Capture écran du site Wikileaks © TF1/LCIAéronautique, univers impitoyable. Selon des câbles diplomatiques américains révélés une nouvelle fois par WikiLeaks, des responsables d'EADS se sont épanchés auprès de diplomates américains sur les tensions franco-allemandes survenues au sein du groupe d'aérospatiale et de défense à partir de 2005.
WikiLeaks s'attaque au business de l'espionnage du web
Bloqué faute de fonds, le site reprend ses fuites, en ciblant cette fois l'espionnage du web à l'échelle mondiale. Portables, mails, et traces diverses laissées par les internautes en surfant sur la Toile : rien n'échappe à la vigilance des industriels du renseignement en ligne.
Publié le 02/12/2011
Un énigmatique fichier encrypté diffusé par WikiLeaks
Sur Twitter, le site promet "une importante annonce à venir" en diffusant un fichier téléchargeable mais encrypté. La clé sera diffusée "au moment opportun".
Publié le 01/09/2011
Sur des dizaines de pages datant de 2005 à 2009 s'étalent des querelles au sein d'EADS. Ces documents obtenus par WikiLeaks ont été transmis à Reuters par une tierce partie. Les câbles éclairent tout d'abord d'un jour nouveau les remous politiques qui ont agité EADS, au moment où le groupe aborde une phase sensible de son histoire, notamment vis-à-vis du pacte d'actionnaires qui y est associé, destiné à l'origine à limiter l'influence de l'Etat français.
Cinq à huit ans céder les parts de Lagardère
Un câble datant d'il y a trois ans apparaît ainsi d'actualité. Il souligne que le pacte "a créé entre les intérêts politiques et les participants industriels un imbroglio qui s'est avéré difficile à démêler, confiant la représentation des intérêts nationaux à des actionnaires privés (...) qui sont en train de quitter l'entreprise". Parmi ces actionnaires, d'un côté, il y a Arnaud Lagardère, élément clé du premier groupe européen d'aérospatiale, qui représente les intérêts français au sein du conseil d'administration d'EADS. Du côté allemand, c'est le constructeur automobile Daimler qui fait office de contrepoids. En l'occurrence, l'imbroglio est lié à la décision de Daimler de céder une partie de ses 22,5%. La perspective de ce désengagement suscite des interrogations sur la gouvernance du groupe et l'avenir de son pacte d'actionnaires.
Interrogations accentuées quand, lors d'un déjeuner en 2005, Arnaud Lagardère aurait déclaré à l'ambassadeur des Etats-Unis qu'il disposait d'un horizon de cinq à huit ans pour céder sa participation dans EADS, qui était de 15% à l'époque et a été ramenée depuis à 7,5%. EADS s'est refusé à tout commentaire sur ces câbles. Le groupe Lagardère, qui a récemment déclaré qu'il ne se passerait rien concernant sa participation avant 2012, n'a pas répondu à des demandes de commentaire.
Forgeard ? "Un maniaque dévoré par l'ambition"
Les diplomates américains ont également sondé l'équipe d'EADS au moment où sa filiale Airbus, en concurrence frontale avec Boeing, traversait une crise liée aux retards du très gros porteur A380. Ces retards ont provoqué une chute d'un quart du cours de Bourse d'EADS en juin 2006 et suscité des tensions entre la France et l'Allemagne. Des câbles datant de la mi-2006 traduisent une guerre interne au sein du groupe. Noël Forgeard, ex-collaborateur de Jacques Chirac qui avait codirigé EADS entre 2005 et 2006, est décrit par des responsables allemands d'EADS en 2006 comme un "maniaque dévoré par l'ambition", selon un câble dans lequel est noté leur frustration "concernant l'attitude stoïque de l'Allemagne face à EADS". Noël Forgeard, évincé en 2006 après avoir publiquement critiqué des responsables d'Airbus à Hambourg, n'a pas répondu à des demandes de commentaire.
Autre volet dans les révélations Wikileaks, la stratégie commerciale risquée d'EADS. Les câbles diplomatiques ont aussi révélé combien les relations commerciales avec la Chine étaient jugées difficiles à appréhender au sein d'Airbus. En 2006, un dirigeant de la filiale Eurocopter a déclaré à des officiels américains qu'EADS était "conscient du risque de vol de propriété intellectuelle par les Chinois, mais que le marché chinois était simplement trop grand que l'on n'y affronte pas la concurrence". Plusieurs mois plus tard, la filiale d'hélicoptères signait un accord pour construire des appareils EC 175 en Chine. En octobre de la même année, un projet d'usine d'assemblage d'Airbus en Chine était finalisé lors d'une visite du président de l'époque, Jacques Chirac, à Pékin.
Un "espion" parmi les dirigeants d'Airbus
EADS a démenti au début de cette année un article de presse selon lequel le président exécutif du groupe aurait estimé que l'espionnage industriel en Chine était "une réalité". L'information avait été publiée alors qu'une piste chinoise était évoquée dans l'affaire d'espionnage présumé chez Renault. Le constructeur automobile a lui-même émis des doutes la semaine dernière sur la réalité de l'espionnage dont il a dit être victime.
La plupart des câbles concernent des contacts avec EADS en Allemagne, mais en France, le consul des Etats-Unis à Toulouse, fief d'Airbus, n'est pas resté inactif et a eu des conversations avec des sous-traitants de l'avionneur. Dans un câble de 2008, le consul rapportait ainsi une rumeur courant parmi les salariés d'Airbus, étayée par aucune preuve et assortie d'aucun commentaire, selon laquelle l'un des dirigeants de l'avionneur serait un "espion". Le mémo présentait ce type de rumeur comme révélateur d'une ambiance délétère au sein du groupe...
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