Fusilier marin français assurant la protection de thoniers bretons dans l'Océan Indien (18 octobre 2009) © B. Christal / TF1"Le message est compris, je pense", lance d'une voix douce un fusilier marin français, Famas en bandoulière et casque lourd vissé sur la tête, en faisant référence aux attaques des pirates déjouées par l'armée française ces dernières semaines. Le jeune homme s'apprête à prendre la mer durant un mois et demi. Avec quelques collègues, il sera chargé de la sécurité du thonier breton le Glénan, attaqué le 10 octobre dernier, et devra patrouiller nuit et jour le long des 80 mètres du navire.
Discrets sur l'armement qui est à leur disposition, les fusiliers marins affirment que les pirates somaliens étudient les tactiques françaises de dissuasion et vont sans doute adapter leurs moyens et leurs attaques. Depuis l'année dernière, ils s'aventurent à plus de 500 km de leurs côtes, dans les zones de pêche des Seychelles. S'ils ont "reçu le message", les pirates ont aussi compris qu'ils pouvaient échapper à toute sanction dans cette zone. A la suite de cette attaque, 11 pirates avaient été fait prisonniers par les autorités seychelloises, pour être libérés deux jours plus tard, faute de preuves.
Le reportage de notre envoyé spécial
Que faire des pirates capturés ?
"Nous tenons à ce que les pirates soient sanctionnés" demande officiellement le ministre de la Défense Hervé Morin, présent sur place pour inspecter le dispositif EPE (Equipes de protection embarquées - distinct du dispositif européen Atalante au large de la Somalie) qui concerne une dizaine de thoniers français depuis le mois de juillet au large des Seychelles. Face au ministre de l'Ecologie et du Tourisme seychellois, il affirme que la France soutiendra l'infrastructure pénitentiaire des Seychelles s'il le faut. Il a d'ailleurs rappelé que l'Union Européenne avait promis de financer la justice seychelloise à hauteur de 800 000 euros.
"Les capacités des prisons sont limitées ici... 300 places en prison, cela nous pose effectivement des problèmes", répond le ministre du Tourisme seychellois, Joël Morgan. Sur la défensive, sans doute embarrassé par la libération des 11 pirates somaliens, il a rappelé que les Seychelles commencent pour la première fois à souffrir de la piraterie. Les îles ont connu une baisse de 30% du trafic maritime cet été, alors que la pêche représente 500 millions d'euros à l'export pour le pays. Joël Morgan avoue aussi que la piraterie risque d'avoir un impact très négatif sur les croisières de luxe au large des Seychelles.
Une protection jusqu'en décembre... et après ?
Reste que la riposte face aux pirates n'a pas encore été trouvée. Qu'adviendra-t-il du système de défense des thoniers français ? Hervé Morin promet de le maintenir jusqu'au mois de décembre. Dévoilant une partie du dispositif, il explique que la présence de 4 hommes en armes à bord de chaque thonier est suffisante. Les thoniers demandent évidemment son maintien au-delà du mois de décembre. "Nous sommes demandeurs du maintien du dispositif", affirme Yvan Riva, le directeur d'Orthongel sur place. Depuis l'arrivée des fusiliers-marins, dit l'industriel français, "la menace n'a pas diminué, elle aurait même sans doute augmenté". L'homme se dit très inquiet pour l'équipage français du thonier italien Torre Giulia, qui croise au large des Seychelles et qui ne bénéficie pas de protection. "Les pirates peuvent essayer de se venger contre les français. Nous leur conseillons de se cacher", conclut-il, lapidaire.
Le 2 octobre dernier, les pirates somaliens se sont emparés du thonier espagnol Alakrana au large des Seychelles. Ils retiennent en otage 36 personnels de bord et exigent 4 millions de dollars pour leur libération.
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