© AFP"Rencontres de l'Image", le festival français de cinéma du Caire organisé par le Centre français de culture et de coopération (CFCC), a été réduit comme peau de chagrin : 17 films à l'affiche seulement contre prévus 49 initialement. Les trois membres égyptiens du jury ont en effet quitté leur poste et tous les films égyptiens inscrits ont été retirés du programme. Les cinéastes protestent contre le maintien de "Presque normal", un court-métrage réalisé par l'Israélienne Keren Ben Rafael. L'affaire a même failli tourner à la mini-crise diplomatique entre Paris et Le Caire. Ahmed Atef, le réalisateur égyptien membre du jury à l'origine de l'affaire, s'explique sur TF1 News.
TF1 News : Pourquoi avez-vous pris la décision de vous retirer du festival du film français du Caire ?
Ahmed Atef : Après avoir reçu le programme, j'ai découvert que Keren Ben Rafael avait travaillé pour l'armée israélienne comme monteuse. Ce n'était pas précisé par le CFCC. Or pour moi, l'armée d'Israël est une armée d'occupation qui est la seule au monde à pratiquer l'Apartheid. Je ne peux pas mettre en place une normalisation culturelle avec toute personne qui travaille ou a travaillé pour cette armée, quel que soit le contenu de son oeuvre. En tant que femme, Keren Ben Rafael aurait aussi pu effectuer son service dans le civil. Ma décision n'est donc pas une décision contre Israël ou le judaïsme, mais contre le sionisme. Je remarque enfin que je ne suis pas le premier à être aussi strict. Des réalisateurs israéliens ont également critiqué leur armée par le passé.
TF1 News : Pourquoi lier un festival se déroulant en Egypte au conflit israélo-palestinien ?
A.A. : Je n'ai pas lié le festival au conflit israélo-palestinien. C'est le CFCC lui-même qui l'a fait en choisissant le film de Keren Ben Rafael. Chaque pays a en effet son propre contexte culturel. Il faut y être sensible lorsqu'on organise une manifestation. Certes, la normalisation entre Egypte et Israël a été lancée sur le plan politique et économique. Mais les artistes sont libres de prendre leur propre position et ne sont pas obligés de suivre les politiciens. Vu la situation entre Israël et les Palestiniens, c'était donc une erreur de programmer ce film en Egypte aujourd'hui car les choses ont toujours une profondeur politique.
TF1 News : Vous dites que c'est une erreur de programmer "Presque normal" en Egypte. Si vous vous retrouviez à l'affiche d'un festival à l'étranger avec Keren Ben Rafael, quelle serait alors votre position ?
A.A. : En Egypte, je suis en effet opposé à des échanges culturels tant qu'une paix juste et égale ne sera pas faite entre Israël et les Palestiniens. En revanche, hors d'Egypte, je n'ai pas à m'immiscer dans la programmation. Il faut respecter le choix du pays organisateur. Alors, oui, dans ce cas, je maintiendrais ma présence. Je n'hésiterais pas non plus à discuter avec Keren Ben Rafael, si bien sûr elle parle de paix.
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