© afpLuis Martinez est directeur de recherches au Ceri (Centre d'études et de recherches internationales)-Sciences Po. Il est notamment auteur de Violence de la rente pétrolière : Algérie-Libye-Irak (Les Presses de Sciences-Po). Il est aussi directeur scientifique de l'Ecole de gouvernance et d'économie à Rabat. Dans un message décousu de trois pages, Kadhafi s'adresse à Obama en l'appelant "notre fils" ou "excellence" et l'implore de faire cesser une "guerre injuste contre le petit peuple d'un pays en développement". Réponse sèche d'Hillary Clinton : il doit retirer ses troupes et partir en exil. Alors que les responsables insurgés accusent l'Otan de les avoir abandonnés, les forces pro-Kadhafi poursuivaient leurs bombardements sur la ville insurgée de Misrata. L'Otan promet "tout faire" pour venir en aide à la rébellion. Le chef d'état-major des insurgés lance un appel à l'aide : "Si l'Otan attend encore une semaine de plus, ce sera la fin de Misrata", affirme-t-il, dénonçant le manque de réactivité des frappes internationales, alors que la ville a été bombardée par les pro-Kadhafi toute la journée de mardi. Le colonel Kadhafi, qui a réapparu lundi soir en public, semble désormais disposé à négocier. Les avions américains ont cessé leurs frappes. Un émissaire envoyé en Grèce puis en Turquie pour trouver "une solution" et deux de ses fils proposant une transition vers une démocratie constitutionnelle: le colonel Kadhafi semble désormais disposé à négocier. Prenant des libertés avec la résolution 1973 de l'ONU, Obama a donné son feu vert à des actions de la CIA sur le sol libyen. L'Otan a pris le commandement des opérations militaires alors que le cap des 2000 sorties aériennes a été franchi. Le camp Kadhafi enregistre une défection de taille. D'intenses combats ont fait rage dimanche aux portes du site pétrolier de Brega entre les rebelles et les forces loyales à Mouammar Kadhafi, affaibli par une nouvelle défection dans son entourage. Croyant qu'on lui tirait dessus, un avion de la coalition a ouvert le feu par erreur vendredi soir sur un convoi de rebelles. 4 civils et 9 rebelles ont été tués. Les rebelles affirment contrôler le site pétrolier de Brega. Le régime de Kadhafi a rejeté vendredi soir l'offre de cessez-le-feu des insurgés. Sur le terrain, les combats se sont poursuivis toute la journée, notamment sur le site pétrolier de Brega à l'est de Tripoli. L'UE se prépare pour une mission militaire humanitaire. Les insurgés exigent notamment que les forces de Mouammar Kadhafi suspendent leur offensive contre leurs positions. Après le départ du chef de la diplomatie libyenne, pilier du camp Kadhafi, les rumeurs de défection se multiplient. Un conseiller d'un fils du leader libyen, Saïf al-Islam, serait en pourparlers avec le gouvernement britannique. Même s'il a perdu son ministre des Affaires étrangères, qui a pris la fuite, le dirigeant libyen affirme que les Occidentaux pourraient "perdre le contrôle" de la situation et créer une guerre entre chrétiens et musulmans. Alors que les bombardements ne semblent pas suffisants aux insurgés pour renverser le dirigeant libyen (qui a même repris Ras Lanouf mercredi matin), la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis n'excluent plus désormais de leur fournir des armes. Problème : ils outrepasseraient en partie le mandat de l'Onu. Les forces de Kadhafi ont accentué mardi la pression sur la rébellion, bombardant par air et terre des positions dans l'Est de la Libye et combattant les insurgés à l'Ouest. En parallèle, les appels se multipliaient pour une zone d'exclusion aérienne. "Le pétrole est entre nos mains", clament les insurgés de Ras Lanouf, qui contrôlent ce port stratégique pour le transport d'hydrocarbures. Mais plus à l'est, les raffineries ont cessé de tourner. Et pendant que Kadhafi multiplie les contre-attaques, la pénurie de carburant menace la rébellion. Alors que les combats continuent entre les forces de Mouammar Kadhafi et les insurgés, le président américain a mis en garde le dirigeant libyen lundi après-midi contre une intervention de l'Alliance atlantique. Réponse quasi-instantanée de la Russie qui se dit opposée à cette option. Un dignitaire du régime est intervenu lundi matin à la télévision officielle pour appeler l'opposition au dialogue. Celle-ci reste ferme et exige tout d'abord le départ de Mouammar Kadhafi. Face à la violence des attaques du régime libyen contre plusieurs villes tombées aux mains de la rébellion, et dont certaines se sont retrouvées bombardées par des tirs de chars d'assaut, l'ONU dénonce des "attaques aveugles" et réclame l'accès aux victimes. Le leader libyen multiplie les diatribes destinées aux Occidentaux en général et à la France en particulier. Après avoir brandi la menace d'une immigration clandestine massive et du terrorisme islamique, il accuse la France d'ingérence. De violents combats opposent les insurgés aux forces armées de Kadhafi. Une bombe a été larguée, alors que l'équipe de TF1 passait à un check-point lundi matin pour rejoindre Ras Lanouf.
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TF1 News : A la vue de ces derniers jours, ne se dirige-t-on pas vers un statu-quo, fait d'offensives et contre-offensives, sans qu'aucun camp ne prenne le dessus sur l'autre ?
Luis Martinez : A moyen terme, la grande question est de savoir qui contrôlera les ressources énergétiques. Actuellement, la bataille ne concerne pas les villes, mais les terminaux pétroliers. La raison en est simple : ce sont eux qui procureront des revenus au camp qui les occupera. Les insurgés essayent donc de priver Mouammar Kadhafi de l'accès à ces terminaux. De son côté, ce dernier est conscient que si tous les terminaux tombent, il lui sera difficile de gagner car il sera privé de rentrées d'argent.
Si les deux camps se partagent ces ressources, on peut en effet arriver à un statu-quo, avec une Libye coupée en deux entre l'Ouest pour Kadhafi et l'Est pour les rebelles.
TF1 News : En l'état actuel du rapport de forces, les insurgés sont-ils capables de marcher sur Tripoli ou Kadhafi est-il capable de reprendre le terrain perdu ?
L.M. : Non. Les insurgés de Cyrénaïque ont pour eux le nombre et le soutien de la population. Mais ils n'ont pas les armes pour aller à Tripoli. A l'inverse, Kadhafi possède les armes. Mais il manque de combattants, notamment pour sécuriser sur le long terme les territoires qu'il aurait conquis en cas de victoire.
| "Kadhafi cherche des alliés sur le plan international" |
TF1 News : Comment la situation pourrait-elle évoluer ?
L.M. : Pour que ce statu-quo évolue, les insurgés doivent obtenir davantage d'armes lourdes et savoir les utiliser. Pour l'instant, malgré la saisie de nombreux arsenaux, ils se battent surtout avec des armes légères (kalachnikovs, lance-roquettes...). Or ils ne connaissent pas forcément leur maniement. Cela leur demande donc des capacités militaires de logistique et de formation. Evidemment, ils pourraient se faire livrer des armes par un ou des pays tiers. Mais ce parti pris constituerait une ingérence. Il reste enfin l'option de la création d'une zone d'exclusion aérienne par la communauté internationale. Outre les difficultés à la mettre en place diplomatiquement, il faudrait ensuite la faire respecter, ce qui impliquerait une confrontation avec l'armée de l'air libyenne.
TF1 News : A qui profite ce statu-quo sur le plan politique et diplomatique ?
L.M. : Les deux premières semaines ont été favorables aux insurgés, notamment la deuxième quand ils ont reçu le soutien de la communauté internationale. Désormais, alors que le conflit entre dans la 3e semaine, on observe que Mouammar Kadhafi tente depuis plusieurs jours de contrebalancer la communication politique des insurgés en les présentant comme des "bandes armées liées à Al-Qaïda" et en voulant montrer qu'ils ne sont pas forcément les bons et lui le méchant. Pour l'instant, il est trop tôt pour dire si ces arguments vont fonctionner.
TF1 News : Ce lundi, il leur a offert d'entamer le dialogue, ce qu'ils ont refusé.
L.M. : C'est la suite logique de ses déclarations des derniers jours. Il essaye d'enfermer les insurgés dans une attitude belligérante. Son objectif est de tenter de retourner une partie de l'opinion internationale et de trouver des alliés.
| "Première faille avec la Russie" |
TF1 News : Quels pourraient être ces alliés ?
L.M. : La Chine et la Russie. Jusqu'à présent, surprises par l'unanimité contre la Libye, elles ont voté à chaque fois comme les autres pays. Mais par la suite, cette unanimité ne tiendra pas forcément et Pékin et Moscou pourraient en profiter. L'annonce de la Russie, qui s'est dite opposée à une intervention militaire lundi après-midi, s'apparente ainsi à une première faille. Il faut savoir que la Russie vient de conclure la vente d'armes pour cinq milliards d'euros avec la Libye. Si Kadhafi tombe, ces milliards s'envolent pour le Kremlin.
TF1 News : L'opposition, très hétérogène entre nationalistes, libéraux, islamistes et même monarchistes, peut-elle se diviser avant même de faire chuter Kadhafi ?
L.M. : Pour l'instant, sur le court terme, elle devrait rester unie car elle sait que c'est sa seule chance de sortir victorieuse de la confrontation. Sur le long terme, ce sera plus dur et l'hypothèse d'une division n'est pas à exclure. Les relations et le fonctionnement entre les "politiques" et les "militaires" seront primordiales, notamment si les premiers arrivent à subordonner les seconds.
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Kadhafi implore "notre fils" Obama

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