Blindés de l'armée égyptienne au Caire, 1/2/11 © TF1/LCILa rue veut montrer ses muscles L'opposition à Hosni Moubarak est un ensemble hétéroclite de partis laïques, d'islamistes et d'organisations issues de la société civile. Problème : aucun de ses dirigeants ne semble capable de fédérer le peuple derrière lui et de combler le vide politique en cas de chute du pouvoir en place. Google a annoncé une action commune avec Twitter pour permettre aux Egyptiens d'envoyer des messages sur le site de microblogs par téléphone, en contournant le blocage d'internet. Cette annonce intervient alors que le dernier fournisseur d'accès égyptien a été bloqué. "Dans une situation de chaos, un mouvement islamiste organisé peut prendre le contrôle de l'Etat. C'est arrivé en Iran et ailleurs", a déclaré lundi le Premier ministre israélien à propose de la crise egyptienne. Mardi, les opposants à Moubarak espèrent rassembler plus d'un million de personnes au Caire et à Alexandrie. Lundi soir, le vice-président a lancé un appel au "dialogue" avec toutes les forces d'opposition. La Maison Blanche a appelé à une "transition". Difficile de se renier, quand Obama appelait en 2009 à plus de liberté dans le monde musulman... Mais Moubarak est un allié de poids pour Washington. D'autres alliés, comme la Jordanie ou l'Arabie saoudite, guettent tout signe ostensible de "lâchage". L'ancien prix Nobel et chef de file des opposants égyptiens a réclamé mardi à la télévision Al Arabiya, le départ du président Moubarak "si ce n'est aujourd'hui, au plus tard vendredi". Face à cette révolte, faut-il partir ou rester ? Certains pays occidentaux et la plupart des grandes entreprises mettent en place ce qui commence à ressembler à un pont aérien. Sur place, certains Français essaient de quitter le pays avec les plus grandes difficultés. D'autres sont décidés à rester. L'armée égyptienne a déclaré lundi soir que les revendications du peuple étaient "légitimes" et s'est engagée à ne pas faire usage de la force. Faut-il y voir un signe ? En direct du Caire, Pierre Grange.
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La semaine en cours s'annonce décisive en Egypte ; et ce mardi, jour annoncé de la "marche du million", pourrait marquer une étape cruciale dans le bras-de-fer que se livrent la rue et le pouvoir de Moubarak. Des marches géantes sont notamment attendues au Caire et à Alexandrie.
Tôt dans la matinée, plus de 5000 personnes étaient déjà rassemblées dans le centre du Caire pour protester contre le président égyptien. Les manifestants lançaient des slogans comme "Dehors Moubarak", et brandissaient des affiches représentant le président pendu, ou sa photo avec la mention "ta tête va tomber".
Entraves à la mobilisation...
Le pouvoir en place tente pour sa part de saper la mobilisation. Le trafic ferroviaire a été suspendu lundi, empêchant les mouvements vers la capitale. Et mardi matin, les accès au Caire ont été fermés par l'armée.
Pour diffuser leur message, les manifestants doivent compter sur le bouche-à-oreille, Internet restant bloqué et le service de messagerie mobile perturbé. Le dernier fournisseur d'accès à internet qui fonctionnait encore en Egypte, Noor, a été bloqué lundi, coupant le pays du reste du monde en pleine crise, selon le site américain Renesys, spécialisé dans la surveillance du web.
... et politique de la main tendue
Face à une contestation qui ne faiblit pas, Moubarak a multiplié les initiatives politiques. Son vice-président Omar Souleimane, issu des rangs de l'armée, a annoncé que le nouveau gouvernement intronisé lundi a entamé ses consultations avec l'ensemble des partis politiques. Cette nouvelle équipe dirigeante, a-t-il précisé, va s'attaquer en priorité à la maîtrise de l'inflation, à la lutte contre le chômage et contre la corruption afin de répondre aux principales revendications des manifestants. Ces promesses n'ont toutefois pas convaincu et des milliers de protestataires ont encore passé la nuit sur la place Tahrir, au centre du Caire.
L'armée se met en retrait
Est-ce un tournant dans la crise ? Dans un communiqué officiel adressé lundi en début de soirée au "grand peuple d'Egypte", l'armée a jugé "légitimes" ses revendications et assuré qu'elle n'aurait pas recours "à l'usage de la force contre le peuple égyptien".
Cette prise de position est importante, car l'armée représente une institution essentielle dans le fonctionnement du pouvoir égyptien depuis qu'elle a renversé le roi Farouk soutenu par le Royaume-Uni en 1952. Conclusion d'un expert au vu de cette réaction : "Moubarak est devenu une gêne pour l'institution militaire", estime Faouaz Gerges de la London School of Economics. "Et il devient chaque jour plus difficile pour Moubarak de rester au pouvoir".
Certains analystes estiment que les militaires tentent de trouver une sortie qui soit à la fois honorable pour Moubarak et qui leur permette de préserver leur influence dans l'appareil d'Etat ainsi qu'au sein du parti dirigeant. L'élection présidentielle prévue en septembre pourrait fournir à Hosni Moubarak l'occasion d'annoncer qu'il n'envisage pas de se représenter pour un nouveau mandat après 30 années au pouvoir. Mais ce scénario ne prend pas en compte la volonté farouche de la rue de le voir partir immédiatement.
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L'opposant à Hosni Moubarak, qui s'impose comme la figure de proue de la révolte contre le régime de Hosni Moubarak, a prévenu mardi, dans le journal britannique The Independent, que si le président "veut vraiment sauver sa peau, il ferait mieux de partir".
"Quand un régime retire complètement la police des rues du Caire, quand les casseurs font partie de la police secrète pour essayer de donner l'impressionque sans Moubarak, le pays plongera dans le chaos, c'est un acte criminel (...)", affirme-t-il -la police égyptienne avait subitement déserté vendredi les rues du pays, mais les autorités ont annoncé dimanche soir son redéploiement, qui était effectif lundi.
Les Frères musulmans prennent clairement position
Les Frères musulmans, force d'opposition la plus influente du pays, ont rejeté lundi soir le cabinet tout fraîchement nommé par le président égyptien, appelant à "des manifestations massives partout en Egypte afin que tout le régime - président, parti, ministres et Parlement - quitte le pouvoir".
Cinquante organisations égyptiennes de défense des droits l'Homme ont appelé pour leur part, dans un communiqué diffusé mardi matin, le président Moubarak à "se retirer" du pouvoir pour "éviter un bain de sang". Face à cette mobilisation, les différentes composantes de la société égyptiennes se positionnent et réagissent de manière inégale.
Les derniers touristes français bientôt de retour
La très grande majorité des vacanciers français sera rentrée d'ici à la fin de la semaine alors que quasiment plus aucun d'entre eux se trouve encore au Caire, a déclaré lundi soir René-Marc Chikli, président de l'Association des tour-opérateurs français. Les vols retour s'effectuent à présent non plus par Le Caire mais sur des vols programmés depuis Louxor ou Hurghada pour éviter l'aéroport de la capitale pris d'assaut par les expatriés qui quittent le pays.
Les touristes français encore sur place sont surtout situés sur les bords de la Mer Rouge, dans des stations balnéaires où la situation est très calme selon plusieurs voyagistes. Le Club Méditerranée comme Fram ont proposé "par mesure de précaution" à leurs clients encore sur place d'anticiper leur retour. Tous les départs de vacanciers sont suspendus jusqu'à jeudi inclus pour l'instant, selon les tour-opérateurs qui se réunissent chaque jour pour évaluer la situation. La compagnie Air France va elle augmenter ses capacités entre Paris et l'Egypte à partir de mardi pour faciliter le rapatriement de ses clients.
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