Les familles de victimes écoutent la radio © Thomas Mukoya / ReutersStéphane Salord est le consul des Comores à Marseille, où vivent environ 80.000 Comoriens, soit la plus grande communauté en dehors du pays.
LCI.fr : Le vice-président comorien reproche à Paris de ne pas lui avoir transmis la liste des avions interdits dans l'Hexagone, ce qui était le cas de l'A310 de Yemenia. Etait-ce bien le rôle de la France puisqu'il n'existe pas de liste noire mondiale ?
Stéphane Salord : A mon avis, on ne peut rien reprocher à la France sur ce point. Mais il faut absolument en revanche qu'un principe de précaution émerge au niveau mondial. Et là, elle peut aider. La France a en effet fait une partie son boulot en enlevant l'appareil qui s'est crashé du ciel français. S'il se retrouve en l'air sur une ligne comorienne, ce n'est pas de sa responsabilité. Il faut donc pour cela réguler le ciel comorien, ce qui passe de fait par celui de l'Océan indien. Il faut ainsi des normes précises que pourraient mettre en place la Commission de l'Océan indien (ndlr : elle regroupe les Comores, la France via La Réunion, Madagascar, l'île Maurice et les Seychelles). Objectif : aboutir aux mêmes critères qu'en Europe.
LCI.fr : Plus globalement, l'accident met en lumière le fait que pour rentrer chez eux, des immigrés vivant en France, comme les Comoriens, doivent prendre, à un moment ou à un autre, des avions poubelles ou alors voyagez hors de prix avec Air Austral.
S.S. : En fait, le voyage avec Air Austral n'est pas si exorbitant qu'on peut le penser. Je me suis rendu dernièrement aux Comores avec cette société pour 1 350 euros, soit à peine 100 euros de plus que le billet de Yemenia. A ce tarif, Yemenia propose en fait une bétaillère au prix du luxe.
Il y a donc deux solutions pour éviter que ce drame ne se produise à nouveau. Tout d'abord, aboutir à la régulation du ciel de l'Océan indien, doublé d'un partenariat entre la Commission de l'Océan indien et l'Union européenne. Ensuite, mettre en place, au moins entre la France et les Comores, un partenariat sur la sécurité aérienne. Il ne s'agirait que d'un partenariat supplémentaire de trois lignes qui viendrait s'ajouter à tous les partenariats existants déjà entre les deux pays. Si cela avait été le cas, l'A310 aurait certainement été interdit de vol aux Comores.
LCI.fr : Mercredi, vous avez reçu une délégation de la communauté comorienne de Marseille, en colère.
S.S. : Les gens qui sont venus protester devant le consulat ont toutes les raisons d'être en colère : le temps pour obtenir la liste des victimes a été très long et Yemenia entendait encore effectuer le trajet Marseille-Moroni avec un changement d'avion à Sanaa ces prochains jours. Ils m'ont notamment fait part de leur souhait de voir le président comorien venir les voir pour que leur deuil soit national. Ils demandent également à la France d'être solidaire et de prendre en charge leur transport jusqu'au lieu du drame afin de se recueillir devant le corps des victimes. C'est désormais ma priorité. J'ai ainsi téléphoné au préfet de Région pour qu'il effectue ce geste de solidarité, et ce d'autant plus que la plupart des disparus sont franco-comoriens. Il est en effet hors de question de demander à Yemenia d'emmener les familles à Moroni.
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