© ReutersLa presse annonçait un "raz-de-marée". Selon les résultats définitifs diffusés samedi par la Commission électorale indépendante, si la victoire du Congrès national africain (ANC) aux élections législatives de mercredi dernier est certaine, elle ne suffira pas pour que le parti puisse éventuellement réviser la constitution. L'ancien mouvement de lutte contre l'apartheid a en effet remporté les élections avec 65,9% des suffrages, mais échoue dans sa tentative de conserver une majorité des deux tiers au Parlement, avec 264 sièges sur 400. Le parti obtient en tout cas une très large avance sur son principal rival, l'Alliance démocratique, qui obtient 16,68% des voix, suivi par le Congrès du peuple, formé par des dissidents de l'ANC, avec 7,42%. Fort de cette victoire, le leader de l'ANC, Jacob Zuma, est assuré d'être élu président de l'Afrique du Sud par les nouveaux députés le 6 mai, devenant ainsi le quatrième président noir du pays.
Anticipant ces résultats, des milliers de partisans du tribun zoulou Jacob Zuma se sont rassemblés dès vendredi soir dans plusieurs villes du pays pour célébrer la victoire aux élections du 22 avril de l'ANC, au pouvoir depuis les premières élections multiraciales de 1994. A Durban, la capitale du Kwazulu-Natal sur l'Océan indien et à Johannesburg, la fête battait son plein, des milliers de partisans chantant et dansant dans les rues. "Zuma à Pretoria", clamaient des supporteurs impatients, en référence au siège de la présidence. "Nous avons sans conteste possible reçu le mandat du peuple", a déclaré la porte-parole de l'ANC, Jesse Duarte. Le parti est cependant en léger recul par rapport à son score de 2004 (69,7%).
"Ils se retourneront contre lui s'il échoue"
Le nouveau Parlement élira le président de la République en session extraordinaire le 6 mai. Zuma devrait lui prêter serment à Pretoria le 9. "En travaillant ensemble, nous formerons un gouvernement pour tous les Sud-Africains", a samedi le chef de l'ANC en direction des partis d'opposition, consolidés par le scrutin de mercredi. "Le nouveau président de la République sera un président pour tous", a-t-il ajouté lors d'un discours au siège de la Commission électorale à Pretoria.
Le parti a "confirmé l'ampleur de son soutien malgré de nombreux défis de la campagne", soulignait vendredi le quotidien The Times. Outre l'apparition du Cope, le parti a dû batailler contre les doutes sur l'intégrité de Zuma, qui a bénéficié in extremis d'un abandon de poursuites pour corruption à son encontre. "Jacob Zuma et l'ANC ont mené une campagne brillante et réussi à faire passer les élections de 2009 pour un duel entre les riches noirs et blancs d'un côté, et la grande majorité des pauvres noirs de l'autre", analysait l'hebdomadaire Mail and Guardian. Zuma, orphelin de père et fils d'une femme de ménage, "a fait en sorte de s'identifier à la marginalisation des pauvres", poursuivait le journal. Mais, attention, "ils se retourneront contre lui s'il échoue à répondre aux attentes."
L'Afrique du Sud est la première économie du continent, mais plus de 43% de sa population vit sous le seuil de pauvreté et le chômage frôle les 40%. Des statistiques susceptibles d'empirer alors que le pays entre en récession pour la première fois depuis 17 ans. Autres fléaux: 50 homicides sont recensés quotidiennement et le pays compte le plus grand nombre de séropositifs au monde: 5,5 de ses 48 millions d'habitants. "Le plus grand défi pour Zuma réside dans les espoirs de la classe ouvrière et des pauvres, qui sont en grande partie derrière le phénomène Zuma", renchérissait l'analyste Aubrey Matshiqi, dans le quotidien The Star. "Ces électeurs ont l'espoir d'être sauvés par Zuma, un homme à qui ils ont donné leur soutien parce qu'il a la même origine qu'eux", poursuivait le chercheur. "Mais la réalité est que l'Etat post-apartheid n'est pas en mesure de répondre à leurs aspirations dans un futur proche."
D'après agence
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