Les employés sénégalais de la base française de Bel Air sont inquiets. Les militaires vont bientôt partir. Un nouvel accord de défense entre les deux pays sera signé courant avril. Ils ont appris la nouvelle de la bouche même de leur président. Abdoulaye Wade a annoncé cette fermeture après la visite d'Hervé Morin, le ministre français de la Défense, au Sénégal, le 19 février. Il s'agit d'une décision "souveraine", a-t-il expliqué.
En fait, les discussions sont engagées entre les deux pays depuis l'automne. Le départ des Français devrait s'étaler sur plusieurs mois, pour être achevé en 2012. Les 40 hectares loués par Paris sur les hauteurs de la baie d'Ham depuis 1974 seront rétrocédés au Sénégal. La France ne gardera qu'une "plateforme régionale" de coopération avec 300 militaires. Une véritable douche froide pour les 3.000 sénégalais travaillant auprès des forces du "Cap vert", la péninsule de la région dakaroise. Avec leurs salaires, ils font vivre plus de 50.000 personnes. Dans un pays où le chômage est véritable fléau, l'annonce du président sénégalais est loin de faire l'unanimité. A vouloir surfer sur le sentiment anticolonial, il risque de provoquer la colère d'une partie de la population
Fin des clauses secrètes
Plus globalement, cette annonce s'inscrit dans la logique du Livre Blanc. L'étude, présentée au président de la République en 2008, définit le cadre d'une nouvelle politique de défense basée sur la renégociation des traités, la transparence, l'européanisation des relations avec le continent et la prise en charge par l'Afrique de sa propre sécurité.
Les traités "historiques" qui liaient la France avec huit de ses anciennes colonies comportaient tous des clauses secrètes. Ils ont servi à justifier sur un plan juridique l'intervention des troupes françaises pour défendre des régimes africains menacés. Le nouvel accord de défense qui sera signé avec Dakar fait suite à celui déjà renégocié avec le Togo en février 2009 et avec le Cameroun en mai de la même année. Tous les nouveaux traités, expurgés des clauses secrètes, seront ratifiés par le parlement. Leurs termes seront rendus publics. Les accords dits "techniques" au nombre de 27, comme celui signé avec le Tchad, ne seront pas renégociés, en tout cas pour l'instant.
Le discours du Cap, fondateur de la doctrine Sarkozy![[placeholder]type::sondage;sondageId::3269806;[/placeholder]](http://s.tf1.fr/mmdia/i/85/6/3884856isxcf_88.jpg?v=1)
En Afrique du Sud, en 2008, Nicolas Sarkozy choisit de définir devant les parlementaires sud africains les grandes de sa politique africaine. Ce jour là, il qualifie ces accords d' "obsolètes" et estime que "la France n'a pas vocation à maintenir indéfiniment des forces armées en Afrique". Le président français parle de "rénovation profonde". Les relations ne doivent plus être basées sur le "paternalisme", ajoute-t-il. En août 2009, à la conférence des ambassadeurs, Nicolas Sarkozy précise que la France appuie la création de forces africaines "capables d'assurer collectivement la sécurité de leur continent dans le cadre de l'initiative de défense de l'Union africaine".
Cette année, à Libreville, au Gabon, le 24 février, au coté d'Ali Bongo, Nicolas Sarkozy revient sur ce nouveau partenariat stratégique. Il est question de rénovation des liens avec l'Afrique, de défense des intérêts économiques, de rupture avec la Françafrique, l'époque "des réseaux, des tutorats et des leçons ....est révolue". Bref, si la France se désengage militairement, elle compte conserver sa place sur le continent. L'heure est au pragmatisme. Tout le monde doit y trouver son compte. C'est la théorie du "gagnant-gagnant". Au nom de ces nouvelles relations "décomplexées" les anciens conseillers officieux, comme l'avocat Robert Bourgi, continuent de parcourir le continent.
Ce nouveau "partenariat stratégique" avec les pays africains s'accompagne d'un redéploiement des forces françaises vers l'est. La base d'Abu Dhabi, aux Emirats, devrait ainsi monter en puissance dans les années à venir.
| Historique des accords de défense |
1960 : Gabon |








