nous a dit de quitter le pays cinq minutes après la décision de la CPI", a ajouté le responsable d'une autre ONG. Médecins sans frontières avait aussi annoncé un peu plus tôt avoir reçu l'ordre du gouvernement soudanais d'évacuer son personnel international du Darfour. "Les raisons invoquées par le gouvernement pour justifier cette décision concernent le fait de ne pouvoir assurer la sécurité des équipes internationales de MSF, en vue de l'annonce attendue de la Cour Pénale internationale concernant le Président soudanais", précisait l'ONG.
Dans la soirée, le chef de l'ONU, Ban Ki-moon, a exhorté le gouvernement du Soudan à ré-autoriser les ONG qu'il a décidé d'expulser, se disant "préoccupé" par cette annonce. Mais jeudi, e chef de la Commission soudanaise des Affaires humanitaires (HAC) a prévenu que d'autres ONG pourraient être expulsées du Soudan, accusant la dizaine d'organisations déjà sommées de quitter le pays d'avoir collaboré avec la CPI.
Manifestations de joie et de soutien
Au même moment, des milliers de Soudanais convergeaient vers le centre de Khartoum pour afficher leur appui à Omar el-Béchir, 65 ans, à la tête du plus grand pays d'Afrique depuis 1989. "Nous allons te protéger Béchir jusqu'à la dernière goutte de notre sang", "nous sommes avec toi Béchir", lançaient les manifestants, dont certains appelaient au "jihad" -la guerre sainte- contre les Etats-Unis, pays dont les relations sont très tendues avec Khartoum. En face, des réfugiés darfouris au Tchad criaient leur joie. "Dieu est grand", ont-ils crié aux sons des youyous des femmes.
Selon l'ONU, la guerre civile au Darfour, une région de l'ouest du Soudan, a fait depuis 2003 plus de 300.000 morts et entraîné le déplacement de 2,2 millions de personnes. Khartoum affirme que le conflit n'a fait que 10.000 morts. Le procureur de la CPI enquête depuis 2005 sur le Darfour en vertu d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU.
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