France-Rwanda : le "passé" aux oubliettes, Sarkozy et Kagame parlent "avenir"

Par F.A., le 12 septembre 2011 à 16h46 , mis à jour le 12 septembre 2011 à 20h59

Le président rwandais, qui a rencontré Nicolas Sarkozy à l'Elysée ce lundi, a expliqué que les deux hommes avaient parlé d'"avenir". Il a également annoncé que son pays ne demandait plus d'"excuses" à la France pour son rôle présumé dans le génocide de 1994.

sarkozy kagame elyséeNicolas Sarkozy et Paul Kagame, le 12 septembre 2011, à l'Elysée © TF1/LCI

Au deuxième jour de sa visite symbolique mais controversée en France (lire notre article : "Kagame en France, entre malaise et réconciliation"), le président rwandais Paul Kagame s'est entretenu lundi avec Nicolas Sarkozy pendant environ une heure. En quittant l'Elysée, il a écarté toutes les questions de la presse concernant le passé des relations tumultueuses entre Paris et Kigali.
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Ces rapports sont plombés depuis plus de quinze ans sur l'éventuelle responsabilité française dans le génocide de 1994 (800.000 morts selon l'Onu, essentiellement de l'ethnie tutsi, celle de Paul Kagamé) ou les poursuites engagées en France contre des génocidaires présumés.

"Tourisme, infrastructures générales"
 
Paul Kagame a en revanche assuré avoir "parlé de l'avenir" des relations entre les deux pays avec son hôte. "Tous les sujets dont nous avons parlé ont été abordés dans le contexte de l'avenir, nous avançons vers l'avenir. J'ai plaidé pour plus de commerce, plus de partenariat", a insisté le président rwandais. "Les Français sont libres de venir et d'investir au Rwanda", a-t-il poursuivi, citant "le tourisme, les infrastructures générales...". Dans cette optique commerciale, Paul Kagame terminera sa visite mardi par une rencontre avec le patronat français. Interrogé sur les critiques de l'opposition rwandaise et d'ONG qui ont dénoncé sa visite et les violations des droits de l'Homme au Rwanda (voir encadré), Paul Kagame a répondu que ces manifestants "auraient dû encourager cette rencontre" avec Nicolas Sarkozy, qualifiée d'"utile". "La rencontre a eu lieu, y compris pour ceux qui ne la voulaient pas", a-t-il conclu.
 
De son côté, Nicolas Sarkozy n'a fait aucune déclaration. L'Elysée a simplement salué, dans un communiqué, "une nouvelle étape dans le processus de normalisation entre les deux pays, fondé sur le dialogue et le respect mutuel". La présidence a indiqué que l'Agence française de développement (AFD) s'apprêtait à faire passer ses engagements au Rwanda de 23,7 à 42,2 millions d'euros. Au titre de cette coopération, l'Elysée a notamment cité la participation de la France au "programme national d'accès à l'électricité", "le soutien aux PME rwandaises" et la construction à Kigali d'un nouveau "centre culturel franco-rwandais".

Juppé absent pour cause de voyage en Chine
 
Un peu auparavant, Paul Kagame avait annoncé dans un entretien à l'AFP qu'il ne demandait plus que la France présente des "excuses" pour son rôle au Rwanda en 1994, comme Kigali l'a longtemps exigé, et comme l'ont fait les Etats-Unis et la Belgique. "Des excuses ou pas d'excuses, je préfère laisser ces questions aux gens qui sont concernés. Je ne peux forcer personne. Je ne peux supplier personne. Je n'ai pas à éduquer quiconque sur quoi que ce soit, chacun a sa façon de gérer les choses face à sa propre conscience", a-t-il souligné.

Pourtant, un rapport officiel rwandais accuse toujours les militaires français d'avoir participé au génocide. A noter qu'Alain Juppé, déjà ministre des Affaires étrangères à l'époque du génocide et visé par ce rapport, ne participait pas à la réunion. Un voyage officiel en Chine lui a permis de la "sécher"...

Manifestations anti-Kagame, interpellé sur les droits de l'homme

Lors d'une séance de questions-réponses à l'Institut français des relations internationales (Ifri), Paul Kagame a été interpellé par l'ONG Human Rights Watch et par Reporters sans frontières (RSF) sur la question des droits de l'homme dans son pays.  "Je ne comprends pas de quoi vous voulez parler", leur a répondu le président rwandais, en déniant à ces organisations le droit de s'ériger en professeurs des droits de l'homme dans son pays.
 
Environ 200 personnes, pour la plupart rwandaises, ont aussi défilé à Paris, qualifiant Paul Kagame d'"assassin" et exigeant la libération des "prisonniers politiques" au Rwanda. Le périphérique parisien a aussi été bloqué en fin de matinée au niveau de la Porte Maillot par des opposants.

Par F.A. le 12 septembre 2011 à 16:46
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