Inconcevable début 2011, le procès d'Hosni Moubarak, débuté en août dernier, touche, à sa fin. A moins d'un report de dernière minute, l'ancien président égyptien, accusé de corruption et surtout d'avoir donné l'ordre de tirer à balles réelles sur les manifestants lors de la Révolution de janvier-février 2011, sera en effet fixé sur son sort samedi. Le verdict - qui concerne aussi son ancien ministre de l'Intérieur Habib al Adli, ses deux fils, Gamal et Alaa, et six responsables de la sécurité - sera retransmis en direct à la télévision.
Samedi matin, le président du tribunal le juge Ahmed Rifaat a déclaré la séance ouverte peu après l'arrivé de Moubarak, 84 ans, allongé sur une civière. Le magistrat a procédé à l'appel des prévenus, qui comprennent, outre le président déchu, ses deux fils Alaa et Gama, l'ancien ministre de l'Intérieur Habib el-Adli et six anciens hauts responsables de la sécurité. Un homme d'affaires, Hussein Salem, est jugé par contumace. Moubarak, les bras croisés et portant des lunettes noires, a répondu "présent" depuis sa civière, installée dans un box grillagé.
En théorie, une condamnation éventuelle pourrait aller de trois ans de prison à la pendaison, requis par le procureur. La peine de mort est cependant peu probable étant donné à la fois de l'âge -84 ans- de l'ex-raïs et surtout de la faiblesse, selon nombre d'observateurs, du dossier réuni par l'accusation. Avec les différentes possibilités d'appel, les avocats du dirigeant déchu pourront de toute manière ensuite prolonger la procédure de long mois.
Frustation
Quelle que soit l'issue du procès, beaucoup d'Egyptiens ont exprimé leur frustration de ne pas voir réellement remis en cause le rôle de l'armée, de la justice et de la police durant les trois décennies de l'ère Moubarak. Au cours de la trentaine d'audiences -où Moubarak était souvent sur une civière-, les familles des victimes présumées ont ainsi regardé avec appréhension et colère les témoins appelés à la barre se contredire ou même innocenter l'ancien chef de l'Etat et ses responsables de l'accusation de meurtre.
La décision des juges pourrait donc provoquer de nouvelles manifestations si elle se résumait à un acquittement ou une peine légère. Etant donné que ce verdict intervient entre les deux tours de la présidentielle -le second tour est prévu les 16 et 17 juin-, des violences pourrait mettre en position Ahmad Chafiq. Opposé à Mohammed Morsi, le candidat des Frères musulmans, le dernier Premier ministre d'Hosni Moubarak, perçu comme le candidat de l'armée, trouverait là des arguments pour mettre en avant son programme sécuritaire. Mais un acquittement pourrait aussi lui être négatif en l'associant aux tentatives de l'ancien régime de maintenir ses prérogatives en Egypte.







