© AFP / F. BaticheL'Algérie sera-t-elle gagnée par la contagion égyptienne, elle-même inspirée par la révolution tunisienne ? Ceux qui aspirent au changement dans ce pays veulent le croire. Le pouvoir, lui, s'emploie à briser cet espoir. Des milliers de policiers antiémeutes sont déployés depuis plusieurs heures dans le centre d'Alger pour empêcher la tenue d'une manifestation de l'opposition, qui n'a pas reçu d'autorisation en vertu d'une interdiction en vigueur depuis 2001, et tenter d'éviter une reproduction des récents soulèvements populaires en Tunisie et en Egypte. L'appel a été lancé par la Coordination nationale pour la démocratie et le changement (CNDC). Ce groupement a été créé le 21 janvier par des partis d'opposition, la société civile et des syndicats autonomes, dans la foulée d'émeutes du début de l'année qui ont fait 5 morts et plus de 800 blessés.
Malgré cet important dispositif, une cinquantaine de manifestants, réclamant le départ du président Abdelaziz Bouteflika, sont parvenus à rejoindre la place du 1er mai, dans le centre de la capitale, d'où devait partir le cortège. Les forces de l'ordre ont encerclé les protestataires dont certains brandissaient des copies d'une Une de journal annonçant : "Moubarak est tombé". La police a interpellé quelques-uns des premiers manifestants arrivés en avance. "J'ai le regret de dire que le gouvernement a déployé une force importante pour empêcher une marche pacifique. Ce n'est pas bon pour l'image de l'Algérie", a commenté Mustafa Bouchachi, responsable de Ligue des droits de l'homme. Une tension qui fait craindre des affrontements entre les forces de l'ordre et les manifestants réclamant plus de libertés publiques, un changement de gouvernement et des emplois.
Autorisations refusées, tracts saisis
Signe de la nervosité du pouvoir, à Alger, les forces de police, venues en nombre - entre 25.000 et 30.000 selon la presse - se sont mises à quadriller les rues dès vendredi. Les barrages de police installés aux entrées de la capitale depuis les attentats suicides d'avril et de décembre 2007, revendiqués par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), avaient été également renforcés dès la veille de la manifestation annoncée. Autre symbole clair : vendredi soir, dans cette même ville, une autre manifestation, organisée semble-t-il à la dernière minute pour saluer la chute du président égyptien Hosni Moubarak, devant le siège du parti d'opposition Rassemblement pour la Culture et la Démocratie, avait été interrompue par un cordon de policiers qui avaient poussé les militants à l'intérieur et procédé à une dizaine d'interpellations.
Outre Alger, plusieurs autres marches ou rassemblements étaient prévus ce samedi à travers le pays. Mais toutes ces manifestations ont été interdites, tout comme dans la capitale. A Oran, à 430 km d'Alger, la wilaya a ainsi refusé l'autorisation de manifester. Situation similaire dans d'autres villes dont, sur la côte est, Boumerdes, Bejaïa, puis, au sud-est d'Alger Tizi Ouzou, principale ville de Kabylie, et à l'ouest, Tipaza, notamment. Enfin dans la principale ville de l'est algérien, Annaba, des tracts appelant les citoyens à participer à la marche avaient été interceptés par les forces de l'ordre ces derniers jours. Une source policière les avait qualifiés de "démoralisateurs" et de menace pour la sécurité des biens et des personnes.
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