© INTERNEFévrier 2004 : la campagne des primaires démocrates bat son plein. John Kerry, le favori, conforte son avance sur ses rivaux. George W. Bush, lui, a déjà choisi son adversaire en la personne du sénateur du Massachusetts, ancien soldat distingué au Vietnam. Les attaques cherchant à décrédibiliser son programme se font de plus en plus pressantes. Mais de violents échanges verbaux sur le passé militaire respectif des deux présidentiables vont mettre le feu au poudre : neuf mois avant l'élection proprement dite, la campagne présidentielle s'annonce particulièrement agressive. Pendant que Bush rapporte que ses instructeurs, pendant son service militaire, ont senti qu'il pouvait "devenir un des plus grands pilotes de tous les temps", le camp démocrate l'accuse d'"absence sans permission", autrement dit de désertion.
L'enjeu de la bataille relayée à grands renforts de médias ? Une période de douze mois entre mai 1972 et mai 1973 où le soldat Bush se serait fait porter pâle alors qu'il aurait dû effectuer à cette époque son service militaire dans la Garde Nationale du Texas. George W. Bush s'était engagé dans ce corps militaire en 1968 en demandant à ne pas être envoyé à l'étranger, repoussant ainsi une éventuelle mission au Vietnam. Sous la pression démocrate, la Maison Blanche doit exhumer le dossier militaire du présidentiable. Mais aucun élément ne vient expliquer cette absence de douze mois. Durant cette période, le soldat Kerry, lui, conforte sa position de héros du Vietnam. Réplique des partisans de Bush sur ce terrain : un photomontage flagrant représentant le candidat démocrate, dont l'engagement pacifiste à son retour de l'enfer vietnamien est de notoriété publique, aux côtés de la militante pacifiste controversée Jane Fonda. Très vite dénoncé, l'impact de ce faux sur l'opinion est minime et fait finalement plus de torts au camp républicain. D'autres attaques touchant le candidat démocrate sont, elles aussi, sans grand effet : une publicité vantant un John Kerry à la botte des lobbyistes ou encore une rumeur d'aventure extra-conjugale, facilement démontée.
"Président de guerre"
Pourquoi l'attaque sur le passé militaire de Bush fait-elle autant mouche ? Outre le sentiment de devoir patriotique exacerbé et le fort attachement à ses "boys" du peuple américain, depuis les attentats du 11 septembre le président américain se présente comme un "président de guerre". Il revêt volontiers l'uniforme de pilote de l'armée américaine devant les caméras lors de ses discours aux soldats. Les railleries ne manquent alors pas de se faire l'écho d'un tel comportement, John Kerry répétant à qui veut l'entendre que lui sait "pour de vrai ce que c'est que d'atterrir sur un porte-avions".
Dernier épisode : le 9 juillet dernier, le New York Times, citant une lettre du Pentagone, affirme qu'une destruction accidentelle d'archives, en 1996 et 1997, "dans un projet visant à sauvegarder des microfilms détériorés" aurait entraîné la disparition, "par inadvertance", des relevés de solde du soldat Bush pour la période mystère de 1972-1973. Relayée aujourd'hui par le film de Michael Moore "Farenheit 9/11", l'histoire n'en finit pas de faire couler l'encre et atteint George W. Bush, "commandant en chef d'un pays en guerre" selon ses propres dires, là où ça fait mal.
(Photo : George W. Bush jeune soldat, lors de son passage dans la Garde Nationale, avec son père. DR)
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