Guinée : incidents meurtriers avant le résultat
Au moins une personne a été tuée et des dizaines blessées dans des affrontements qui ont opposé ce lundi à Conakry des partisans d'un des candidats à la présidentielle, Cellou Dalein Diallo, aux forces de l'ordre. Comme son adversaire, Alpha Condé, avant lui, il revendique désormais la victoire.
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C'est au beau milieu de la nuit de lundi à mardi que la résidence du président guinéen Alpha Condé, entré en fonction il y a seulement sept mois, a été prise pour cible par un commando lourdement armé. Le bâtiment, situé aux abords de la capitale Conakry, a été sérieusement endommagé par les combats. "La cuisine est pleine de sang et une partie de l'édifice a été criblée de balles", a confié un témoin qui a refusé d'être nommé, ajoutant que la porte principale avait volé en éclats après avoir été attaqué au lance-roquettes. Mais le chef de l'Etat est sorti indemne de l'attaque et les assaillants ont été repoussés. Un membre de la garde présidentielle a été tué lors de cet assaut et deux autres blessés. Aussitôt après la fin des tirs, des barrages militaires ont été établis dans toute la ville et les accès au quartier administratif de Kaloum, au centre de Conakry, ont été fermés à la circulation.
Alpha Condé s'est rendu dans la matinée dans les locaux de la télévision nationale pour y enregistrer un message qui devait être diffusé plus tard dans la journée. "Je vous appelle au calme. Je dois féliciter la garde rapprochée qui s'est battue de 3h10 à 5 heures ce matin", dit le président guinéen dans ce message, où il apparaît en habit traditionnel, et sans signe apparent de blessure. "Nos ennemis ne pourront pas arrêter la marche de la Guinée. Laissez l'armée et les services de l'ordre faire leur travail".
"Ce n'est pas un coup d'Etat"
De source proche du gouvernement en France, ex-puissance coloniale en Guinée, on, estime que cette attaque nocturne "n'est pas un coup d'Etat", en relevant qu'il "n'y a pas eu de tentative de prise de contrôle de routes ou de l'aéroport. C'est plutôt une alerte ou un coup de semonce, peut-être visant à critiquer la lenteur avec laquelle Alpha Condé organise les élections législatives". Alpha Condé, premier président démocratiquement élu de Guinée, a été investi le 21 décembre 2010, après avoir été élu en novembre face à Cellou Dalein Diallo, qui avait accepté sa défaite, mais qui a depuis dénoncé les "dérives autoritaires" du régime. Des législatives auraient dû se tenir dans les six mois suivant l'investiture, mais le scrutin a été repoussé, Alpha Condé souhaitant faire un nouveau recensement, ce que ses opposants dénoncent.
L'une de ses premières tâches a été de mettre en place une réforme du secteur de la défense et de la sécurité, l'armée ayant toujours joué un rôle déstabilisateur dans ce pays dont l'histoire est marquée par la violence politique, les coups d'Etat et tentatives de coups d'Etat militaires. Après la dictature sanguinaire de Sékou Touré, "père de l'indépendance" guinéenne en 1958, qui s'est achevée à sa mort en 1984, le général Lansana Conté a pris le pouvoir et a été victime lui-même de plusieurs tentatives de putsch jusqu'à son décès en décembre 2008. Juste après sa disparition, c'est le capitaine Moussa Dadis Camara qui a pris le pouvoir avant d'être renversé un an plus tard. C'est ensuite un régime de transition dirigé par un autre militaire, le général Sékouba Konaté, qui a dirigé le pays jusqu'à l'organisation de la présidentielle remportée par Alpha Condé.
Le 2 juillet, le colonel Moussa Keita, ancien responsable de l'aile politique de la junte militaire de Moussa Dadis Camara, dont il était très proche, a été arrêté en pleine rue à Conakry. Il est depuis détenu "dans un lieu tenu secret et inaccessible à sa famille" selon ses proches et des ONG. Avant son arrestation, le colonel Keita avait fait des déclarations à la presse sur la gestion du régime de transition du général Konaté, affirmant en particulier que ce dernier avait détourné plus de 20 millions de dollars.
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