Les moines de Tibehirine, tués en 1996 © TF1/LCIQui a tué les moines de Tibéhirine en 1996 ? Officiellement, les sept hommes ont été massacrés par le Groupe islamique armée (GIA). Mais cette version est remise en cause depuis quelques jours par le général français à la retraite François Buchwalter, ancien attaché de Défense à Alger.
Moines de Tibeherine : le secret-défense français levé
Comme le demandait la justice, le Quai d'Orsay a transmis des documents internes au juge d'instruction chargé de l'enquête sur l'assassinat en 1996 des sept religieux installés en Algérie.
Publié le 10/11/2009
Dans une récente déposition devant le juge antiterroriste chargé de l'enquête en France, il a attribué les meurtres à l'armée algérienne. Elle aurait commis une "bavure" et aurait ensuite camouflé son erreur en essayant de l'attribuer aux islamistes. Son témoignage a déclenché une tempête politique, au point que Nicolas Sarkozy a levé le secret-défense sur l'affaire. Une décision qui a provoqué l'ire du gouvernement algérien et de la presse locale.
"Non-respect de l'accord"
Jeudi, Abdelhak Layada, un ancien chef du GIA, en prison au moment de l'affaire, a confirmé de son côté que son mouvement était bien à l'origine des exécutions. "Les assassinats ont été commis par Djamel Zitouni (ndlr : chef du GIA à l'époque des faits), à la suite des tergiversations du renseignement français", explique-t-il au quotidien arabophone algérien El Khabar. "Les négociations qu'il menait avec les Français concernaient ma libération contre la libération des moines. Les Français ont tardé à répondre s'ils acceptaient de négocier ou non avec le GIA. C'était la cause de l'échec", ajoute-t-il.
Le GIA, qui avait promis de faire la guerre à la France, avait revendiqué le 26 avril 1996 l'enlèvement des sept religieux et proposé de les échanger contre ses militants détenus. Le 23 mai, l'organisation annonçait avoir décapité les captifs en accusant Paris d'avoir "trahi" les négociations. Selon Abdelhak Layada, les "services secrets français ont doublé les autorités algériennes et traité directement avec les ravisseurs". Il estime que les services secrets français ont commis là "une grande trahison". Il dénonce également une "deuxième trahison", c'est à dire le "non-respect par les Français de l'accord conclu avec le GIA pour la libération des moines". "L'attaché militaire à l'ambassade de France à Alger (...) qui a donné son accord préliminaire pour ma libération, n'a été en fait engagé que pour espionner le GIA. C'est pour cette raison que le GIA a décidé d'achever les sept moines", assène-t-il.
"Monnayer ma libération"
Interrogé par El Khabar sur les motivations du rapt des moines, Abdelhak Layada explique que le GIA les avait "pris en flagrant délit de prosélytisme dans la région où ils se trouvaient". "Ce n'est qu'après les avoir capturés que l'idée de monnayer ma libération avec la leur a germé", précise-t-il.
Abdelhak Layada, condamné à mort en 1993 par la justice algérienne après avoir été extradé du Maroc, a été libéré en 2006 dans le cadre d'un programme de "réconciliation nationale" voulu par le président algérien Abdelaziz Bouteflika.
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