© AFPLaurent Fourchard est chercheur sur le Nigeria au Centre d'études d'Afrique noire (CEAN) à Sciences-Po Bordeaux.
Massacres interethniques au Nigéria : peut-être 500 morts
D'après les survivants, des paysans musulmans de l'ethnie Haussa-Fulani ont attaqué plusieurs communautés villageoises chrétiennes dans le centre du pays.
Publié le 08/03/2010
Nigeria : le pape dénonce "l'atroce violence"
Le Nigeria renoue avec la peur et les violences entre communautés. Des chrétiens ont été massacrés ce week-end. La communauté internationale et le Vatican appellent au calme.
Publié le 10/03/2010
TF1 News : La tension reste vive après les massacres du week-end où des membres des ethnies musulmanes fulani et haoussa ont tué une centaine de Berom chrétiens. Peut-on craindre un nouvel embrasement prochainement ?
Laurent Fourchard : C'est difficile à dire. Pour l'instant, l'armée, qui patrouille à Jos, garantit le calme. Aussi longtemps qu'elle sera là, ainsi que la police, la situation devrait être maîtrisée. Par exemple, mercredi soir, il semble que leur présence a permis d'éviter les volontés de représailles des chrétiens. Mais le cycle de violence existe depuis une dizaine d'années. Les premiers massacres ont ainsi eu lieu en septembre 2001. Depuis, l'instabilité politique est forte et l'antagonisme entre les communautés n'a fait que croître. La preuve, puisque le massacre de dimanche était des représailles à celui de janvier dernier, perpétré dans l'autre sens.
TF1 News : Peut-on alors parler de conflit ethno-religieux ?
L.F. : Ces affrontements ont bien sûr une dimension ethnique et religieuse. Mais il faut éviter de parler des ethnies dans leur ensemble et dire que tous les Fulanis voudraient exterminer les Beroms. La situation est loin d'être irréductible comme au Rwanda en 1994. Pour l'instant, il s'agit surtout de l'action d'organisations armées prêtes à en découdre, avec qui la population fulani n'a presque aucun lien. Selon le rapport de police de Jos, les massacres de dimanche étaient ainsi très bien organisés. Il s'agissait d'une vraie opération commando, avec des mouvements de camions et d'armes. Certains participants étaient même payés.
| "Ne pas lier tous les fulanis aux massacres" |
TF1 News : Que sait-on de ces milices ?
L.F. : Aucune information n'est disponible. Il est évidemment très difficile d'enquêter sur le sujet. Il semble qu'elles fonctionnent ad hoc. Mais impossible pour l'instant de savoir par qui l'opération de dimanche a été montée : un ou des leaders fulanis ? L'opposition au gouvernement local ? Des islamistes ? J'étais au Nigeria en 2001 lors des premiers troubles. Je n'ai vraiment compris un an après qui en étaient les commanditaires. Une chose est sûre : les rapports montrent qu'il s'agissait bien d'un ciblage des populations non fulani. Un témoin explique ainsi qu'il s'est sauvé en parlant fulani. Cela s'apparente donc à du nettoyage ethnique. Mais, je le répète, il ne faut pas pour autant lier l'opération à tous les Fulanis.
TF1 News : Outre l'aspect ethno-religieux, faut-il chercher les causes de l'affrontement dans un conflit politique, voire social ?
L.F. : L'imbrication entre les quatre est très forte. Les cibles étant clairement identifiées, il y avait donc une dimension ethnique et religieuse. Mais, aujourd'hui, le principal problème de l'Etat du Plateau est de savoir qui est autochtone et qui bénéficie de l'indigènéité*. En 1999, après le retour des civils au pouvoir, les autorités ont remis en cause les droits des Haoussas musulmans à Jos-Nord. Or il s'agissait de la population la plus importante, qui avait exercé le pouvoir pendant très longtemps sous la période coloniale anglaise puis la dictature. Cette décision a abouti aux émeutes de 2001, sur lesquelles se sont construits les cycles de représailles et l'armement des gens. Résultat : un divorce entre les différentes communautés. Auparavant, les conflits existaient. Mais, larvés, ils n'aboutissaient pas à des massacres.
| "Problème politique propre à l'Etat du Plateau" |
TF1 News : Le conflit peut-il d'atteindre d'autres Etats du Nigeria ?
L.F. : Pour l'instant, cela n'a pas débordé. Cela prouve que le problème tient surtout à la définition politique de l'indigènéité dans l'Etat du Plateau. Mais des débordements dans le Etats voisins ne sont pas à exclure. Par exemple, si des massacres sont perpétrés au Nord du pays par telle ou telle ethnie, des représailles ont parfois lieu contre les membres de cette ethnie présente, en minorité, dans le Sud.
TF1 News : L'armée est critiquée pour ne pas être intervenue. En a-t-elles les moyens ?
L.F. : Il semble qu'elle soit arrivée sur place deux heures après le début des massacres. C'était évidemment trop tard. Mais c'est plutôt mieux que d'habitude. Il s'agit plutôt de problèmes structurels à cette armée qu'une volonté délibérée de ne pas intervenir.
* Au Nigeria, Etat fédéral, chaque Etat délivre des certificats d"indigènéité" aux ethnies censées être natives de cet Etat. Ce certificat offre de nombreux droits aux ethnies qui en bénéficient. A l'opposé, celles qui ne sont pas reconnues comme autochtones ont des droits limités. Selon les Etats, une ethnie peut donc obtenir le certificat convoité ou se le voir refuser.
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Massacres interethniques au Nigéria : peut-être 500 morts
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