Hosni Moubarak/Image d'archives/septembre 2010 © ABACAActuellement détaché au centre Jacques Berque de Rabat, Jean-Noël Ferrié est directeur de recherches sur l'Egypte au CNRS. Il est aussi l'auteur de L'Egypte entre démocratie et islamisme - Le système Moubarak à l'heure de la succession (Editions Autrement, 2008). Le président du tribunal pénal du Caire a annoncé, lundi, le report du procès de l'ancien raïs au 5 septembre. Il sera jugé aux côtés de son ex-ministre de l'Intérieur, Habib el-Adli, au cours d'un seul et même procès. L'ancien président égyptien comparaît de nouveau, lundi, devant un tribunal du Caire. Jugé pour corruption, détournement de fonds publics et homicides avec préméditation, il avait plaidé non coupable dès l'ouverture de son procès le 3 août. Le président égyptien déchu a rejeté toutes les charges pesant sur lui, notamment le meurtre de 840 manifestants en janvier et février, au premier jour de son procès au Caire. Les débats ont été ajournés au 15 août. <b>Décryptage</b> - Robert Solé, écrivain et journaliste français d'origine égyptienne, fait le point sur les incertitudes qui planent sur le procès du président déchu, qui s'est ouvert ce mercredi au Caire. Le président égyptien déchu est apparu allongé dans la salle d'audience du tribunal du Caire où son procès pour meurtres et corruption a commencé mercredi matin. <b> Réaction - </b> Amnesty International s'offusque des propos d'un général confirmant que des tests de virginité ont été pratiqués sur des manifestantes de la place Tahrir au Caire pour prouver qu'elles n'avaient pas été violées. L'ex-dirigeant égyptien, actuellement en détention provisoire, sera poursuivi, de même que ses deux fils, Alaa et Gamal, pour le meurtre de manifestants et pour corruption. Suzanne Thabet a pour la première fois été placée vendredi en détention préventive dans le cadre de l'enquête sur sa fortune. Elle devait être transférée dans une prison près du Caire, mais a fait une crise cardiaque qui a nécessité son hospitalisation. Son état de santé s'améliorait samedi. Après une crise cardiaque durant un interrogatoire, l'ex raïs, poussé dehors par la rue il y a 2 mois, est à l'hôpital depuis mardi où il est en détention. La TV annonce qu'il comparaîtra mardi pour être interrogé devant un tribunal du Caire. L'ex raïs, poussé dehors par la rue il y a 2 mois, a été placé en détention mercredi dans le cadre d'une enquête sur l'usage de la violence contre des manifestants. Mardi, il avait été hospitalisé après une crise cardiaque durant un interrogatoire, selon la TV égyptienne. L'ex raïs, poussé dehors par la rue il y a 2 mois, a été hospitalisé en unité de soins intensifs mardi à Charm el-Cheikh, après une crise cardiaque durant un interrogatoire, selon la TV égyptienne. Pourtant, il est en état d'être interrogé, dit le directeur de l'hôpital. Deux mois après sa chute, l'ex-président égyptien a rejeté dimanche en bloc les accusations de corruption portées contre lui et sa famille, tandis que les manifestants réclamant son jugement ont obtenu sa convocation dans le cadre d'une enquête judiciaire. L'ancien dirigeant égyptien est pour la première fois sorti de sa réserve ce week-end pour expliqué à quel point il avait été "blessé et peiné" par ce que l'on avait dit sur lui et sa famille et qu'il ne pourrait "pas rester silencieux".
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TF1 News : Que signifie l'accélération de la procédure judiciaire contre Hosni Moubarak ?
Jean-Noël Ferrié : Pour bien comprendre, il faut la remettre en perspective avec ce qu'il se passe dans le pays depuis deux mois et la chute de Moubarak. D'un côté, l'armée, toujours au pouvoir, l'élite politique en place depuis des années et les Frères musulmans veulent mettre fin à la crise. Ils ont ainsi fait front commun pour faire adopter le référendum sur la Constitution et organiser les législatives dès septembre. De l'autre, les protestataires de la place Tahrir, principalement de jeunes libéraux qui ont poussé à la révolution, sont contre cette procédure rapide. Ils ne possèdent en effet pas l'appareil politique pour bénéficier de ces élections si tôt, contrairement aux Frères musulmans et aux notables du Parti national démocratique (PND).
Après avoir perdu la première manche de cet après-révolution que représentait le calendrier électoral, ils tentent donc de rebondir depuis quelque temps avec un slogan simple, voire simpliste : le "Moubarak dégage" a ainsi laissé la place au "Moubarak en procès". Même s'il ne s'agit pas d'une proposition politiquement constructive, elle rassemble facilement, indépendamment du côté partisan des Egyptiens.
TF1 News : Ce procès ressemble donc à un gage en faveur des manifestants de la place Tahrir ?
J.-N. F. : L'armée n'a pas envie que les choses se bloquent à l'approche des élections dont elle maîtrise le calendrier. Or il est lui facile d'accepter et d'organiser que Moubarak passe en procès. Pour elle, il s'agit d'un moindre mal, tout comme l'était son départ du pouvoir. Tandis que tout le monde sera tourné vers l'enquête, les militaires pourront tranquillement mettre en place le processus électoral. C'est donc une manière pour eux de maîtriser les demandes des libéraux en donnant l'impression que la révolution continue alors qu'en fait, ils stabilisent et limitent la portée des changements.
| "Les manifestants auront désormais du mal à faire consensus" |
TF1 News : Que peuvent encore obtenir les manifestants de la place Tahrir ?
J.-N. F. : Ils sont un peu coincés. Ce qui était populaire et consensuel, ils l'ont obtenu avec le départ de Moubarak, puis avec ce procès qui trouve encore un large écho favorable parmi les Egyptiens. Mais, désormais, les réclamations des jeunes libéraux auront du mal à faire consensus. Leur revendication globale de couper tous les ponts avec l'ancien pouvoir n'est par exemple pas forcément populaire, comme également l'abandon de la charia.
Les militaires tentent donc de leur couper l'herbe sous le pied pour les isoler de la population. En organisant les élections en septembre, le bloc conservateur, associé aux Frères musulmans, a tout d'abord voulu montré qu'il y a bien eu un changement. Ensuite, paradoxalement, avec ce procès qu'ils réclamaient, les manifestants vont se retrouver marginalisés, avec leur propre aide involontaire. C'est comme leur donner un os à ronger.
TF1 News : Cette fois, Moubarak semble aussi définitivement lâché par l'armée et les caciques de son régime.
J.-N. F. : Ce procès est en effet utile à toutes les élites, qui profite d'une faute de la place Tahrir. Ses manifestants ont naïvement affirmé que si tout allait mal dans le pays, c'était la faute de Moubarak et de son clan, en les présentant comme des profiteurs à la Ben Ali et comme les seuls organisateurs de la répression. Or l'Egypte n'est pas la Tunisie : toute la classe politique et dirigeante, y compris l'armée, a profité de ses fonctions pour s'enrichir, pas seulement Moubarak et ses fils. C'est notamment le cas de Mohamed Tantaoui (ndlr : le patron de l'armée, et donc du pays). Et la répression n'était pas le fait du seul Moubarak.
Bref, cette procédure judiciaire permet aussi à cette classe dirigeante de se dédouaner en faisant le procès d'un seul homme plutôt que le procès d'un système. Politiquement, c'est très intelligent, même si l'enquête pourrait néanmoins faire ressortir des dossiers compromettants pour ces élites.
| "Il n'y a pas eu de révolution à part entière, mais un réaménagement du régime" |
TF1 News : Lâché par l'armée, Moukarak a-t-il encore néanmoins des partisans ? Peuvent-ils faire pourrir la situation pour donner une mauvaise image de la révolution ?
J.-N. F. : Le vaincu n'a jamais beaucoup de partisans. Moubarak a déjà été lâché. Le plus dur, c'était le premier pas avec son départ. Aujourd'hui, ceux qui ont participé au système se reconvertissent. Les notables locaux du PND ont ainsi toujours leur réseau, qu'ils gardent l'étiquette PND ou non.
S'il peut y en effet avoir quelques débordements ici ou là, le risque d'une vraie réaction, voire d'une contre-révolution, est quasi-inexistant. Pour une raison fondamentale, qui peut sembler réactionnaire et politiquement incorrecte : il n'y a pas eu de révolution proprement dite, mais un réaménagement du régime, qui s'est modifié. L'armée a stabilisé les choses avec le départ de Moubarak et avec son alliance avec les Frères musulmans tandis que le le PND est toujours là.
TF1 News : Quelle est la position des Frères musulmans face au procès, et globalement face à la situation ?
J.-N. F. : Ils souhaitent ce procès car il va leur permettre de régler leurs comptes avec Hosni Moubarak, qui a été féroce avec eux pendant trente ans. Mais au-delà, ils souhaitent surtout que les élections soient rapides. Sur ce point, ils sont partie prenante de l'agenda des militaires avec qui ils ont négocié en faveur de la nouvelle Constitution. Ils pensent en effet qu'ils vont rafler la mise, peut-être pas en gagnant le scrutin, mais du moins en apparaissant comme incontournables.
| Moubarak va être trasnféré dans un hôpital militaire |
Le procureur général a décidé de transférer l'ancien président Hosni Moubarak dans un hôpital militaire où il sera placé sous bonne garde dans l'attente de son interrogatoire, rapporte vendredi l'agence de presse officielle Mena. L'agence ne précise pas le lieu de l'établissement où le "raïs" déchu va être transféré. |
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Le procès de Moubarak ajourné au 5 septembre
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