Après avoir été saisie d'une plainte de trois avocats qui mettent en avant la dangerosité des sites pornographiques pour la jeunesse et leur contenu "contraire aux valeurs musulmanes", la justice tunisienne a ordonné courant 2011, en première instance puis en appel, à l'Agence tunisienne de l'internet (ATI) de les censurer. Société anonyme dont le principal actionnaire est l'Etat, l'ATI a poursuivi sa bataille en saisissant la Cour de cassation, dernier échelon de l'appareil judiciaire.
Tunisie, un an après la révolution : quand Ben Ali n'y croyait pas...
Alors que la Tunisie fête samedi le premier anniversaire de la chute de Ben Ali, l'ancien Premier ministre Mohammed Ghannouchi se souvient d'un entretien édifiant qu'il a eu avec le tyran déchu, le matin du 14 janvier 2011 : "Ils n'arriveront à rien, quitte à en tuer mille ou plus", déclarait alors Ben Ali...
Publié le 13/01/2012
Tunisie : opération séduction pour le leader islamiste
Au lendemain de l'annonce officielle de la victoire d'Ennahda aux élections, Rached Ghannouchi, le fondateur du parti, affirme qu'il souhaite "construire un régime démocratique" et redit son "engagement envers les femmes"
Publié le 28/10/2011
Cette dernière doit annoncer sa décision ce mercredi. Elle devrait logiquement confirmer la décision des juridictions précédentes et donc demander à l'ATI de réactiver le filtrage d'Internet, une pratique totalement abandonnée après la chute de Zine Ebidine Ben Ali.
Le porno avant la politique ?
Ce probable retour en arrière -créée en 1996, l'ATI était l'instrument du contrôle politique et de la censure numériques- inquiète de nombreux observateurs. Pour le sociologue des médias Riadh Ferjani, la décision rendue par la justice dépasse en effet de loin la question des sites pornographiques. "ll s'agit de savoir si l'on veut déléguer à l'Etat le pouvoir de choisir à la place des citoyens", explique-t-il. "Dans ce domaine, nous ne sommes pas en terra incognita. La Tunisie a un lourd passif, elle a été l'un des pays les plus liberticides. Elle a aussi servi de laboratoire pour la surveillance d'Internet", rappelle-t-il. D'autres sites, notamment politiques, pourraient ainsi être coupés à l'avenir.
Et au-delà du simple filtrage de sites internet, se pose aussi la question des valeurs morales dans un pays où les islamistes d'Ennahda ont remporté les législatives et dirigent le gouvernement. Comme la pornographie, d'autres tabous contraires à l'islam -comme la nudité par exemple- pourraient être aussi censurés. "Morale et loi peuvent aller ensemble", rétorque Me Monaem Turki, l'un des trois avocats à l'origine de la plainte contre l'ATI. "En France, les sites qui font l'apologie de Hitler sont censurés. En Tunisie il doit aussi y avoir des interdits, et ces sites pornographiques ne sont pas tolérables. La justice a tranché en première instance et en appel, ce n'est pas une décision politique ou arbitraire", conclut-il.
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