Depuis lundi, les drapeaux sont en berne à travers toute l'Afrique du Sud en souvenir des morts de la mine de Marikana. A la demande du président Jacob Zuma, dont le gouvernement est accusé de n'avoir pas anticipé le drame. Et ce jeudi, jour de deuil et d'hommage, la plupart des mines de platine de la région ont donné congé à leurs employés pour qu'ils puissent assister à la cérémonie de Marikana. La célébration s'est déroulée sous une vaste tente blanche dressée à proximité de la colline où la police a fait 34 morts et 78 blessés lorsqu'elle a ouvert le feu, jeudi 16 août, contre des grévistes armés de machettes, barres de fer et pour certains d'armes à feu. Dix autres personnes, dont deux policiers, avaient été tués dans les jours précédents au cours d'échauffourées entre syndicats rivaux qui avaient éclaté le 10 août.
Le président Jacob Zuma, qui s'était rendu à Marikana mercredi pour s'adresser aux mineurs, n'était pas présent. Il devait installer dans l'après-midi la commission d'enquête promise pour faire toute la lumière sur la fusillade. La police, bien présente, elle, faisait profil bas.
Vers une extension du mouvement des mineurs ?
Outre cet hommage à Marikana, d'autres cérémonies avaient été organisées, notamment au Cap et à Johannesburg. A Mthatha, la plus grande ville du Transkei, une région rurale du Cap oriental d'où de nombreux mineurs sont originaires, environ 2500 personnes se sont réunies dans une église méthodiste à la mémoire des 28 victimes locales des violences de Marikana. Et le petit syndicat radical AMCU, accusé d'agiter les mines de platine de la région depuis le début de l'année, avait lui aussi organisé sa propre commémoration plus tôt dans la matinée avec le soutien des "amis de l'ANCYL", la Ligue de jeunesse de l'ANC dont les principaux dirigeants ont été exclus ou suspendus il y a quelques mois et qui fait figure d'opposition interne au parti dominant. Julius Malema, l'ex-président de la Ligue de jeunesse qui a été accusé d'utiliser le drame de Marikana pour rebondir après son exclusion de l'ANC, était néanmoins présent à la cérémonie principale, assis au deuxième rang.
Mais derrière cette multiplication des cérémonies, la question des revendications des mineurs de Marikana reste en suspens. Car avant de tourner au drame national, la question de Marikana était avant tout un enjeu social : environ 3000 foreurs de cette mine exploitée par le groupe Lonmin à 100 km à l'ouest de Pretoria, s'étaient mis en grève pour réclamer un triplement de leur salaire. Payés aujourd'hui 400 euros par mois, ils réclamaient d'être payés 1250 euros. Si la tragédie de Marikana a attiré l'attention sur les très précaires conditions de vie des mineurs sud-africains, les milieux économiques se demandent surtout si le mouvement va s'étendre. Plusieurs centaines de foreurs ont ainsi débrayé mercredi pour réclamer des augmentations dans une autre mine de platine, qui appartient au groupe sud-africain Royal Bafokeng Platinum. Une autre mine des environs est également sous pression, le géant Anglo American Platinum (Amplats) ayant été sommé de répondre d'ici vendredi à un ensemble de revendications.









