Archives : Le maréchal Tantaoui, patron de l'armée égyptienne (13/9/11) © TF1/LCIHistorien du monde arabe et spécialiste du Maghreb contemporain, Pierre Vermeren est maître de conférences à l'Université de Paris I. Il est notamment l'auteur de Maghreb : les origines de la révolution démocratique (Editions Pluriel). La deuxième phase des législatives qui s'ouvre en Egypte pourrait bien exposer au grand jour les divisions du camp islamiste, pourtant largement vainqueur du premier tour avec 65% des voix. Les Frères musulmans tentent d'améliorer leur image, quand les salafistes du parti Al-Nour durcissent le ton. Avec 65% des voix au premier tour des législatives, les listes islamistes sont très loin en tête avant le début du deuxième tour. Mais le camp islamiste est divisé entre les Frères musulmans et les salafistes du parti Al-Nour, et il tente d'améliorer son image. Le taux de participation lors de la première phase des législatives dans un tiers de l'Egypte a atteint 62%. Toutefois, aucun résultat officiel n'a été donné vendredi soir. De son côté, le parti fondé par les Frères musulmans table sur 40% des voix et se dit en tête du scrutin nominal. Alors que l'Egypte attend le résultat des législatives, le parti fondé par les Frères musulmans table sur 40% des voix et se dit en tête du scrutin nominal. Le parti Al Nour, l'une des formations salafistes, espère obtenir jusqu'à 20% des sièges. Mais une coalition ne semble pas à l'ordre du jour. Près de 10 mois après la révolution qui a mis fin aux 30 années du règne sans partage de Moubarak, les Egyptiens se rendaient lundi dans les bureaux de vote, pour la première grande étape de la transition démocratique. A la veille des élections législatives égyptiennes, le bras de fer continue. Les manifestants se sont de nouveau massés place Tahrir au centre du Caire, dimanche, afin de presser les militaires de quitter rapidement le pouvoir. A la veille de l'ouverture de législatives cruciales pour l'avenir de l'Egypte, les appels se sont multipliés pour renforcer les manifestations réclamant le départ des militaires au pouvoir. Mohamed ElBaradei, ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et prix Nobel de la Paix à ce titre, s'est dit samedi prêt à renoncer à ses ambitions présidentielles pour diriger un gouvernement d'union nationale. Les heurts ont fait un mort samedi matin sur la grande place du Caire, lorsque la police anti-émeute a attaqué des manifestants qui avaient campé toute la nuit devant le siège du gouvernement. Kamal al-Ganzouri, nommé Premier ministre par l'armée au pouvoir en Egypte, a affirmé espérer former son gouvernement de salut national "avant la fin de la semaine prochaine", appelant à attribuer des portefeuilles à des jeunes. L'appel des manifestants de la place Tahrir à un "vendredi de la dernière chance" est massivement suivi, malgré la nomination d'un nouveau Premier ministre. Les manifestants de la place Tahrir appellent à un "vendredi de la dernière chance", alors que l'armée, tout en excluant de quitter le pouvoir, s'efforce de calmer la contestation en cherchant une nouvelle équipe dirigeante et un possible "gouvernement de salut national". Alors que les manifestants de la place Tahrir ont appelé à un "vendredi de la dernière chance", l'armée cherche une nouvelle équipe dirigeante. Parallèlement, RSF déconseille aux médias d'envoyer en Egypte des femmes journalistes après l'agression jeudi d'une journaliste de France 3. Kamal el-Ganzouri, ancien Premier ministre sous le régime de Moubarak, a été chargé par l'armée au pouvoir de former un gouvernement en Egypte, après plusieurs jours de manifestations et d'affrontements. La place Tahrir connaît un fragile retour au calme après des journées de heurts qui ont fait des dizaines de morts. Paradoxalement, les Frères musulmans évitent d'ajouter à la tension, à quelques jours des législatives. Voici pourquoi. Pour la 5e journée consécutive, les incidents se sont multipliés mercredi entre les manifestants qui réclament le départ immédiat de l'armée du pouvoir et les forces de l'ordre. Après quatre jours de manifestations violemment réprimées, le maréchal Tantaoui, qui dirige de fait le pays, a confirmé mardi que les législatives débuteraient bien lundi prochain et a promis d'accélérer le processus de la présidentielle pour qu'elle ait lieu d'ici juillet 2012. Réaction place Tahrir : "Dégage". Après quatre jours de manifestations violemment réprimées, le maréchal Tantaoui, qui dirige de fait le pays, a confirmé que les législatives débuteraient bien lundi prochain et a promis d'accélérer le processus de la présidentielle pour qu'elle ait lieu d'ici juillet 2012. Réaction place Tahrir : "Dégage". Le Conseil suprême des forces armées au pouvoir a appelé lundi soir les forces politiques à une réunion d'urgence, au 3e jour d'affrontements meurtriers dans le pays. Le gouvernement a démissionné, mais l'armée n'a pas précisé si cette décision avait été acceptée. Le maréchal Tantaoui devait s'adresser à la nation "sous peu", selon la télévision d'Etat. A dix jours du scrutin, des dizaines de milliers de manifestants, en majorité liés aux Frères musulmans, ont exigé que l'armée transfère au plus tôt le pouvoir aux civils et dénoncé un projet accusé de permettre aux militaires de garder des privilèges. Au moins 11 personnes ont péri dimanche sur la place Tahrir, dont au moins quatre par balles réelles, ont annoncé des médecins dans des hôpitaux de campagne sur cette place du centre de la capitale égyptienne. Des heurts ont éclaté dans plusieurs villes du pays ces dernières heures, faisant 20 morts. Les manifestants craignent que l'armée ne rende pas le pouvoir après les élections. Pour le troisième jour consécutif, les manifestants réclamant le départ de l'armée du pouvoir se sont encore violemment heurtés ce lundi aux forces de l'ordre. Ils appellent à une "marche d'un million" de personnes pour mardi. Le tout à moins d'une semaine du début des législatives. Le Conseil suprême des forces armées, au pouvoir en Egypte depuis la chute du président Hosni Moubarak en février, a appelé lundi soir dans un communiqué les forces politiques à une réunion d'urgence, au troisième jour d'affrontements meurtriers dans le pays. Simple accès de colère contre le pouvoir toujours géré par l'armée ou prémices d'une "seconde révolution" ? A une semaine du début des législatives, les incidents de ce week-end au Caire -plus de 20 morts- tombent en tout cas au plus mal pour la transition démocratique. Reportage au Caire - A quelques jours des élections législatives en Egypte, de nouvelles manifestations meurtrières ont éclaté place Tahrir. Plus de 20 personnes ont trouvé la mort lors de violents affrontements. Des violences que certains Egyptiens ne comprennent pas toujours. Les heurts entre les manifestants hostiles au pouvoir militaire et les forces de l'ordre se sont poursuivis place Tahrir au Caire lundi. Les manifestants réclament la fin du pouvoir militaire qui s'est installé depuis la chute de Moubarak. Lundi soir, le gouvernement a présenté sa démission.
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TF1 News : Cette flambée de violences est-elle surprenante ou bien était-elle prévisible ?
Pierre Vermeren : Les deux. Elle est surprenante car on ne l'avait pas vu venir, du moins avec cette ampleur et avec des conséquences aussi importantes que la démission du gouvernement. En revanche, elle était prévisible dans le sens où l'armée égyptienne, qui dirige toujours le pays sur le plan politique et économique, essaye depuis des mois de récupérer ce qu'elle a dû concéder en février. Si le départ d'Hosni Moubarak et son procès ne lui ont pas posé de problème, ce n'est pas le cas de l'alternance politique à venir si des élections transparentes sont organisées. Dans cette optique, les législatives ont ainsi été étalées sur quatre mois pour anticiper l'avancée des Frères musulmans dans les urnes et éviter un processus semblable à la victoire islamiste en Algérie en 1991.
Surtout, et c'est probablement la cause majeure des manifestations, un autre signe inquiétant concerne la traque des démocrates avec le rôle prépondérant de la justice militaire. Les procès arbitraires contre les jeunes et les bloggeurs se sont multipliés, alors que les 850 responsables des violences de février n'ont, eux, pas encore été jugés. Enfin, la volonté de l'armée de "sanctuariser" son budget (ndlr : un projet constitutionnel pourrait priver le Parlement du droit de contrôler le budget de l'armée et laisserait aux militaires le dernier mot pour toute législation les concernant), et donc de rester ainsi un Etat dans l'Etat, a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.
TF1 News : Sans faire de politique-fiction, quelle peut être la suite des événements ?
P.V. : L'armée est dans une impasse dans laquelle elle s'est mise elle-même. Alors qu'elle était félicitée en février pour son comportement, elle est aujourd'hui pointée du doigt par les manifestants et les Occidentaux. Pour sortir de cette situation, elle n'a pas d'autre solution que de reculer en donnant des gages sécuritaires ou en abandonnant son idée de gérer elle-même son budget. Même si ce nouveau bras-de-fer ne concerne qu'une minorité de la population (le peuple, plus concerné par sa situation économique, ne s'intéresse pas vraiment pas à la politique), elle est obligée de prendre des initiatives. Sinon, on se dirige vers une nouvelle révolution.
TF1 News : Dans ce contexte, la tenue des législatives, qui doivent donc commencer lundi prochain, est-elle possible ?
P.V. : On voit mal comment le scrutin pourrait se tenir alors qu'il n'y a plus de gouvernement et que la sécurité n'est pas assurée dans le pays, notamment au Caire et dans les villes-géantes de province. Si ces élections sont reportées, se posera néanmoins ensuite la question d'un "scénario à la tunisienne", avec non pas des législatives classiques, mais la mise en place d'une Assemblée constituante impliquant un changement de régime. Beaucoup de manifestants y sont favorables. Et même les islamistes, donnés favoris des législatives, n'y sont pas hostiles à la vue de la victoire d'Ennahda en Tunisie.
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Egypte : islamistes modérés contre salafistes
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