Maroc : score islamiste et abstention, enjeux des élections

Par , le 25 novembre 2011 à 05h45 , mis à jour le 25 novembre 2011 à 21h22

INTERVIEW - Après la nouvelle Constitution en juillet, les Marocains se rendent aux urnes ce vendredi pour des législatives anticipées. Le score des islamistes et le taux d'abstention sont les enjeux principaux d'un scrutin qui ne changera pas la nature du régime. Explications avec Pierre Vermeren, spécialiste du Maghreb contemporain.

Maroc : panneau électoral à Rabat pour les législatives du 25 novembre 2011Maroc : panneau électoral à Rabat pour les législatives du 25 novembre 2011 © TF1/LCI

Pierre Vermeren, spécialiste du Maghreb contemporain, est maître de conférences à l'Université de Paris I. Il est notamment l'auteur des livres Le Maroc de Mohammed VI, la transition inachevée (Editions Poche La Découverte, 2011) et  Maghreb : les origines de la révolution démocratique (Editions Pluriel, 2011)
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  • Les islamistes marocains en tête des législatives

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TF1 News : Quels sont les enjeux de ces législatives au Maroc ?
Pierre Vermeren : Sur le plan institutionnel, il n'y en a pas vraiment puisque le but n'est pas de mettre en place un changement de régime comme en Tunisie le mois dernier. Chaque force en présence a donc son propre enjeu. Pour le palais royal, une grande partie des élites et les partenaires du Maroc, il s'agit de mettre fin au mouvement de contestation politique qui a débuté le 20 février. Les partis politiques classiques cherchent quant à eux à décrocher les sièges qui leur permettront de continuer leurs affaires. Les islamistes du PJD (Parti justice et développement) veulent de leur côté arriver enfin au gouvernement. Les opposants aux élections, qui ont appelé au boycott, espèrent quant à eux un taux d'abstention élevé.
 
TF1 News : Justement, organisées plus tôt que prévu pour calmer l'embryon de contestation, ces législatives sont-elles un "nouveau" référendum pour ou contre le roi Mohammed VI après celui de juillet sur la Constitution, avec comme moyen de s'opposer cette fois le vote islamiste ou l'abstention ?
P.V. :
Non. Cette fois, c'est beaucoup plus ouvert que le référendum constitutionnel de juillet, qui a d'ailleurs donné un score (98%) que l'on voit rarement lors d'une réelle consultation populaire. En se rendant en France au moment du vote, Mohammed VI a d'ailleurs tenu à montrer que ce scrutin est l'affaire des partis et que ce n'est pas un référendum.

Depuis juillet, l'ambiance est également retombée et une certaine désillusion s'est emparée de la population face au non-renouvellement des forces politiques en présence (celles qui sont autorisées à concourir sont déjà toutes présentes au Parlement) et à la non-modification de la structure du pouvoir. En règle générale, les Marocains s'intéressent peu à la vie politique. Là, ils n'ont pas de raison de changer : il s'agit "simplement" de renouveler une nouvelle fois le Parlement (les dernières législatives remontent à 2007), la campagne a été courte, les partis n'ont pas vraiment de programme et le roi gardera l'essentiel du pouvoir face au Premier ministre et au Parlement.

exergue "Les islamistes sont les seuls à disposer d'une force militante"

TF1 News : Selon les sondages, le parti islamiste PJD est en tête. Pourquoi ?
P.V. : Il faut préciser qu'il est déjà arrivé en tête en nombre de voix en 2007, mais pas en sièges au Parlement. Or il n'était présent que dans 2/3 des circonscriptions. Là, il se présente partout. Il va donc mécaniquement progresser. Les raisons de son succès sont les mêmes que pour les autres formations islamistes dans le monde arabe : depuis 20 ans, le PJD est la seule force idéologique qui dispose d'une force militante derrière lui. Seule la nature de son islamisme diffère.

TF1 News : Quelles sont les particularités du PJD ?
P.V. : Tout d'abord, une originalité : il reconnaît la prédominance religieuse du roi, contrairement à l'autre formation islamiste qui n'a pu se présenter. Depuis une dizaine d'années, il a déjà un groupe parlementaire. Intégré au jeu politique, il possède donc une expérience de la vie publique. Son dirigeant, Abdellihah Benkirane, notable de la bourgeoisie, ne fait ainsi peur à personne.

Sur le plan politique, le PJD se revendique de l'AKP, le parti au pouvoir en Turquie, au point de porter le même nom (ndlr : en turc, AKP veut dire Parti justice et développement) et n'a pas de liens avec les Frères musulmans. Le PJD est en effet l'hériter de la vieille tradition du réformisme musulman, composante du nationalisme marocain. Sur ce point, il est sur la même ligne que l'Istiqlal (ndlr : le parti historique de l'indépendance), d'où la compétition entre les deux.

exergue "Le Maroc subira les conséquences des événements chez ses voisins"

TF1 News :  Le "Mouvement du 20 février", née dans la foulée des révolutions tunisienne et égyptienne, appelle au boycott. Comment faire la différence entre l'abstention militante pour répondre à cet appel et l'abstention par désintérêt -et donc mesurer le poids du mouvement pour le futur ?
P.V. : Difficile de répondre. Selon les observateurs, la participation devrait se situer aux alentours de 50% des inscrits. Ce serait plus qu'en 2007 (34%) et moins que pour le référendum de juillet (73%).  Ce score arrangerait d'ailleurs le palais royal qui n'a pas intérêt à une participation trop basse, qui pourrait être interprétée comme un succès pour les tenants du boycott, ni trop haute, qui pourrait donner l'impression que les gens ont été forcés à voter.

Au-delà des élections, l'avenir du "Mouvement de 20 février"  dépendra aussi du futur gouvernement et notamment du Premier ministre. Selon qu'il soit issu du PJD, qu'il ait une forte personnalité et un programme politique précis, cela aura ou non un impact positif sur l'ensemble de la société et donc sur la suite de la contestation. Celle-ci dépendra aussi et surtout de la situation économique dans le pays et de la suite des événements dans le monde arabe. Le Maroc n'étant pas une île coupée du monde, il subira, d'une manière ou d'une autre, les conséquences de ce qui se passe chez ses voisins.

TF1 News : Sur le plan strictement politique, quelle peut être la figure du futur gouvernement ?
P.V. : Selon la nouvelle Constitution, le roi doit choisir le Premier ministre dans le parti arrivé en tête. Mais se basera-t-il sur un parti proprement dit ou une coalition ? Le détail a de l'importance puisque le PJD, qui se présente seul, fait face à deux coalitions -celle dite du "G8", qui regroupe des partis proches du palais royal, et celle de la "Kutla", avec notamment l'Istiqlal. Il est évident que si le PJD est premier, il revendiquera le poste de Premier ministre d'autant plus fermement.

Ensuite, même si cela peut paraître curieux vu de France, toutes les configurations de coalition sont possibles entre les trois blocs principaux puisque l'idéologie politique de la monarchie est basée sur le consensus. 
 

Par Fabrice Aubert le 25 novembre 2011 à 05:45
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2 Commentaires

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  • alambic46, le 25/11/2011 à 14h40

    Vous feriez mieux de vous abstenir.

  • gode_michel, le 25/11/2011 à 11h49

    Moi, je vote pour le 6. (Voir photo)

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