Nicolas Sarkozy et Abdelaziz Bouteflika en Algérie en 2007Gel d'un projet parlementaire franco-algérien, volonté de députés algériens de "criminaliser" le colonialisme français... Les relations entre Paris et Alger connaissent un nouvel accès de fièvre inédit depuis cinq ans, qui a encore enflammé le Palais-Bourbon mardi.
Cet épisode de tension, symptôme de relations toujours passionnelles depuis près de 50 ans, a commencé jeudi quand Alger a annoncé le gel d'une réunion portant sur la création d'une grande commission parlementaire entre les deux pays. Motif : le gouvernement d'Abdelaziz Bouteflika a très mal supporté que la France inscrive l'Algérie sur "une liste de pays à risque pour les transports aériens". Un inscription qui a pour principale conséquence de soumettre les ressortissants algériens à un contrôle accru aux frontières.
"Tribunaux spéciaux"
Fierté algérienne blessée, souvenir de la décennie noire des années 90, le tout sur fond d'amour/haine entre deux pays qui se sont séparés dans le sang après 132 ans: la tension est encore montée d'un cran avec le dépôt au Parlement algérien d'une proposition de loi pour "criminaliser" le colonialisme français, deux ans avant le 50e anniversaire de l'indépendance. "Nous envisageons de créer des tribunaux spéciaux pour juger les responsables de crimes coloniaux ou de les poursuivre devant les tribunaux internationaux", a souligné un député FLN, précisant que la proposition de loi avait été signée par 125 députés de différents partis.
Amère ironie, cette proposition est l'exacte opposée de la loi française du 23 février 2005 vantant "le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord". Une disposition abrogée un an plus tard, condamnée par le président Bouteflika et qualifiée de "loi de la honte" par des parlementaires FLN. Cinq ans après, l'histoire se répète donc, mais à rôles inversés. C'est au tour des Français de "regretter" la proposition de loi algérienne, comme le dit Eric Besson, ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale.
Clarification d'Alger
Dans la foulée, le député UMP Thierry Mariani a demandé le report de la ratification d'une convention de partenariat franco-algérien, finalement adoptée dans un climat tendu mardi matin. Qualifié d'"ultra" par ses adversaires, Thierry Mariani est tête de liste UMP pour les prochaines élections de mars en Provence-Alpes-Côte-d'Azur, région d'arrivée en 1962 pour de nombreux rapatriés et harkis. L'éventuelle mise en place "des tribunaux d'exception n'est pas acceptable", a aussi déclaré le patron des députés Nouveau centre, François Sauvadet, demandant "une clarification de la part du gouvernement algérien sur cette initiative".
Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a toutefois tenté de calmer le jeu, en déclarant mardi à l'Assemblée que "l'exécutif algérien n'a aucunement pris position sur cette proposition, son inscription à l'ordre du jour n'est donc pas certaine, car c'est le gouvernement algérien qui en a la maîtrise exclusive".
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