Egypte : Mohammed Morsi, le président de Liberté et Justice, l'aile politique des Frères musulmans (28/11/11) © TF1/LCIActuellement détaché au centre Jacques Berque de Rabat, Jean-Noël Ferrié est directeur de recherches sur l'Egypte au CNRS. Il est notamment l'auteur de L'Egypte entre démocratie et islamisme - Le système Moubarak à l'heure de la succession (Editions Autrement, 2008). 74 personnes sont mortes mercredi soir dans des violences qui ont éclaté après un match de football entre 2 équipes égyptiennes dans la ville de Port Saïd. L'armée a été déployée dans la ville. 74 personnes sont mortes mercredi soir dans des violences qui ont éclaté après un match de football entre 2 équipes égyptiennes dans la ville de Port Saïd. A l'annonce de ces violences, un arbitre a annulé la partie en cours au stade du Caire, et un incendie s'est alors déclaré. Selon le procureur, l'ancien président égyptien, au-delà d'ordres qu'il a pu donner, ne pouvait ignorer les tirs contre la foule lors la révolte contre son régime. Les violences se poursuivent sur la grande place du Caire, symbole de la révolution qui a mis fin au règne de Moubarak. On compte au moins dix morts et des centaines de blessés. Les militaires sont accusés de tirs à balles réelles et de violences contre les journalistes. Des affrontements se sont poursuivis samedi au Caire pour la 2e journée consécutive entre forces de l'ordre et manifestants hostiles au pouvoir militaire. Au moins 9 personnes sont mortes. Le Premier ministre égyptien évoque un risque de "contre-révolution". La deuxième phase des législatives qui s'ouvre en Egypte pourrait bien exposer au grand jour les divisions du camp islamiste, pourtant largement vainqueur du premier tour avec 65% des voix. Les Frères musulmans tentent d'améliorer leur image, quand les salafistes du parti Al-Nour durcissent le ton. Avec 65% des voix au premier tour des législatives, les listes islamistes sont très loin en tête avant le début du deuxième tour. Mais le camp islamiste est divisé entre les Frères musulmans et les salafistes du parti Al-Nour, et il tente d'améliorer son image. REPORTAGE - Alors que le pays fête ce mercredi le 1er anniversaire du débat de la Révolution, al-Nour, le parti salafiste qui a obtenu plus de 20% des voix aux législatives, parade dans les rues. L'Egypte commémore mercredi le début il y a un an de la révolte contre Hosni Moubarak, dans un climat d'incertitudes et de tensions entre un pouvoir militaire critiqué, un mouvement contestataire à la recherche d'un nouveau souffle et des islamistes triomphants.
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TF1 News : Qui sont les salafistes d'Al-Nour, qui ont obtenu presque un quart des voix lors de la première phase des législatives ?
Jean-Noël Ferrié : Ce sont des islamistes bien plus rigoristes que les Frères musulmans. Ils rajoutent ainsi plusieurs couches dans leur pratique de l'islam : application stricte de la charia, longue barbe et port de l'habit traditionnel pour les hommes, port du niqab pour les femmes alors que les Frères musulmans se contentent du voile. Ils sont aussi dépositaires d'une volonté d'ordre important.
S'ils étaient majoritaires, cela serait inquiétant car leur rigorisme serait intrusif pour tout le monde, notamment pour les minorités religieuses comme les coptes. Mais il ne faut cependant pas les assimiler à des terroristes. Sauf leur volonté de rigorisme, ils n'ont rien à voir avec les salafistes algériens (ndlr : qui sont à l'origine de la création d'Al-Qaïda au Maghreb islamique).
TF1 News : Les Frères musulmans ne semblent pas prêts à s'allier avec eux, mais plutôt avec les partis libéraux et laïcs. Pourquoi ?
J.-N. F. : Cette alliance arrangerait tout le monde. Les partis libéraux et laïcs ont en effet une base religieuse et ils ont envie d'être au gouvernement. Ils ont donc tout intérêt à s'allier avec les Frères musulmans. Et ceux-ci n'ont pas envie d'être liés aux salafistes, aussi bien pour des raisons internes qu'externes. S'ils acceptent une coalition avec les salafistes, ils seront soumis à des surenchères politiques en Egypte même. Un exemple : les salafistes veulent séparer les femmes et les hommes sur les plages. Cela serait un coup mortel pour le tourisme. Et à l'étranger, ils perdraient la respectabilité qu'ils ont acquise et dont ils espèrent profiter.
TF1 News : Sur le plan diplomatique justement, l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement islamiste peut-elle remettre en cause le traité de paix avec Israël ?
J.-N. F. : Les Frères musulmans n'ont aucun intérêt à remettre en cause ce traité de paix, qui, au-delà de la région, est aussi et surtout l'un des fondamentaux de la stabilité de l'Egypte. En revanche, il faut s'attendre à un refroidissement très net des relations entre les deux pays et à une situation d'une grande rigueur.
| Second tour de la première phase |
Lundi et mardi se déroule le second de la première phase des législatives, entamées fin novembre. Une vingtaine de sièges sont encore à pourvoir au scrutin uninominal dans un tiers des gouvernorats d'Egypte (dont Le Caire et Alexandrie, les deux plus grandes villes du pays). Ces élections se poursuivront à ce rythme pendant plusieurs semaines. |
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Egypte: une émeute lors match de foot fait plus de 70 morts, l'armée déployée
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