Les quatre Français enlevés par Aqmi le 16 septembre 2010 (les visages ont été floutés) © TF1/LCIMathieu Guidère, professeur à l'Université de Toulouse 2, est l'auteur de plusieurs livres sur les mouvements islamistes, notamment Al-Qaïda à la conquête du Maghreb -Le terrorisme aux portes de l'Europe (Editions du Rocher, 2007).
Les otages français d'Aqmi supplient Sarkozy dans une vidéo
Al-Qaïda au Maghreb islamique a diffusé mercredi une vidéo des quatre otages français enlevés il y a sept mois, suppliant le président de retirer les troupes françaises d'Afghanistan.
Publié le 27/04/2011
Otages au Sahel: Aqmi veut le départ de la France d'Afghanistan
Outre une rançon de 90 millions d'euros, Al-Qaïda au Maghreb islamique qui retient en otage quatre Français depuis sept mois, réclame "aussi et surtout" le départ des soldats français d'Afghanistan.
Publié le 23/04/2011
Otages : la France rejette la demande de rançon de l'Aqmi
Le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a rejeté lundi une demande de rançon d'Al-Qaïda au Maghreb islamique pour libérer les quatre Français enlevés au Niger, estimant qu'on ne peut négocier "sur ces bases".
Publié le 21/03/2011
Les trois ex-otages et leurs familles reçus à l'Elysée par Sarkozy
Les trois ex-otages du Sahel, une Française, un Malgache et un Togolais, libérés dans la nuit de jeudi à vendredi, ont été reçus, samedi après-midi par Nicolas Sarkozy. La question du versement d'une éventuelle rançon reste en suspens.
Publié le 26/02/2011
Niger: trois otages, dont une Française, libérés
L'information nigérienne a été confirmée par Paris : une Française, un Togolais et un Malgache, qui avaient été enlevés avec quatre autres Français en septembre 2010 dans le nord du Niger par Al-Qaïda, ont été libérés.
Publié le 25/02/2011
Les Français otages dans le monde
INFOGRAPHIE - Après l'enlèvement d'un humanitaire au Yémen le 21 avril 2012, huit Français sont aujourd'hui retenus en otages dans le monde pour des raisons politiques.
Publié le 29/06/2011
Otages français : les terroristes vont-ils faire monter les enchères ?
Selon le patron du contre-espionnage français, les islamistes pourraient bien se servir de la prochaine présidentielle pour faire monter les enchères, alors que 3 Français sont encore portés disparus au Yémen et 4 au Niger.
Publié le 10/09/2011
TF1 News : Les Français ont été enlevés il y a un an, le 16 septembre 2010. Est-il courant que des prises d'otages menées par Al-Qaïda au Maghreb islamique soient aussi longues ?
Mathieu Guidère : Non. C'est une nouveauté. Jusqu'à présent, leur durée n'avait jamais excédé 6 à 9 mois. Cette fois, c'est donc très long et particulièrement complexe.
TF1 News : Pourquoi ?
M.G. : Depuis un an, les otages sont passés par toutes les formes de manipulation, récupération et instrumentalisation. Pour une raison interne à l'organisation, ils ont tout d'abord été instrumentalisés par le chef d'Aqmi, Abdelmalek Droukdal. Il a en effet présenté l'enlèvement comme une vengeance après l'opération militaire française menée en juillet 2010 pour faire libérer Michel Germaneau. Le 27 octobre 2010, les otages ont été récupérés par Oussama ben Laden pour demander à la France de quitter l'Afghanistan. Ensuite, avec le printemps arabe puis la mort de Ben Laden, cette revendication de politique internationale est tombée. Aqmi a eu d'autres préoccupations, comme participer à l'insurrection en Libye aux côtés des insurgés ou reprendre les attentats en Algérie.
Le dossier des otages, devenus secondaires pour Abdelmalek Droukdal, est alors redescendu au niveau d'Abou Zeid, le chef du groupe des ravisseurs. Celui-ci a fait part de revendications monétaires, estimées entre 90 et 100 millions d'euros, une somme jamais exigée auparavant. Aujourd'hui, il semblerait qu'Ayman al-Zawahiri, le nouveau patron d'Al-Qaïda (ndlr : il a été désigné numéro 1 mi-juin), veuille instrumentaliser les otages dans une optique de politique intérieure française pour faire pression sur la présidentielle de 2012. Or, à chaque fois, les négociations repartent de zéro, puisque les objectifs, les enjeux et les interlocuteurs sont différents.
| "Les trois autres otages libérés pour des raisons spécifiques" |
TF1 News : Pourtant, l'une des otages, Françoise Larribe, et les deux employés africains enlevés en même temps, ont été libérés en février.
M.G. : Pour les Africains, il s'agissait d'une raison de politique interne à Aqmi entre Abdelmalek Droukdal et Abou Zeid. Abdelmalek Droukdal n'avait pas apprécié que deux Africains soient enlevés et l'avait fait savoir à Aboud Zeid. Il avait rappelé qu'Africains eux-mêmes, ils ne devaient pas enlever d'autres Africains mais seulement des Français. Il craignait aussi que les Etats de la région réagissent plus fermement contre Aqmi.
Pour Françoise Larribe, il s'agissait d'une raison de théologie interne. Aqmi n'est pas formaté pour détenir des femmes. Aucune femme ne fait en effet partie du mouvement. Ce sont donc des hommes qui doivent s'occuper des otages féminins. Or ils ne veulent pas. A l'instar de Françoise Larribe, toutes les femmes enlevées par Aqmi en même temps que des hommes ont été libérées bien avant eux.
TF1 News : En janvier, l'opération militaire française menée au Mali après l'enlèvement de Vincent Delory et Antoine de Léocour au Niger a-t-elle eu un impact ?
M.G. : Non, paradoxalement. Aqmi a considéré que le raid français, mené dans la foulée de l'enlèvement, était loyal et l'a comparé à une action de guerre, valorisante pour l'organisation. Cela permet notamment aux membres d'Aqmi de se considérer comme des combattants. Et avec des morts de chaque côté, Aqmi s'est estimé gagnant.
| "Leur vie n'est pas en danger" |
TF1 News : Où en est le dossier aujourd'hui ?
M.G. : C'est difficile à dire. Quand Abou Zeid a exigé presque 100 millions d'euros, les négociatieurs ont essayé de faire comprendre que la somme était exorbitante et que la France ne disposait pas d'une "caisse noire d'otages" de ce montant. Il a aussi fallu expliquer que les sociétés concernées, Areva et Vinci, n'ont pas non plus les moyens de payer. Et que si elles le faisaient, alors elles seraient sanctionnées pour avoir soutenu le terrorisme. Le problème, c'est que tout ceci est très long puisqu'il faut au moins une quinzaine de jours entre chaque échange. Depuis, l'annonce d'Al-Zawahiri a redistribué les cartes. Et tout ceci intervient alors qu'Aqmi se préoccupe plus de la Libye pour s'y battre et récupérer des armes et de l'Algérie -le mois d'août, celui du ramadan, a été le plus meurtrier depuis longtemps avec de nombreux attentats. Bref, les otages français ne sont plus sa priorité.
TF1 News : La vie des otages est-elle menacée par l'enlisement du dossier ?
M.G. : Non, pas du tout. Aujourd'hui, Aqmi n'a aucune raison objective pour s'attaquer à la France ou aux intérêts français. Le 18 novembre 2010, l'organisation a demandé à la France un agenda du retrait d'Afghanistan. Dès sa prise de fonctions aux Affaires étrangères, Alain Juppé a donné ce calendrier. Aqmi critiquait aussi le soutien de la France aux dictatures de Zine Ebedine ben Ali en Tunisie et de Mouammar Kadhafi en Libye, les dirigeants arabes les plus véhéments contre les islamistes. Malgré le retard à l'allumage en Tunisie, ce reproche n'est évidemment plus valable. Enfin, le discours de la France, volontariste, est très "pro-libération" des musulmans de l'oppression dont ils étaient victimes de la part de leurs dirigeants. Bref, si aujourd'hui Abou Zeid voulait tuer les otages, il devrait donner une raison valable au "comité juridique" d'Aqmi pour en obtenir l'autorisation. Et il ne l'aurait pas.
| "Séparés les uns des autres" selon Longuet |
Le ministre de la Défense a confirmé vendredi sur RFI que les quatre Français étaient "vivants", ajoutant qu'ils étaient vraisemblablement "séparés les uns des autres et astreints à une très grande mobilité". "Nous savons qu'ils ne sont pas maltraités. Les preneurs d'otages sont des gens qui ont des aspects rationnels, ils savent que leur sécurité dépend des otages", souligne Gérard Longuet. Comme à chaque fois dans ce genre d'affaires, il dément également toute négociation sur le paiement d'une rançon. |
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