Tunisie, un an après la révolution : quand Ben Ali n'y croyait pas...

Par , le 13 janvier 2012 à 18h55 , mis à jour le 13 janvier 2012 à 19h01

Dossier : Transition démocratique en Tunisie

Alors que la Tunisie fête samedi le premier anniversaire de la chute de Ben Ali, l'ancien Premier ministre Mohammed Ghannouchi se souvient d'un entretien édifiant qu'il a eu avec le tyran déchu, le matin du 14 janvier 2011 : "Ils n'arriveront à rien, quitte à en tuer mille ou plus", déclarait alors Ben Ali...

Zine El Abidine Ben Ali TunisieLe président tunisien déchu Zine El Abidine Ben Ali/Image d'archives © ABACA

Le 14 janvier 2011, l'indéboulonnable Zine El Abidine Ben Ali fuyait la Tunisie après 23 ans de règne, premier despote arabe chassé par son peuple. Alors que la Tunisie fête samedi le premier anniversaire de cette journée historique, qui a déclenché le mouvement du "printemps arabe", de nombreux témoins de la chute du despote reviennent sur ces jours qui ont vu le peuple prendre son destin en main. Parmi eux, l'ancien Premier ministre Mohammed Ghannouchi se souvient d'un entretien édifiant qu'il a eu avec le tyran déchu, le matin du 14 janvier 2011 : "ls n'arriveront à rien, quitte à en tuer mille ou plus", déclarait alors Ben Ali...

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Ce jour là, des centaines de manifestants ont commencé à se rassembler sur la grande artère de la capitale tunisienne pour réclamer le départ de Ben Ali, confronté à un soulèvement populaire sans précédent depuis le 17 décembre. "Le matin du 14 janvier j'ai appelé le président et lui ai dit ce qui se passait sur l'avenue Bourguiba", à Tunis, a raconté le Premier ministre de l'époque sur la chaîne nationale tunisienne. La réponse de Zine El Abidine Ben Ali tombe comme un couperet: "Ils n'arriveront à rien. Quitte à ce qu'on en tue mille, ou plus", a répondu Ben Ali, selon son Premier ministre. "J'étais sous le choc. Je découvrais un autre homme que celui avec qui je travaillais depuis des années", a poursuivi M. Ghannouchi. Selon son récit, il assure au président que la répression n'est "pas la bonne solution" et lui demande de "mettre en oeuvre des mesures pour le développement et contre la corruption". "On en parlera après", réplique Ben Ali. M. Ghannouchi assure alors avoir décidé de quitter son poste pour "ne pas être complice" d'un éventuel bain de sang.

"Il va y avoir un bain de sang"
 
Dans l'après-midi du 14 janvier, il reçoit un coup de téléphone d'un haut gradé militaire qui lui dit: "Ben Ali est parti, le pays est entre tes mains. Si tu n'assumes pas, il va y avoir un bain de sang". Le président tunisien, son épouse Leïla et quelques proches se sont rendus à l'aéroport militaire de Carthage et se sont envolés vers l'Arabie Saoudite, dans des circonstances encore mal connues.

A 19 heures ce 14 janvier 2011, Mohammed Ghannouchi déclare à la télévision assurer l'intérim de la présidence en remplacement de Ben Ali qui a quitté la Tunisie après 23 ans de pouvoir. Mohammed Ghannouchi sera nommé le surlendemain Premier ministre et gouvernera jusqu'au 27 février, date à laquelle il démissionne sous la pression de la rue.

Par Laurent Deschamps le 13 janvier 2012 à 18:55
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