Des flamants roses dans le parc kenyan de Nakuru © TF1/LCIDécouvrez au jour le jour la situation au Kenya aux côtés de nos envoyés spéciaux :
Samedi 3 octobre - Les Massaï redoutent la sècheresse, lire
Dimanche 4 octobre - Aux portes de la réserve de Massai mara, lire
Lundi 5 octobre - Le camp de Dadaab, voir les images
Mardi 6 octobre - Le camp de Dadaab (la suite), voir les images
Mercredi 7 octobre - Dans les coulisses du tournage de Dadaab, lire
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Les Massaï redoutent la sècheresse
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Ils ont beau implorer le ciel par leurs chants. Comme dans toute l'Afrique de l'Est, les gouttes de pluie se font rares. A cinq heures de route et de pistes de Nairobi, Pita et ses frères nous ont ouvert les portes de leur village massaï. Dans leurs maisons constituées de branchages et de bouse de vache séchées, les murs sont bien secs. Mais les ventres sont vides. Leurs 350 vaches, ils ont du les envoyer paître, à 350 km de là, en direction du Lac Victoria. "Là bas, il y a encore de la verdure, nous explique Ali, notre guide. L'évaporation de l'eau du lac fait que les pluies y sont fréquentes."
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| Pita, le chef spirituel |
En attendant le retour des bêtes, les 22 hommes, les 34 femmes et les 20 enfants qui composent ce village se contentent de thé et de briques de lait. De lait de chèvre aussi, qu'ils mélangent à du sang d'animaux, pour composer le traditionnel cocktail massai, leur alimentation de base.
Avec la sècheresse, leur cheptel a perdu de sa valeur. "Les vaches se vendent actuellement 800 schillings (soit 8 €), alors qu'en temps normal, elles atteignent 20 000 schillings (près de 200€). Tout le monde veut les vendre, de peur de les perdre". Et, toujours, selon Pita, "personne ne trouve preneur".
Les prochaines pluies ne sont pas attendues avant la 3e semaine d'octobre. Une attente devenue interminable pour le chef massaï et ses frères.
Aux portes de la réserve de Massaï mara
Depuis l'indépendance du Kenya en 1962, les Massaï ont perdu les trois quarts de leurs terres. Spoliés par le gouvernement kenyan et par de grands propriétaires fonciers, ces pasteurs semi-nomades envisagent de se sédentariser.
"Hi léo, Hi léo, Hi léo ..."
Ses "tous nouveaux amis" sautent les pieds joints, de plus en plus haut, drapés dans des couvertures d'un rouge éclatant. Lui vient de Chelsea, dans la banlieue de Londres et profite d'un déplacement professionnel au Kenya, pour partir à leur rencontre. Entre David et les Massaï, c'est le choc des cultures. "Leurs danses sont vraiment incroyables. Ils sont même parfois intimidants, quand ils vous foncent dessus". Et David, en sautillant d'une jambe sur l'autre, de célébrer à son tour la mort du roi Lion.
Après les danses, visite du village, des maisons en bouses de vache séchées, avant l'inévitable étape vers quelques stands de souvenir .. Le parcours est bien rôdé. En ouvrant leurs villages aux touristes depuis près de 70 ans, les Massaï complètent le maigre revenu que leur procure l'élevage.
Cinq fruits par jour ? Jamais !
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Pas question, non plus, de céder au régime occidental des cinq fruits et légumes par jour. Pour rester fort et sauter de plus en plus haut pour la plus grande joie des touristes, ils continuent de se nourrir exclusivement de lait de vache qu'il mélange au sang frais, recueilli grâce à une entaille sur la jugulaire d'un bovin. "Les vaches digèrent beaucoup mieux que nous les fruits et légumes", nous explique Pita, le chef du village. Alors, autant boire leur sang, on en tire comme cela directement tous les bénéfices".
Disséminés entre le Kenya et la Tanzanie, les Massaï seraient aujourd'hui entre 600.000 et un million. L'argent des touristes les conduit à construire des écoles et des centres de soin. Un encouragement à la sédentarisation voulue par les gouvernements kényan et tanzanien, qui entendent les rattacher à un territoire. Car ces pasteurs semi-nomades et apatrides demeurent des guerriers sans frontières.
Rendez-vous demain dans le camp de réfugiés de Daadab ...
Le camp de Dadaab submergé par l'afflux de réfugiés somaliens
Ce ne sont pourtant pas les hectares qui manquent ! Dadaab, à 80 kms de la frontière somalienne, où nous avons atterri à bord d'un avion du HCR.
Ce camp, où nous allons passer 3 jours et 2 nuits, était prévu pour 90.000 réfugiés. 18 ans après sa création, il en accueille 3 fois plus !
Les derniers arrrivés attendent d'être enregistrés. Ils sont encore 6000 chaque mois à fuir Mogadiscio et la guerre.
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Conséquences de cet afflux massif : seulement deux distributions alimentaires par mois ; l'eau est rationnée ; les risques d'épidémies et de violences entre clans augmentent.
Des réfugiés qui dérangent
A peine arrrivés à ce point d'eau, des habitants de Dadaab nous crient leur colère. Et accusent les 300 000 réfugiés de faire considérablement baisser la pression de l'eau.
Cette pression demographique n'est pas sans conséquences sur l'environnement : autour des abris des réfugiés, tous les arbres sont coupés. Et finissent en bois de chauffage ou pour cuire leurs maigres repas.
Tout autour des camps, nous découvrons avec effroi des milliers de détritus et de plastique disséminés sur plusieurs dizaines d'hectares
Faute de place, Mohamed et ses quatre enfants attendent depuis trois ans de quitter leur abri de fortune. Ses deux derniers enfants sont nés dans ce camp.
Par dépit, beaucoup préfèrent quitter le camp de Dadaab. Les États-Unis accueillent chaque année 3000 réfugiés triés sur le volet. Eux sont partis ce matin pour Kakuma, à la frontiere soudanaise, à 1500 km de là.
Les humaitaires que nous avons rencontrés sont convaincus que ce camp ouvert il y a 18 ans sera toujours là ... dans 20 ans, devant la dégradation continuelle de la situation en Somalie.
Dans les coulisses du tournage de Dadaab
Si vous n'aimez ni la chaleur, ni la poussière, n'allez pas à Dadaab ! Tout au long des trois jours que nous venons de passer dans ce camp, devenu "le plus grand camp de réfugiés au monde", la température n'est jamais descendue en dessous de 36° C, sous abri.
Autre lourdeur, cette fois pour des raisons de sécurité : pour chaque tournage, matin et après-midi, il nous a fallu être escorté par la police locale. C'est la règle : chaque déplacement doit se faire en convoi, à heure fixe. Depuis qu'un humanitaire a été abattu au volant de sa voiture il y a quelques mois, le Haut Commissariat aux Réfugiés y veille scrupuleusement.
Sur ces pistes de terre ocre, c'est notre caméra, qui a le plus souffert. Brinqueballée, à nos côtés, dans les 4x4 des Nations Unies, elle a bien failli nous lâcher. Quelques jours de maintenance à notre retour lui feront peut-être le plus grand bien.
Les pieds nus
Un pneu lui n'a pas résisté à ces routes chaotiques. Cette crevaison en plein après-midi nous a offert quelques minutes de tournage imprévues dans une école coranique. Ce qui a valu à Jean-Christophe Cortesse, qui m'accompagne à la caméra, de se déchausser pour entrer dans cette madrasa ... pour finalement se retrouver à l'intérieur, les pieds nus dans le sable.
Pour atteindre ce camp situé à 80 km de la frontière somalienne, nous avons en revanche été dispensés des 8 heures de route qui relie Dadaab à Nairobi. Ce trajet, nous avons eu la chance de l'effectuer à bord d'un des avions affrétés 2 fois par semaine par le HCR. Des vols rares, où les places sont limitées à une trentaine et pour lesquels nous ne sommes, bien sûr, pas prioritaires.
Le GSM, lui, fonctionne...
Au cours des deux nuits que nous avons passées à Dadaab, moustiquaires obligatoires. Dans les logements précaires, dont le mobilier n'avait rien à envier à celui d'une cellule monacale, un simple ventilateur a suffi à notre bonheur.
Seul miracle dans cette région aride, qui manque de tout : le réseau des télécommunications lui fonctionne à merveille ; ce qui m'a permis de vous envoyer ces photos et ces impressions de tournage, avec un simple téléphone portable, en moins de temps qu'il ne faut pour les écrire !
Un trésor vert source de vie
Après les villages massai et le camp de réfugiés de Dadaab, Christophe Pallée et Jean-Christophe Cortesse parcourent actuellement la forêt de Mau, pour mesurer l'étendue des conséquences de la déforestation.
Premier rendez-vous de la matinée, au bureau de protection de la forêt de Mau. Après un thé vite partagé, nous prenons la route, en compagnie de Peter, un expert en hydrologie et de Robert, un garde forestier armé de son fusil de chasse. "Ce n'est pas pour se protéger des braconniers illégaux, nous prévient-il. Mais pour effrayer les éléphants, les léopards ou les buffles, qui peuvent vous approcher."
En chemin, nous tombons sur une famille, qui vient de marcher deux heures pour remplir ses bidons d'eau. "Le niveau de l'eau est tellement bas, nous raconte l'une des jeunes filles, que nous sommes obligés de remonter la rivière, pour trouver de l'eau claire."
Voleurs de bois
Pour Peter, l'ingénieur qui nous accompagne, la sècheresse qui touche le Kenya pour la 5e année n'est pas seulement en cause. La déforestation intensive ne permet plus à la forêt de Mau de demeurer le château d'eau du pays ; un réservoir qui alimente pas moins de 15 rivières d'importance et 5 lacs, dont le lac Victoria.
Au bout de la piste, à l'entrée de la forêt, des tentes kaki et au moins 2000 planches. Jones cordonne ce camp et l'action des gardes forestiers, qui luttent jour et nuit contre les voleurs de bois. "Ces planches, nous les avons saisies il y a 15 jours. L'abattage illégal de la forêt continue, mais nous avons arrêté seulement trois illégaux le mois dernier. Il y a quelques années, c'était 50 chaque mois."
"Une forêt, c'est une éponge"
Un homme nous propose alors de le suivre. Lui s'est lancé dans des opérations de reboisement. En continuant d'avancer d'un pas alerte, nous découvrons des milliers de souches d'arbres. Un paysage dévasté qui émeut Peter. "Comment on a pu laisser faire cela ?", s'interroge-t-il.
Après 45 minutes de marche, nous pénétrons enfin dans une forêt digne de ce nom. En retrouvant du lichen et un sol friable qu'il se met à émietter avec plaisir, Peter nous fait partager sa joie. "C'est cela le rôle d'une forêt, nous explique-t-il. C'est une éponge. Si on ne le protège pas, ce réservoir d'eau peut mettre en péril 10 millions de personnes."
Au bout du chemin coule une rivière. L'eau est claire. Des léopards viennent régulièrement s'y désaltérer. A l'ombre de la canopée, bien au frais, Besanjo est fier de nous présenter son trésor : 10.000 plants entourés de terre et enveloppés dans un plastique. De quoi redonner à la forêt de Mau son visage d'autrefois.
A suivre, demain, les flamands roses du Lac Nakuru au régime sec ..
Vendredi 9 octobre - Dernière étape
Les animaux sauvages malades de la sècheresse
Dernière étape de ce carnet de route au Kenya. Après la réserve de Massai Mara et le camp de réfugiés de Dadaab, Christophe Pallée et Jean-Christophe Cortesse se sont rendus au parc national de Nakuru. Un paradis ornithologique et animalier, qui souffre durement de la sècheresse.
Trois heures de piste et la récompense enfin de ce départ matinal : le parc du lac de Nakuru. A l'entrée, nous attendent Bernard, le responsable écologique du parc et Christian Lambrechts, un spécialiste belge de l'environnement, qui travaille au Kenya depuis des années pour l'UNEP, le programme des Nations-Unies pour l'environnement. Les deux hommes nous conduisent immédiatement sur une rivière censée alimenter le lac de Nakuru. Son lit n'est plus constitué que de branchages et de pierres. Pas la moindre goutte d'eau. "Il y a 10 ans, la rivière atteignait plus de 2 mètres. Regardez les échelles de hauteur d'eau, elles sont étalonnées jusqu'à 2m20."
Nous décidons de remonter jusqu'au lac. Notre chauffeur repère en route un hippopotame, partiellement immergé. "Non seulement, il manque d'herbe, nous explique Christian Lambrechts. Mais en plus..." Il n'a pas fini sa phrase que l'animal se met à nous charger. Et nous voit nous disperser, comme une volée de moineaux. Nous reprenons donc l'interview quelques mètres plus loin. "A cause du manque d'eau, non seulement, il manque d'herbe. Mais en plus, poursuit ce spécialiste de la faune et de la flore, il ne peut plus se protéger totalement du soleil."
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Zèbres, rhinocéros blancs, girafes de Rothschild aux longues pattes blanches, ... L'arche de Noé défile devant l'objectif de notre caméra. Juchés sur un véhicule de safari, nous avançons alors vers le lac, où nous découvrons une armée de flamants roses. Ceux qui sont la fierté et l'image de marque de ce parc sont aujourd'hui les plus mal lotis.
"Le lac, nous explique Christian Lambrechts, ne cesse de se rétrécir. L'eau devient de plus en plus sédimenteuse. Ce qui pèse sur l'estomac des flamants roses, qui ont de plus en plus de mal à filtrer l'eau du lac, pour se nourrir d'algues." Cette eau boueuse les empêche aussi de nettoyer leur plumage. "Pire, nous précise ce spécialiste de l'environnement, ils sont incapables de voler et de partir se ressourcer dans un lac voisin, comme ils ne sont pas suffisamment déshydratés."
"Les visiteurs demandent à être remboursés"
Nouvel arrêt, un peu plus loin, devant la cascade de Makalia. Avec les flamants roses, c'est l'autre attraction principale de ce parc. Mais depuis huit mois, les visiteurs la désertent : elle n'est plus traversée que par d'immuables traits blanchâtres. "Tellement déçus, certains visiteurs nous demandent même de leur rembourser les 60$ qu'ils ont payés à l'entrée", se désole Bernard, le responsable écologique du parc.
Pour pouvoir abreuver les animaux, il tient à nous montrer les pompes motorisées, qu'il a mises en place. "Il y a 10 ans, elles tournaient seulement 4 mois de l'année durant la saison sèche. Depuis 3 ans, on est obligé de pomper 8 mois de l'année." Il est 17 heures, quand nous quittons ce parc. Petite note d'espoir, la pluie se met à tomber. Mais il en faudra beaucoup, pour que les nappes phréatiques remontent et contentent tous les habitants de ce parc.
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