© AFP / R. BOSCHL'assassinat d'Anni Dewani, touriste suédoise, jeune mariée de 28 ans et ancien mannequin, avait bouleversé l'Afrique du Sud, le 13 novembre dernier. Le taxi du couple en lune de miel dans ce pays avait été braqué par deux hommes armés alors qu'il était arrêté, tard le soir, à une intersection près du ghetto de Gugulethu, dans la banlieue de la capitale parlementaire. Les agresseurs avaient fait descendre le chauffeur, le menaçant d'une arme, et pris sa place. Une heure plus tard, ils avaient relâché le mari, Shrien Dewani, mais gardé son épouse Anni, dont le corps avait été découvert le lendemain, une balle dans la nuque.
Depuis le drame, les portraits de la victime occupent les pages des journaux du pays, pourtant habitué aux faits divers, avec ses 46 meurtres quotidiens. Craignant l'impact du drame sur le tourisme, à la veille de l'été austral qui attire des millions de personnes à la pointe sud du continent africain, les opérateurs se sont mobilisés et la sécurité a été renforcée sur la péninsule du Cap de Bonne Espérance. Ce sinistre fait-divers tombait d'autant plus mal pour le tourisme sud-africain que le pays, réputé violent, vient de redorer son image en organisant un Mondial-2010 de football, en juin-juillet, exempt de tout incident violent. Mais la perception de ce drame est peut-être en train de se retourner dans le pays - et hors du pays - avec la comparution de l'un des accusés.
15.000 rands pour "éliminer quelqu'un"
Cet homme n'est autre que le chauffeur du taxi qui transportait la victime et son époux lors de la soirée fatale - un homme du nom de Zola Tongo, âgé de 31 ans. Il a été condamné mardi à 18 ans de prison pour meurtre et vol aggravé. Mais il a aussi négocié une peine allégée en échange de sa coopération. Et il porte des accusations pour le moins inattendues.
Selon lui, le meurtre avait en fait été commandité. Et le commanditaire n'était autre que... le mari britannique de la jeune Suédoise, à savoir l'homme d'affaires Shrien Dewani. Zola Tongo a affirmé avoir été approché par le Britannique alors qu'il attendait des clients à l'aéroport international du Cap. Le mari lui aurait offert 15.000 rands (2175 dollars, 1500 euros environ) pour "éliminer quelqu'un". Le chauffeur de taxi aurait ensuite, selon ses dires, contacté deux complices. La procédure le concernant a été séparée du procès sur le fond de ses deux complices présumés, qui n'a pas encore commencé.
Ces accusations pourraient expliquer certains côtés inhabituels du drame. Car s'il avait emprunté le schéma d'un crime classique dans le pays, à savoir le vol à main armé d'un véhicule qui tourne souvent à l'explosion de violence, le meurtre de la jeune femme avait immédiatement semblé étrange. Les touristes sont en effet rarement victimes d'une criminalité parmi les plus élevées au monde, les crimes violents se concentrant surtout dans les zones les plus déshéritées qu'ils évitent d'habitude. Shrien Dewani faisant désormais figure d'accusé, les services du procureur n'ont pas été en mesure d'indiquer si le Britannique allait pour autant faire l'objet d'un mandat d'arrestation. "C'est à la police d'agir sur (la base de) ces déclarations", a relevé le porte-parole du procureur de la province, Eric Ntabazilila, affirmant qu'il s'agissait d'une "enquête séparée".
Retour MYTF1
Chargement en cours...




