Un ouvrier chinois à Alger © ReutersAprès la répression de Pékin contre les Ouïghours, musulmans, au Xinjiang, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), la branche d'Al-Qaïda sévissant en Afrique du Nord, menace d'attaquer les expatriés et les intérêts économiques chinois dans la région. C'est la première fois que la Chine est nommément citée comme cible par la nébuleuse liée à Oussama ben Laden.
Jean-Vincent Brisset, directeur de recherches à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) et ancien attaché militaire à l'ambassade de France en Chine pendant trois ans, explique la signification de ces menaces pour Pékin.
LCI.fr : Contrairement aux Occidentaux, la Chine n'a jamais été confrontée de plein fouet au terrorisme islamiste. La menace d'Al-Qaïda au Maghreb islamique sera-t-elle prise au sérieux par Pékin ?
Jean-Vincent Brisset : En fait, même si Al-Qaïda ne s'attaquait pas à elle et à ses intérêts -seuls les Etats-Unis sont d'ailleurs concernés par le problème de manière récurrente-, la Chine a toujours pris au sérieux les menaces islamistes. Elle a ainsi toujours suivi avec attention l'évolution des mouvances plus ou moins liées à Al-Qaïda gravitant sur son sol. La menace de l'AQMI sera logiquement prise très au sérieux par le régime, d'autant qu'il est facile de s'attaquer à des travailleurs chinois dispersés, donc vulnérables, dans tout le Maghreb, et plus globalement en Afrique du Nord.
LCI.fr : Que sait-on sur la présence d'Al-Qaïda en Chine ?
J.-V. B. : Rien de précis, comme partout ailleurs. N'oublions pas que personne n'a une carte de membre d'Al-Qaïda. C'est une fédération de mouvances et d'idées, pas une organisation structurée. Les services secrets chinois savent évidemment que des gens ont des contacts
| "Une excuse parmi d'autres pour massacrer les Ouïghours" |
| Jean-Vincent Brisset, chercheur à l'Iris |
avec l'extérieur. Ils espèrent simplement que ce n'est pas encore trop dangereux.
LCI.fr : Des mesures ont-elles été mises en place pour limiter les risques ?
J.-V. B. : Via l'Organisation de la coopération de Shanghaï, la Chine collabore avec les pays d'Asie Centrale, notamment le Kazakhstan, et la Russie pour l'échange de renseignements. Elle travaille même avec les Etats-Unis sur le sujet depuis 2001. C'est la preuve qu'elle considère le terrorisme islamiste comme une vraie menace puisqu'elle met de côté la bataille idéologique avec Washington pour l'occasion. Même si aucun responsable ne l'admettra publiquement, sauf si cela arrange les services de renseignements, il est probable que l'ensemble de ces coopérations sera désormais plus poussé.
LCI.fr : Pékin accuse les Ouïghours, dont quelques-uns ont été capturés en Afghanistan, de terrorisme. Cette menace de l'AQMI n'est-elle pas également une aubaine pour renforcer la répression dans le Xinjiang ?
J.-V. B. : Au début du mois, le régime a découvert avec surprise, et joie, qu'il pouvait massacrer plus de 150 Ouïghours à Urumqi, la capitale du Xinjiang, sans que le G8, qui se déroulait au même moment, ne lève le petit doigt. Pour Pékin, qui craignait la réprobation internationale, cela signifie que la répression peut continuer, sans véritable précaution. La menace de l'AQMI ne sera donc qu'une excuse parmi d'autres.
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